(Ottawa) Alors que des provinces refont leurs calculs et commencent à présenter des mises à jour économiques qui tiennent compte de l’impact de la COVID-19, le ministre des Finances, Bill Morneau, a reconnu pour la première fois lundi qu’un contingent de fonctionnaires de son ministère planche sur divers scénarios qui pourraient lui permettre de faire un bilan de santé de l’économie canadienne.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mais le grand argentier du pays refuse pour le moment de dire quand il compte se livrer à un tel exercice, réaffirmant que la situation demeure trop fluide pour qu’il puisse présenter une mise à jour qui brosserait un portrait exact des conséquences de la pandémie sur la croissance de l’économie canadienne au cours des prochaines années.

Les trois partis de l’opposition à la Chambre des communes et le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, pressent le gouvernement Trudeau de présenter une mise à jour économique et financière depuis plusieurs semaines. Le Parti conservateur et le Bloc québécois ont notamment exigé que le ministre Morneau s’exécute d’ici la fin de juin.

Témoignant par visioconférence devant les membres du comité sénatorial des finances, M. Morneau a affirmé que le gouvernement Trudeau continue de faire preuve de transparence en publiant les coûts des diverses mesures d’aide qui ont été adoptées jusqu’ici pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises durant la crise.

« Nous avons absolument une équipe qui travaille sur nos scénarios économiques. […] Mais avant de présenter un portrait de notre situation économique, il faut bien comprendre les fondements de notre économie, qui était clairement en chute libre en mars et avril. Mais alors que l’économie se stabilise un peu, nous sommes plus en mesure de cerner notre position. Mais nous ne voulons pas publier des chiffres qui ne sont pas ancrés dans la réalité », a-t-il affirmé.

Selon les évaluations du DPB, le déficit fédéral pourrait friser les 260 milliards de dollars cette année.

La semaine dernière, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a lancé le bal des mises à jour. Déjà en difficulté financière à cause de la chute des prix du pétrole, la province estime que la crise de la COVID-19 entraînera une baisse de ses revenus de 690 millions.

Lundi, la Saskatchewan a déposé un budget qui prévoit un déficit de 2,4 milliards pour l’exercice financier en cours. Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, doit présenter un énoncé économique vendredi. M. Girard a déjà indiqué qu’il s’attendait à un déficit oscillant entre 12 et 15 milliards en 2020-2021.

En juillet ?

L’agence Bloomberg a rappporté récemment que M. Morneau prévoyait faire une mise à jour en juillet – une information que le principal intéressé n’a pas voulu confirmer.

« Nous ne sommes pas engagés dans une course pour présenter une mise à jour économique », a laissé tomber une source gouvernementale lundi.

Aux Communes, le député conservateur Gérard Deltell a mitraillé le gouvernement de questions au sujet de son refus de présenter un bilan de la situation financière.

« C’est sûr que si les provinces le font, le fédéral est capable de le faire. Les fonctionnaires d’Ottawa sont aussi bons que les fonctionnaires de Regina, de Saint-Jean, à Terre-Neuve, ou de Québec. La seule différence qu’il y a, c’est la volonté politique de faire la mise à jour économique. Le gouvernement Trudeau refuse de la faire et continue de cacher la vérité aux Canadiens », a déclaré M. Deltell à La Presse.