Environ 25 acheteurs potentiels, dont Québecor, Guy Laliberté, Rogers et Goldman Sachs, ont consulté les états financiers du Cirque du Soleil au cours des dernières semaines.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Dans le cadre du processus de vente et de restructuration du Cirque du Soleil, ces 25 acheteurs potentiels ont signé une entente de confidentialité pour avoir accès aux états financiers. Les intéressés avaient jusqu’à lundi 17 h pour passer à la prochaine étape du processus, soit déposer une première offre afin d’acheter le Cirque du Soleil.

Au cours des dernières semaines, deux groupes québécois ont chacun de leur côté démontré leur intérêt pour acheter l’entreprise : Québecor, de même que le groupe mené par le cofondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, qui aurait l’appui de fonds étrangers dans son groupe. Les deux ont signé l’entente de confidentialité.

Le Cirque éprouve des difficultés financières depuis qu’il a arrêté tous ses spectacles à la mi-mars. La quasi-totalité des 4700 employés a été mise à pied pour plusieurs mois. « Nous sommes convaincus que lorsque le moment viendra de reprendre nos spectacles, nous serons prêts à renouer avec la profitabilité », a indiqué lundi la porte-parole du Cirque, Caroline Couillard.

Selon le New York Post, un groupe de créanciers du Cirque mené par la firme canadienne d’investissement privé Catalyst Capital aurait fait lundi une offre de 1,2 milliard US pour acheter le Cirque. Le groupe mené par Catalyst offrirait de convertir la dette de 900 millions US pour acheter 100 % des actions du Cirque, et ajouterait 300 millions US à son offre. Le groupe, qui posséderait actuellement 75 % des créances du Cirque, selon Reuters, comprendrait aussi des firmes américaines.

Un autre groupe déposera assurément une offre : les actionnaires actuels du Cirque du Soleil, soit le fonds américain d’investissement privé TPG (55 % du Cirque), le fonds chinois d’investissement privé Fosun (25 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le groupe a l’appui du gouvernement du Québec, qui lui accordera un prêt de 200 millions US (assorti de plusieurs conditions, dont le maintien du siège social à Montréal) s’il garde la propriété du Cirque du Soleil au terme du processus, qui devrait durer tout l’été.

Il n’a pas été possible lundi de savoir qui parmi les 25 acheteurs potentiels ayant consulté les états financiers du Cirque a soumis une proposition initiale pour l’acheter.

Cette première offre est en théorie une proposition « sans engagement », c’est-à-dire que les acheteurs intéressés ne sont pas liés par cette offre. Cette étape sert surtout à départager les acheteurs selon leur niveau d’intérêt. En clair, elle sert à savoir à quel montant ils évaluent la valeur financière du Cirque (ce qui donne une idée du prix qu’ils sont prêts à payer). Les acheteurs suffisamment intéressés aux yeux du Cirque passeront à la deuxième phase, soit celle des offres formelles. À cette deuxième phase, les acheteurs potentiels auront accès à davantage d’informations financières sur le Cirque, qui a généré des profits de 155 millions US sur des revenus de 1,04 milliard US en 2019.

Une demi-douzaine d’offres à venir ?

À cette étape, le Cirque du Soleil s’attend à recevoir une demi-douzaine d’offres définitives.

Les 25 acheteurs potentiels se divisent principalement en trois groupes : Québec inc., les géants mondiaux du divertissement et les géants mondiaux de la finance.

Selon nos informations, les entreprises suivantes ont consulté les états financiers du Cirque :

 – la firme Goldman Sachs, qui vaut 76 milliards US à la Bourse de New York, qui a une division d’investissement privé et qui avait conseillé le Cirque pendant le processus de vente de 2015. Goldman Sachs n’a pas souhaité commenter le dossier lundi ;

 – Québecor, conglomérat québécois de télécoms/médias qui vaut 7,6 milliards à la Bourse de Toronto ;

 – Rogers, conglomérat canadien de télécoms/médias qui vaut 30 milliards à la Bourse de Toronto. Rogers n’a pas souhaité commenter le dossier lundi ;

 – Feld Entertainment, une entreprise américaine qui présente comme le Cirque du Soleil des spectacles vivants (notamment avec Disney) ;

 – la firme québécoise d’investissement privé Novacap, qui a un actif sous gestion de 3,6 milliards de dollars. Selon nos informations, Novacap n’a pas l’intention de soumettre une offre pour acheter le Cirque du Soleil, en raison de la nature politique du dossier. Le dossier est clos pour l’instant, mais il n’est pas impossible que Novacap revienne plus tard dans le processus comme investisseur dans un groupe à propriété québécoise si ce groupe remporte le processus d’appel d’offres. Le Fonds de solidarité FTQ pourrait aussi être intéressé à faire partie d’un nouveau groupe d’actionnaires du Cirque du Soleil.

La firme américaine d’investissement privé Providence Equity, et le géant américain des spectacles musicaux Live Nation sont aussi de la partie, a pour sa part rapporté le Globe and Mail. Live Nation, qui vaut 12 milliards US à la Bourse de New York, possède depuis six mois 49 % d’evenko, une division du Groupe CH.

Les actionnaires actuels du Cirque du Soleil ont déclenché ce processus de vente et de restructuration parce qu’ils veulent notamment renégocier avec leurs créanciers la dette garantie de 900 millions US. Durant ce processus, le Cirque devra vraisemblablement se protéger de ses créanciers. Si TPG présente la meilleure offre pour les créanciers et les actionnaires, son groupe restera propriétaire du Cirque. Sinon, le Cirque aura un nouveau propriétaire. En 2015, le groupe de TPG avait acheté le Cirque du Soleil pour 1,5 milliard US.