Surplus de homards, baisse de prix, diminution appréhendée de la demande en raison de la fermeture des restaurants. Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG) s’inquiète pour la saison de la pêche au homard qui doit s’ouvrir à la fin d’avril.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Si on a du homard qui arrive du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard, [on va se retrouver avec des surplus] », souligne Jean Côté, directeur scientifique du RPPSG, qui représente 450 pêcheurs. « Oui, on est inquiets. On ne peut pas jouer à l’autruche. »

Avec la propagation de la COVID-19 en Chine, les stocks de homards pêchés en Nouvelle-Écosse et normalement exportés vers ce pays n’ont finalement jamais pris le chemin de l’Asie. Résultat : le prix du homard payé aux pêcheurs de cette province est passé de 10 $ à 8 $ la livre en une semaine, rapportait le journal Acadie Nouvelle, au début de mars.

Et comme le crustacé n’est pas expédié en Asie, il risque d’envahir les comptoirs de poissons du Canada et des États-Unis, à côté des homards du Québec, appréhende Stéphane Langford, pêcheur aux Îles-de-la-Madeleine, qui devrait en principe mettre ses cages à l’eau le 9 mai. « Pour nous, c’est catastrophique », dit-il.

M. Langford craint même que la saison soit compromise si le prix du homard payé aux pêcheurs est trop bas. Aux Îles-de-la-Madeleine, on met généralement les cages à l’eau de mai à juillet. Chaque année, lorsque Stéphane Langford prend le large, il doit assumer des frais de 125 000 $, notamment pour l’essence et le salaire des employés.

Si, le 1er mai, le gouvernement repousse les restrictions jusqu’au 1er juin, ce serait mieux de ne pas aller à la pêche du tout.

Jean Côté, directeur scientifique du RPPSG

M. Côté souligne qu’une fermeture prolongée des restaurants ferait mal à l’industrie. « Le homard, c’est souvent un mets festif, souligne M. Côté. On le sert sur les bateaux de croisière, dans les restaurants. Aux États-Unis, les restos ferment de plus en plus [aussi]. »

« C’est quelque chose que les gens mangent en groupe, ajoute-t-il. Et là, ils n’ont plus le droit de se rassembler. Plus on avance dans le temps, plus les restrictions se prolongent, et moins il y a de marchés pour notre produit. »

« Pas de décision de prise », dit Ottawa

« Il n’y a pas de décision de prise encore concernant la pêche au homard », souligne quant à elle Pascale Fortin, directrice régionale des communications de Pêches et Océans Canada, dans un courriel envoyé à La Presse, vendredi.

« Le Ministère poursuit ses discussions avec les intervenants de la pêche, y compris les pêcheurs de homard. Les avis divergent au sein des intervenants. Pour le moment, le Ministère se concentre davantage sur les pêches qui débutent plus tôt comme le pétoncle, le crabe et la crevette et poursuit ses discussions avec les pêcheurs de homard. »

Rappelons que la pêche au crabe des neiges a commencé il y a quelques jours dans l’est du Québec. Alors que le homard, à l’étranger, est souvent destiné au marché chinois, le crabe d’ici est surtout exporté aux États-Unis, où il est majoritairement vendu au détail.