Tel qu’appréhendé, le gouvernement canadien reçoit une quantité « historique » de demandes d’accès à l’assurance-emploi depuis le début de la crise.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La pandémie de la COVID-19 frappe les travailleurs de plein fouet. Le gouvernement a reçu 1,55 million de demandes d’assurance-emploi pour la période s’échelonnant du 16 au 25 mars, a appris La Presse.

On est ainsi passé de 500 000 demandes le 20 mars, à 929 000 demandes le 22 mars, puis, maintenant, à 1,55 million.

En 2019, le nombre mensuel moyen de prestataires réguliers se chiffrait à 450 301 personnes, selon les données de Statistique Canada. Dit autrement, les nouvelles demandes pourraient faire quadrupler le nombre total de prestataires canadiens, à près de 2 millions.

Ce nouveau volume ferait passer le taux de chômage au Canada de 5,6 % à 15,3 %, une hausse de près de 10 points de pourcentage.

Cependant, il est à prévoir que les programmes fédéraux annoncés au cours des derniers jours comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois et le programme de subvention salariale de 75 % à l’intention des entreprises fassent baisser le nombre faramineux de nouvelles demandes. Le premier ministre Trudeau a d’ailleurs demandé lundi aux entreprises de réembaucher des employés qu’elles auraient précédemment mis à pied.

En février, il y avait 1 133 800 chômeurs au Canada. Ce niveau est supérieur au nombre de prestataires, soit parce que certains chômeurs n’ont pas accumulé le nombre d’heures requis pour avoir droit à l’assurance-emploi, soit parce qu’ils ont écoulé leur période de prestations.

Des données spécifiques sur les nouveaux prestataires au Québec cette semaine n’ont pu être obtenues. Avant la crise, en février, les 204 700 chômeurs québécois correspondaient à un taux de chômage de 4,5 %. En 2019, la moyenne mensuelle du nombre de prestataires québécois était de 108 686, ce qui représentait 24 % du total canadien.

Fermeture des bureaux de chômage

Il est à espérer que les demandeurs d’assurance-emploi soient effectivement dirigés vers les nouveaux programmes d’aide, car les services de l’assurance-emploi sont complètement embourbés, soutient Pierre Céré, porte-parole du Comité national des chômeurs (CNC) dans un entretien.

Les Centres Service Canada sont fermés depuis le 27 mars au soir. Il est question ici des quelque 600 bureaux donnant de l’information aux citoyens pour leurs demandes d’assurance-emploi. Les citoyens doivent se tourner vers les demandes en ligne.

Le CNC a déploré la décision. « C’est une aberration », a dit Pierre Céré. Service Canada est un service essentiel : des centaines de milliers de citoyens et de citoyennes ont des questions, ont besoin d’informations concernant leurs dossiers, plusieurs ont besoin d’aide, en personne, pour remplir leurs demandes d’assurance-emploi », a-t-il ajouté.

Le syndicat représentant les employés des bureaux d’assurance-emploi s’est réjoui de la fermeture des bureaux pour des raisons de santé et de sécurité du personnel.

Le CNC considère que des mesures peuvent être mises en place afin de respecter les recommandations des agences de santé publique, tout en continuant d’offrir des services en personne à la population.

Le CNC recommande ainsi au Ministère d’accroître son personnel affecté au service téléphonique et d’ajouter des lignes téléphoniques et de s’assurer d’une meilleure performance du portail Internet.

– Avec Francis Vailles et Mélanie Marquis