La hausse fulgurante du prix du bois d’œuvre pourrait ajouter jusqu’à 10 % au coût de construction d’une maison au Québec comme au sud de la frontière, ce qui rognera d’abord les profits des constructeurs.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), l’augmentation a été si rapide que la plupart des constructeurs d’habitations, qui ont des contrats à prix fixes, devront l’absorber et réduire leur marge de profit, a indiqué Marco Lasalle, directeur du service technique de l’APCHQ.

Le prix du bois d’œuvre atteint actuellement un niveau record en Amérique Nord, poussé par une forte demande et une capacité de production réduite en raison des impacts de la crise de la COVID-19. À près de 1000 $ CAN le mille pieds-planche, le prix du « 2 x 4 » et de ses dérivés surpasse le record précédent établi en juin 2018.

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Si des poussées de prix sont fréquentes en été, la rapidité avec laquelle les prix ont grimpé cette année est inédite, observe Marco Lasalle. « La dernière fois que j’ai vu ça, c’était lors de l’ouragan Katrina [en 2005] », précise-t-il.

L’augmentation rapide des prix du bois d’œuvre s’explique d’abord par l’augmentation de la demande. Les consommateurs confinés ont utilisé leur temps et leur budget de vacances pour se lancer dans la rénovation, ce qui a fait exploser la demande de bois d’œuvre et de bois traité utilisé pour les terrasses. Dans le cas du bois traité, la situation est particulière, parce qu’il n’y en a pratiquement plus sur le marché, souligne le porte-parole de l’APCHQ.

Les quincailleries ont été dévalisées, des deux côtés de la frontière. Aux États-Unis, les dépenses de rénovations du mois de juillet ont été de 6,7 % supérieures à leur sommet d’avant la pandémie, note l’économiste de Desjardins Francis Généreux.

La hausse du prix du bois n’est pas uniquement une histoire d’augmentation de la demande, explique de son côté Michel Vincent, économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ).

Les scieries ne fonctionnent pas toutes à pleine capacité parce qu’elles n’ont pas de débouchés pour leurs copeaux, qui servent normalement à faire de la pâte et du papier et dont la demande a faibli avec la pandémie.

Michel Vincent

Chez Résolu, le plus important producteur québécois, le bois d’œuvre est actuellement le secteur qui se porte le mieux, a indiqué son président, Yves Laflamme, lors de la publication des résultats de son deuxième trimestre.

L’entreprise, qui avait fermé des usines de sciage au début de la pandémie, a pu les relancer grâce à l’augmentation de la demande et des prix. « On peut dire que la filière fonctionne à plein, indique son porte-parole, Louis Bouchard. Mais on peut difficilement augmenter la production parce qu’il faudrait plus d’arbres et plus de main-d’œuvre. »

Durera, ou pas ?

Le prix du bois d’œuvre est un habitué des montagnes russes et son prix descend souvent aussi vite qu’il a monté. En plus de l’appétit pour la rénovation, la demande reste forte du côté de la construction. Les mises en chantier ont fait un bond de 16 % en juillet au Canada par rapport au mois précédent, selon Statistique Canada.

Au sud de la frontière, les chiffres sont attendus cette semaine, mais les observateurs prévoient une bonne augmentation des mises en chantier. L’association des constructeurs de maisons des États-Unis réclame d’ailleurs à l’administration Trump l’élimination des tarifs imposés sur le bois d’œuvre canadien. Ces droits de 20 % appliqués aux importations de bois s’ajoutent au prix de construction des maisons et pourraient ralentir la relance économique, s’inquiète la National Association of Home Builders (NAHB), dans une lettre au président américain.

Avec la fin de l’été vient normalement la saison des ouragans, qui augmente la demande pour les panneaux de contreplaqué et autres produits du bois utilisés par les Américains pour se protéger des éléments ou réparer les dégâts.

Mais selon l’économiste du CIFQ, les prix élevés sur le marché nord-américain attirent habituellement les producteurs de bois d’œuvre européens, qui redirigent leur production vers les États-Unis pour en profiter. En augmentant l’offre, les exportations européennes font baisser les prix, explique Michel Vincent. « Ce n’est pas une question de si, dit-il, mais de quand ça va arriver. »