Les producteurs de lait veulent recevoir les compensations financières promises par Ottawa

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Ras-le-bol dans les étables. À quelques jours de la rentrée parlementaire, les producteurs de lait veulent savoir quand ils recevront les indemnités financières promises par le gouvernement Trudeau pour les dédommager avec l’entrée en vigueur de trois accords commerciaux qui les priveront de 9 % des parts de marché.

Pandémie ou pas, l’attente a assez duré, affirme le nouveau président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil. « On est rendus à l’impatience et à la déception », a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse.

Il y a un an, Ottawa s’était engagé à verser 1,75 milliard sur huit ans afin d’indemniser les producteurs pour les pertes découlant de l’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne et du Partenariat transpacifique global et progressiste.

Un premier chèque de 345 millions a été signé par le gouvernement en décembre, mais le report du budget, fin mars, en raison de la crise sanitaire, a suscité de l’incertitude quant aux prochains versements. Les sommes n’ont jamais été formellement adoptées dans un budget déposé à la Chambre des communes, même si elles ont été entérinées par les parlementaires.

« La semaine prochaine, c’est le discours du Trône. Il va sans doute y avoir une mise à jour économique par la suite. On est rendus aux actions. La patience a assez duré », a expliqué M. Gobeil, qui a pris les rênes du syndicat qui représente les 10 658 propriétaires des 4877 fermes laitières du Québec en pleine pandémie.

Et le nouvel ALENA ?

À cela s’ajoute l’entrée en vigueur de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), le 1er juillet. Cette nouvelle mouture de l’ALENA a ouvert davantage le marché canadien aux produits laitiers américains. Même si Ottawa a promis de les aider, le gouvernement n’a toujours pas annoncé comment il dédommagerait les producteurs laitiers pour cette nouvelle brèche dans la gestion de l’offre.

« La COVID-19 n’a pas empêché [le Canada] de mettre ces accords-là en vigueur, donc pourquoi elle empêcherait le gouvernement de [nous dédommager] ? », s’interroge M. Gobeil, qui est aussi propriétaire de la ferme du Fjord à La Baie, au Saguenay, qui compte 200 bêtes, dont 80 vaches en lactation.

Il souligne qu’en outre, la fermeture inattendue des hôtels, restaurants et établissements comme les écoles et les garderies a fait mal aux agriculteurs. Ce secteur représentait 35 % du marché du lait.

Contrairement à d’autres secteurs de l’agroalimentaire, les producteurs n’ont d’ailleurs pas réclamé d’aide gouvernementale pour les pertes causées par les perturbations dans la chaîne alimentaire en raison du Grand Confinement. Raison de plus, selon M. Gobeil, pour réserver officiellement les sommes promises dans la foulée de l’adoption des accords internationaux.

On voit de plus en plus de détresse psychologique dans nos campagnes, et c’est clair qu’il faut envoyer un message clair, au moins en enlevant cette incertitude-là, le plus rapidement possible.

Daniel Gobeil, président des Producteurs de lait du Québec

Les sommes reçues lors du premier versement variaient grandement selon la taille de la ferme. Pour une ferme de 80 vaches, un producteur aura reçu un chèque d’environ 28 000 $.

« Je pense que le Canada et le Québec doivent redémarrer après tous ces mois sur pause. Dans les secteurs primaires, quand ils ont des sous des gouvernements, c’est pour réinvestir dans leur ferme. C’est pour répondre aux attentes sociétales de plus en plus importantes », souligne-t-il en citant le bien-être animal et l’environnement.

« On aimerait que le gouvernement ait plus de leadership. On est toujours en train de quémander. Pour nous, c’était une formalité et c’est toujours à redemander et à retravailler auprès des partis d’opposition et auprès des partis au pouvoir, donc c’est frustrant », ajoute-t-il.

Réaction de la ministre Marie-Claude Bibeau

Dans une déclaration écrite qu’elle nous a fait parvenir, la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau a expliqué que son gouvernement continuait de croire que le système de la gestion de l’offre devait être protégé puisqu’il assurait la viabilité des fermes familiales et la vitalité des régions rurales.

« Lors des négociations du nouvel ALENA, nous avons protégé la gestion de l’offre, en dépit des efforts américains visant tout simplement son démantèlement. Nous respecterons notre engagement de livrer des compensations pleines et équitables et nous allons faire la même chose maintenant que le nouvel ALENA est ratifié », a-t-elle déclaré sans toutefois se prononcer sur un échéancier.