Le gestionnaire américain de fonds Fidelity vient de gonfler significativement ses investissements en actions dans deux grandes entreprises du Québec ayant des perspectives diamétralement opposées : Air Canada et BRP.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

En attente d’un rebond d’Air Canada

Fidelity est maintenant le plus important actionnaire d’Air Canada. L’achat de 10 millions de dollars d’actions du transporteur aérien montréalais le 26 juin a fait passer la participation de Fidelity à plus de 10 %.

Il n’a pas été possible de connaître ce qui a incité les gestionnaires de Fidelity à investir massivement dans Air Canada (et BRP) au cours des dernières semaines.

« Nos règles de conformité nous empêchent de discuter de ce genre de choses », indique simplement Chris Pepper, porte-parole de Fidelity.

Il n’en reste pas moins que, contrairement à beaucoup d’autres titres – notamment celui de BRP –, l’action d’Air Canada n’a pas redécollé en Bourse après sa chute enregistrée pendant les mois de février et de mars.

L’action d’Air Canada est passée de 52 $ à la mi-janvier à 12 $ en mars. Elle vivote depuis entre 15 $ et 20 $.

Dans une note rédigée en mai à propos d’Air Canada, Kevin Chiang, de la CIBC, parle de la « survie du plus fort ». L’analyste estime que le plus gros transporteur aérien du pays a les liquidités nécessaires pour traverser la crise. « La COVID-19 cause le pire ralentissement jamais vu dans l’industrie. C’est pourquoi l’attention ne doit pas être tournée vers les bénéfices, mais plutôt vers les liquidités », dit-il.

Air Canada possédait l’un des bilans financiers les plus solides parmi tous les grands transporteurs aériens avant que la pandémie frappe. Compte tenu de tous les gestes faits pour préserver ses liquidités, Air Canada est équipé pour survivre.

Kevin Chiang

C’est d’ailleurs précisément pourquoi Kevin Chiang s’attend à ce que l’action d’Air Canada rebondisse fortement au fur et à mesure que les restrictions sur les voyages seront levées et qu’une reprise se fera sentir dans le transport aérien.

Le pire est passé, note de son côté Walter Spracklin, de RBC, dans une note datée du 17 juin.

Le transport aérien est l’un des secteurs les plus durement touchés par la crise du coronavirus et possiblement un segment de l’économie où la reprise risque d’être plus graduelle, selon Fadi Chamoun, de la BMO.

Dans un rapport publié en mai, cet expert en transport aérien note que le trafic voyageur risque de ne pas retrouver son niveau pré-pandémie avant au moins deux ans. Il croit cependant que la tendance à long terme pour ce qui est de la demande du côté des passagers demeurera intacte, malgré la sévérité de la crise et l’incertitude actuelle.

BRP a le vent dans les voiles

L’action de BRP a déjà triplé de valeur depuis son creux du 23 mars. La demande pour les produits est forte et la direction fait tout ce qu’elle peut pour aider les concessionnaires à rebâtir leurs stocks.

C’est dans ce contexte que Fidelity a jugé opportun d’acheter de gros blocs d’actions additionnels du fabricant de produits récréatifs de Valcourt le mois dernier. L’achat d’environ 6 millions de dollars d’actions de BRP le 2 juin a fait passer la participation globale de Fidelity dans BRP à plus de 10 %. Fidelity a ainsi amorcé le mois de juillet avec une position de 12,6 % dans BRP, selon ce que révèle un document déposé auprès des autorités boursières.

Fidelity est le plus grand détenteur d’actions à droit de vote subalterne de BRP. Le Groupe Beaudier (Beaudoin-Bombardier) et Bain Capital demeurent toutefois les deux plus importants actionnaires de BRP en vertu de leurs participations en actions à droit de vote multiple.

La demande pour les produits de sports motorisés s’est accélérée depuis l’épidémie de COVID-19.

Gerrick Johnson, analyste de la BMO, dans une note datée du 18 juin

Des ventes records ont été enregistrées en mai, souligne M. Johnson.

Il y a un défi pour répondre adéquatement à la demande actuellement. BRP a été forcée de fermer ses usines au Mexique durant deux mois, trois semaines de plus que la majorité de ses concurrents, poursuit Gerrick Johnson.

Il y a aussi des délais liés aux fournisseurs de BRP ainsi que des goulots d’étranglement à la distribution. « Cette situation fait en sorte que certains produits – notamment les motomarines Sea-Doo et les véhicules hors route de marque Can-AM – sont particulièrement difficiles à trouver. »

Long terme

À plus long terme, l’analyste se questionne quant à savoir si cette demande est soutenable. Il craint par exemple que la réouverture graduelle de l’économie offre des solutions de remplacement récréatives aux consommateurs.

Il note néanmoins que BRP attire de nouveaux adeptes en ce moment, ce qui est un élément positif à long terme. « Malheureusement, si les concessionnaires avaient plus de produits à vendre, la base d’adeptes pourrait être plus large encore. »

Chez RBC, l’analyste Steve Arthur croit qu’à son cours actuel, l’action de BRP s’approche de sa juste valeur même, si elle n’a toujours pas atteint son sommet pré-pandémie de 75 $, souligne-t-il dans un rapport publié à la fin de juin.

Cela dit, il croit à la croissance à long terme des bénéfices et à l’appréciation du titre en raison, entre autres, de la capacité d’innovation chez BRP et à la force de son réseau de concessionnaires.