Le nouveau transporteur aérien québécois OWG devra « sortir un lapin de son chapeau » s’il veut parvenir à concurrencer Air Canada, Transat, Sunwing et WestJet pour les vols vers le Sud, entrevoient deux experts sceptiques quant à son potentiel.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« S’ils ne sont pas intéressés à couper les prix, s’ils n’ont rien d’extraordinaire à offrir, comment vont-ils attirer les gens ? », demande Mehran Ebrahimi, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile.

« C’est un peu mystérieux, leur affaire. »

OWG est une filiale de Nolinor, un transporteur établi depuis plus de 25 ans et spécialisé actuellement dans les vols vers le Grand Nord. Son président, Marco Prud’Homme, « n’est pas un nouveau venu dans l’industrie et c’est un bon opérateur », reconnaît Jacques Roy, professeur à HEC Montréal, à peine un peu plus optimiste que M. Ebrahimi.

« [Son président] dit qu’il n’aime pas l’appellation low cost, mais il semble suivre ces règles-là, notamment en utilisant de vieux appareils et en ciblant le marché des jeunes qui voyagent avec un sac à dos. »

M. Roy s’étonne de voir l’entreprise se détourner des forfaits de type « tout inclus », très populaires selon lui. Il n’exclut toutefois pas que l’entreprise offre ses services à d’autres qui, elles, assembleront ces forfaits.

« Ils me font penser un peu à JetBlue, note M. Roy. Leur fondateur avait déclaré au départ qu’il voulait “ramener le plaisir. C’est un peu ce que j’entends de M. Prud’Homme.”

Concurrence

Quand le marché du voyage reprendra, OWG risque de se retrouver face à des concurrents affamés, prévient pour sa part M. Ebrahimi.

Transat a des dizaines d’avions et des centaines de pilotes qui attendent. Même chose pour WestJet, Air Canada et Sunwing. Qu’est-ce qu’ils vont offrir par rapport à ces gens qui sont là depuis longtemps, qui connaissent ça ?

Mehran Ebrahimi, professeur à l’Université du Québec à Montréal

Avec 3 avions de 158 places et des vols d’environ 3,5 à 5 heures, le nombre de passagers que pourra transporter OWG “n’est pas énorme”, calcule M. Ebrahimi, ce qui lui laissera bien peu de marge de manœuvre pour “casser les prix”.

En plus de JetBlue, M. Roy trace des parallèles avec Southwest et WestJet. Cette dernière, rappelle-t-il, a connu des débuts modestes, ciblant d’abord l’aéroport de Hamilton plutôt que celui de Toronto pour économiser.

“Ce qu’il annonce, ça a du sens. C’est juste que la conjoncture est tellement toute croche que c’est difficile à envisager. Mais il a une crédibilité certaine. Ça ne m’étonnerait pas, quand même, que beaucoup de gens veuillent voyager vers le Sud, autant qu’il y en a dans les bars présentement.”