La majorité des emplois qui existaient respectivement au Québec (environ 96 %) et au Canada (94 %) en février étaient revenus en août, selon les données sur l’emploi dévoilées vendredi matin par Statistique Canada. Mais combler les derniers points de pourcentage pourrait prendre encore beaucoup de temps.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le Québec en bonne position

Après avoir affiché un taux de chômage record de 17 % en avril, la plus forte hausse parmi les provinces canadiennes, le Québec se classe maintenant troisième, derrière la Saskatchewan et le Manitoba, avec un taux de 8,7 %. Il s’agit d’une baisse de 0,8 % par rapport au mois de juillet.

Avant la pandémie, le taux de chômage au Québec était de 4,5 %, le plus bas de toutes les provinces.

À l’échelle canadienne, le taux de chômage était de 10,2 % en août, en baisse de 0,7 %.

Selon Desjardins, le taux de chômage québécois pourrait repasser sous la barre des 8 % avant la fin de l’année 2020, mais un retour au taux d’avant la crise pourrait prendre encore « plusieurs trimestres ».

« Visiblement, les gains les plus faciles à obtenir avec la réouverture des activités ont été faits au courant de l’été, note Desjardins dans une analyse des données de Statistique Canada. Le marché du travail entrera donc prochainement dans une nouvelle phase, où les véritables séquelles de la pandémie seront davantage perceptibles. »

Les derniers 4 %

L’ajout de 54 000 emplois au Québec en août a ramené le taux d’emploi à 95,7 % de ce qu’il était avant la pandémie, en février. Le taux est encore légèrement plus élevé à Montréal, où il atteint 96 %.

« Ce qu’on voit, c’est que le rythme d’augmentation a beaucoup diminué », fait remarquer Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins. « C’est un bon chiffre, 96 %, mais il en reste encore 4 % à récupérer. »

Une baisse de 4 % peut sembler marginale, mais en temps normal, ce serait énorme, rappelle-t-elle. Il faudra possiblement attendre la découverte d’un vaccin et son administration généralisée pour y remédier complètement, croit-elle.

Les secteurs de l’hébergement, de la restauration, du spectacle ou des voyages, notamment, ne sont pas sortis du bois. « Dans les secteurs où c’est plus difficile, il y a encore des mises à pied qui s’effectuent », note Mme Bégin, en rappelant notamment celles effectuées récemment par Aéroports de Montréal.

Le temps chaud et les terrasses ont fourni un certain sursis à certaines entreprises de ces secteurs, mais l’automne pourrait être sombre.

Subvention salariale

Au plus fort de la crise, de nombreuses entreprises ont profité de la Subvention salariale d’urgence créée par Ottawa pour maintenir un lien avec des employés qu’elles auraient autrement mis à pied, faute de tâches à leur confier.

Qu’arrivera-t-il quand ce programme prendra fin, en décembre ? Ni Statistique Canada ni le Mouvement Desjardins ne semblent considérer la fin du programme comme une menace pour le taux d’emploi.

« On ne l’a pas identifié comme étant un facteur important, explique Mme Bégin. Il y a certainement des entreprises qui vont procéder à des mises à pied, mais l’activité a repris dans beaucoup de secteurs, le programme a été beaucoup moins populaire que prévu et, à mesure que l’économie se relève, les entreprises en ont de moins en moins besoin. »

Âge, sexe, salaire : des scénarios différents

La pandémie a eu des effets variés sur le taux d’emploi de différentes strates de la population. Dans le principal groupe d’âge actif, les 25-54 ans, le niveau d’emploi des hommes et des femmes par rapport à février est similaire (96,6 % par rapport à 95,6 %), mais un léger écart subsiste.

Les travailleurs âgés de 55 ans et plus sont encore un peu plus affectés (94,5 %), mais l’écart est particulièrement visible chez les jeunes de 15 à 24 ans, où le niveau d’emploi n’est qu’à 84,7 % de celui de février.

Statistique Canada constate aussi un important retard parmi les travailleurs gagnant moins de 16,03 $ l’heure. Seulement 87,4 % d’entre eux sont en poste, comparativement à 99,1 % parmi tous les autres.

« Cet écart est entièrement attribuable à l’emploi faiblement rémunéré dans le secteur des services », note-t-on.

Environ 2,5 millions de Canadiens travaillaient de leur domicile, comparativement à 3,4 millions au plus fort de la crise. Leur nombre chute graduellement depuis le mois de mai.