La Suède est souvent citée en exemple pour toutes sortes de bonnes raisons liées à l’équilibre travail-vie personnelle, à sa qualité de vie et au dynamisme de son économie. Depuis que la pandémie occupe toute l’attention, c’est toutefois de sa gestion de la crise dont on parle le plus. Et cette gestion fait mal paraître le pays d’IKEA.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

En Europe, la Suède est le seul pays qui n’a pas complètement interrompu son économie pour se protéger du nouveau coronavirus. Les écoles sont restées ouvertes, de même que les usines et les autres entreprises comme les bars et les restaurants. La population a été incitée à rester à la maison en cas de doute et à respecter la distanciation physique. Les rassemblements de plus de 50 personnes ont fini par être interdits à la fin du mois de mars, quand les ravages du virus ont augmenté considérablement.

Cette stratégie a été abondamment critiquée, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Des scientifiques suédois ont ainsi vertement critiqué l’approche de leurs autorités de santé publique. Car le bilan est lourd. La Suède dénombre plus de 5000 morts liées au coronavirus. C’est 55 morts par tranche de 100 000 habitants, soit beaucoup plus que ses voisins, la Finlande, le Danemark et la Norvège. Le nombre de décès en Suède dépasse celui de tous ses voisins réunis.

Il y a eu quand même moins de morts qu’ailleurs en Europe où, malgré de sévères mesures de confinement, nombre de pays rapportent un taux de mortalité plus élevé par tranche de 100 000 habitants. C’est le cas de l’Espagne (61) et de l’Italie (58), entre autres.

Il peut être utile de rappeler qu’au Québec, où les mesures de confinement ont été infiniment plus sévères, il y a eu plus de morts qu’en Suède par tranche de 100 000 habitants, soit 66.

Maintenant que le pire est derrière nous, du moins pour cette première vague de la crise du coronavirus, on commence à mesurer les dommages de la pandémie sur l’économie.

Même sans mesures draconiennes de confinement, l’économie suédoise a beaucoup souffert de la pandémie. Les magasins et les cinémas sont restés ouverts, mais la clientèle s’est faite rare. Les exportations vers les pays voisins plus confinés ont diminué et la croissance économique a été stoppée net.

Mais comparativement aux autres pays d’Europe, la Suède a subi un choc moins important. Le taux de chômage est passé de 7,1 % à 8,9 % en quelques semaines, un bond modeste si on le compare à ce qui s’est passé ailleurs en Europe et même de ce côté-ci de l’Atlantique.

Selon la Banque centrale de Suède, le produit intérieur brut (PIB) de 2020 devrait reculer de 4,5 %. La Commission européenne, dans ces prévisions post-pandémie qui viennent d’être rendues publiques, estime que le PIB suédois diminuera plutôt de 5,3 %. Mais il s’agit quand même d’un recul beaucoup moins prononcé que la moyenne des pays européens, estimée à - 8,3 %.

Que peut-on en conclure ? Rien pour le moment, à part le fait que la Suède est tombée dans un trou moins profond et que le pays devrait mettre moins de temps à s’en sortir. Les dommages permanents infligés à l’économie, comme les faillites et les fermetures d’entreprises, devraient aussi être moins graves en Suède qu’ailleurs, de même que les impacts sur les finances publiques, sur les jeunes qui fréquentent l’école et sur tous les autres aspects de la vie en société.

La gestion de la crise à la suédoise peut bien être critiquée, c’est probablement celle qu’adopteront la plupart des autres pays en cas de deuxième vague. On parle déjà ici de « confinement ciblé » plutôt que de confinement total, dont le coût commence à paraître trop énorme.