Ils se sont réorientés pour protéger la population. De portiers dans des bars à agents de sécurité en centres d’hébergement ou dans de grandes surfaces, ils sont nombreux à recycler leur expertise pour le bien commun.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

En trois semaines, les Québécois se sont habitués à une nouvelle réalité. Ils sont témoins d’images jusqu’ici inédites. Comme celle d’un mastodonte de 6 pieds 1 pouce sur le qui-vive, non pas à l’entrée d’un bar prêt à intervenir entre deux clients éméchés qui se tiraillent, mais bien devant celle d’un grand magasin à rappeler aux gens de se laver les mains et de se tenir à bonne distance les uns des autres.

Les récentes mesures gouvernementales visent le ralentissement de la propagation de la COVID-19. Elles ont provoqué la fermeture de presque tous les bars et restaurants de la province. De nombreux portiers sont temporairement… mis à la porte. Ils pensaient devoir se tourner les pouces à la maison. Loin de là.

Du Bistro à Jojo au CHSLD

« J’ai une mission de vie, c’est la protection de l’être humain sous toutes ses formes. Alors pourquoi rester chez moi alors que c’est le moment de protéger les gens ? », clame Carol Busque. Ce sympathique Beauceron de 41 ans travaillait jusqu’à tout récemment comme portier au Bistro à Jojo, à Montréal. Quand l’établissement a suspendu ses activités en raison de la crise, il a suffi d’un appel pour lui trouver un emploi d’agent de sécurité auprès d’un CHSLD.

C’est valorisant pour moi de me rendre utile en temps de crise.

Carol Busque

M. Busque ne craint pas de contracter le coronavirus, mais admet être aux premières loges de la terreur des gens qu’il protège. « En tant que portier ou agent de sécurité, tu développes un sens de l’observation. Il y a des gens qui ne l’ont pas facile en ce moment. » D’où l’importance d’offrir une protection de base et d’être une présence rassurante dans la vie des gens, dit-il.

Tout un changement

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Simon Bégin est passé du Vegas, un bar de danseuses à Longueuil, au Maxi de Mascouche.

Simon Bégin a radicalement changé de décor. Le bouncer est passé du Vegas, un bar de danseuses à Longueuil, au Maxi de Mascouche. « Plus le même genre de clientèle », dit-il avec un sourire en coin. Il s’assure de faire respecter les mesures d’hygiène et de distanciation. « C’est moins payant, mais nettement mieux que de ne rien faire », lâche-t-il. Son nouvel emploi pose certains défis. Que faire si on aperçoit un aîné se mettre à risque en faisant l’épicerie ? « Je pense que j’irai lui parler… diplomatiquement. Lui rappeler les consignes d’isolement du gouvernement, que c’est pour son bien », explique cet homme calme et imposant qui mesure presque deux mètres et à qui il semble difficile de désobéir. Sans être au premier front à la manière du personnel soignant, il affirme avoir songé au risque de ne pas être confiné. « Les gens qui ont voyagé et vont faire leur épicerie, ils ne vont certainement pas te le dire. C’est là qu’on demeure utile, on s’assure de minimiser les risques de contamination. »

Permis express

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Jonathan Houle pourrait être confiné chez lui « à éviter tous les risques possibles ». Mais il a pris la décision la veille d’aller chercher son permis temporaire d’agent de sécurité.

Jonathan Houle pourrait être confiné chez lui « à éviter tous les risques possibles ». Mais il a pris la décision la veille d’aller chercher son permis temporaire d’agent de sécurité. Il a travaillé pendant 10 ans dans le domaine de la sécurité au Golden, à Blainville, et au Beach Club, à Pointe-Calumet. Il a ensuite fait un virage vers le transport automobile. Nouvellement sans emploi, il est retourné sans hésitation à ses premiers amours : la prévention et la sécurité. L’heure est grave, mais pratiquer son ancien métier en temps de crise le rend fier. « Les gens voient les gardiens de sécurité comme des gros bras sans cervelle qui sortent les gens saouls des bars. On n’est pas juste des gros bras. On a des compétences, on a besoin de nous. » Les agents de sécurité ont pour réflexe de garder leurs distances et de prévenir les situations fâcheuses, poursuit-il. Ils peuvent aider les gens à le faire.

Des permis temporaires

Un besoin supplémentaire en sécurité s’est créé pour le réseau de la santé et les grandes surfaces. En période de pandémie, la loi autorise le Bureau de la Sécurité privée (BSP) à remettre des permis temporaires aux personnes qui ne disposent pas de formation liée à la sécurité. Ils sont d’une durée de quatre mois et s’obtiennent en quatre ou cinq jours, après enquête sur les antécédents judiciaires des candidats. Des catégories de travailleurs, comme les portiers de bars, disposent déjà d’un tel permis. Énormément de permis temporaires sont délivrés à l’heure actuelle, se réjouit le directeur général du Bureau de la Sécurité privée (BSP), Claude Paul-Hus. « Dire aux gens de se tenir à bonne distance, s’assurer que tout soit désinfecté, limiter les visites en CHSLD… des mesures à l’impact majeur. On ne peut pas se permettre de libérer 2000 policiers pour les faire appliquer et c’est là que les agents de sécurité entrent en jeu », poursuit-il.