Des dizaines de millions seront mis à la disposition des clients d’affaires d’Hydro-Québec pour les encourager à investir dans la réduction de leur consommation d’électricité.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le programme lancé officiellement jeudi prévoit une aide financière pouvant atteindre 75 % du coût d’un nouvel équipement, par exemple des installations de stockage ou un système d’éclairage plus performant.

Hydro-Québec fait le pari que ces mesures encourageront l’investissement et aideront les entreprises québécoises à se remettre de la crise du coronavirus. « On pense que ça va être un moteur de relance économique pour nos clients », affirme Anita Travieso, chef Développements des marchés existants et Expertise énergétique de la société d’État.

Ce programme, baptisé Solutions efficaces, existe depuis longtemps, mais il était en déclin depuis 2015. Hydro-Québec avait réduit l’aide financière qui lui était consacrée, en raison de ses importants surplus.

Les surplus sont toujours importants, mais la société d’État a décidé de relancer le programme et de doubler son budget pour contribuer à la relance économique post-pandémie, a expliqué Mme Travieso.

C’est sûr qu’en encourageant l’efficacité énergétique, on réduit nos ventes, mais on regarde ça sur le long terme. L’électricité qui ne sera pas consommée au Québec pourra être vendue ailleurs.

Anita Travieso, chef Développements des marchés existants et Expertise énergétique chez Hydro-Québec

Selon la popularité qu’aura le programme d’aide financière, Hydro-Québec prévoit y consacrer de 50 à 60 millions sur une base annuelle. C’est le double de ce qu’a coûté la première version de Solutions efficaces. Les objectifs en matière d’économie d’énergie sont aussi multipliés par deux. L’an dernier, les mesures du programme Solutions efficaces ont permis d’économiser 257 gigawattheures, soit 54 % de l’objectif total annuel d’Hydro-Québec en matière d’efficacité énergétique.

Pour tous, sauf les clients résidentiels

Cette aide financière s’adresse à la clientèle d’affaires d’Hydro-Québec, qui inclut les entreprises de toutes tailles, les commerces et les institutions comme les écoles ou les hôpitaux. Elle est disponible pour les immeubles existants et les nouvelles constructions.

Par exemple, une école pourrait recevoir une aide financière de 162 810 $ pour l’installation d’une thermopompe géothermique et d’un système d’éclairage à DEL. Le propriétaire d’un immeuble de 100 logements peut recevoir plus de 60 000 $ pour installer des thermopompes dans chacun des logements.

Selon la responsable du programme, des projets plus importants que dans la première version seront admissibles à l’aide financière. Des mesures nouvelles, comme l’installation de stockage thermique, sont aussi offertes.

Les conseillers en efficacité énergétique sont aussi encouragés à participer au programme, en pilotant plusieurs petits projets pour lesquels ils recevront un appui financier d’Hydro-Québec.

Quant aux clients résidentiels, leur tour viendra, assure Hydro-Québec. Un programme d’aide financière pour encourager la réduction de la consommation des ménages québécois est en gestation et pourrait être annoncé à l’automne. « C’est à venir », assure Mme Travieso.

Le volet résidentiel du programme d’efficacité énergétique passera vraisemblablement par Hilo, la nouvelle filiale de la société d’État qui fait la promotion de solutions de rechange pour la production et la gestion de l’énergie.

Conseil mondial de l’énergie : le pétrole est « là pour longtemps »

Le grand patron du Conseil mondial de l’énergie est d’avis que l’ère du pétrole est loin d’être terminée, même si son remplacement par des solutions énergétiques moins polluantes lui paraît inéluctable. « Le pétrole répond actuellement aux deux tiers des besoins en énergie de la planète et il sera là pour longtemps », a dit Jean-Marie Dauger, le président du Conseil mondial de l’énergie, qui était l’invité du Conseil des relations internationales de Montréal. Son organisation, qui se veut neutre et indépendante, ne voit pas de scénario de disparition du pétrole avant 2040 ou 2050. Interrogé par la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, M. Dauger a souligné que la transition énergétique devrait se poursuivre et peut-être même s’accélérer dans le monde post-pandémie. « Mais il faut prendre garde à ne pas enterrer trop vite les solutions d’aujourd’hui », prévient-il.