Le monde change. Deux choses me l’ont rappelé quand j’ai mis en vente certains meubles sur le site Marketplace de Facebook, au début de juillet.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

D’abord, je m’attendais à devoir patienter deux semaines pour écouler la vieille commode en bois, le bureau de travail, l’imposant vaisselier foncé et la machine à coudre d’une autre époque. Or, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un volume incroyable de courriels dès les minutes qui ont suivi la mise en ligne des biens à vendre. Et après deux jours, tout était vendu.

Je veux bien croire qu’on était en pleine période de déménagement et que les prix affichés étaient bas, mais quand même. J’avais mis les mêmes meubles sur LesPAC, mais le volume de réponses a été bien moindre.

Deuxième surprise : la multitude d’acheteurs de diverses origines qui ont pris contact avec moi sur Messenger. Sur la centaine de messages reçus, la plupart avaient des noms qui m’étaient peu familiers (aussi peu que Vailles pour les Tremblay de ce monde, pourrais-je peut-être dire). Des Djebrani, Foroudi, Ima, Ouheb, Montmo, Chiniara, Segovia, Jussab, Velez, JB, Acho, etc. Ici et là, quelques rares Tardif, Maillé ou Thisdale.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Notre chroniqueur s’attendait à devoir patienter deux semaines pour écouler usa vieille commode en bois, un bureau de travail, un imposant vaisselier foncé et une machine à coudre d’une autre époque.

Visiblement, j’avais affaire à de jeunes immigrants en quête de meubles convenables et pas trop chers. Ou encore à des enfants d’immigrés nés ici. Je suis rassuré de voir qu’autant de gens misent sur des biens de seconde main, ce dont l’environnement bénéficie grandement.

Un commentaire : l’importance du téléphone. Bien des jeunes boudent ce mode de communication au profit du texto ou de Messenger. Or, l’échange d’information de vive voix, plus personnel, aide à rapprocher les parties et à conclure une transaction. À preuve, j’ai cédé le bien le plus cher – un électroménager – au premier et seul acheteur qui m’a téléphoné (j’avais mis mon numéro de cellulaire sur LesPAC).

Le mode vocal et ses intonations gardent son importance. Tout ne peut pas se faire et se dire par écrit. Capiche, les jeunes ?

Importations : Trop dépendant des États-Unis

Imaginez que nos relations dérapent complètement avec les États-Unis, comme on l’a craint avec Donald Trump ces dernières années, notamment avec le libre-échange. Ou encore que ce pays situé au sud vive des évènements extrêmes qui bloquent nos échanges commerciaux. Notre économie en serait lourdement affectée, et bien davantage qu’on peut se l’imaginer.

Une récente étude des professeurs Julien Martin et Florian Mayneris, de l’UQAM, nous apprend que ce n’est pas la moitié de nos importations qui viennent des États-Unis, mais près de 80 % ! Leur étude inclut non seulement les produits fabriqués aux États-Unis, mais aussi les biens qui y transitent, venant du Mexique ou d’ailleurs.

« Cette dépendance vis-à-vis d’un seul partenaire commercial suscite des inquiétudes légitimes quant à la résilience de l’économie canadienne en cas d’évènements extrêmes tels que des pandémies, des catastrophes naturelles, des décisions unilatérales en matière de politique commerciale ou des émeutes importantes qui frapperaient les États-Unis. Il est donc urgent de reposer la question de la diversification de l’économie canadienne en termes d’approvisionnement par rapport aux États-Unis », écrivent les auteurs.

Plus précisément, 55,4 % de nos importations viennent des États-Unis, tandis que 22,2 % arrivent d’un autre pays, mais transitent par les États-Unis.

Par exemple, 90 % des importations canadiennes du Mexique passent d’abord par notre voisin et ne sont donc pas acheminés par bateau ou par avion.

Plus étonnant : de 50 % à 60 % de nos importations provenant de Chine, de Taiwan ou de la Corée du Sud passent aussi par les États-Unis, tandis que cette proportion descend à 45 % pour celles du Japon et du Royaume-Uni. Dans le contexte où il y a un conflit entre les États-Unis et la Chine, la donnée est importante.

Cette dépendance du Canada est une exception mondiale. Ailleurs, la dépendance directe d’un autre pays pour les importations n’est pas de 55 %, mais de 27 %, en moyenne, calculent les auteurs, qui ont analysé la situation dans plus de 200 pays. Et les pays aussi dépendants que le Canada d’un pays tiers sont soit très petits (des îles comme Antigua-et-Barbuda), soit très pauvres, exception faite du Mexique.

Le Canada est particulièrement dépendant des États-Unis pour les secteurs automobiles et des équipements de transport, mais aussi pour les produits de plastique et les produits électroniques, comme les ordinateurs. En revanche, les services financiers, le commerce de détail et les services informatiques sont parmi les moins dépendants des Américains.