Ce n’est pas 500 000 Canadiens qui ont fait une demande d’assurance-emploi la semaine dernière, mais bien 929 000, selon des informations de La Presse d’abord rapportées lundi soir par Radio-Canada. Et au Québec, avec la fermeture de toutes les entreprises pour trois semaines, sauf exception, le nombre de chômeurs va encore exploser. Quand ceux-ci recevront-ils leur premier chèque ?

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La question se pose puisque les services d’assurance-emploi sont débordés au pays. Les demandes déposées la semaine dernière seulement pourraient faire tripler le nombre total de prestataires canadiens. Est-on rendu au point où le gouvernement devrait envoyer un chèque à tous les ménages comme ce fut le cas lors de la tempête de verglas de 1998 pour éviter que des familles manquent de l’essentiel ?

« Aujourd’hui, avec la mise à l’arrêt du Québec économique, on est plus près d’envoyer un chèque à tout le monde que la semaine passée », reconnaît le professeur et fiscaliste Luc Godbout, à qui La Presse a posé la question.

« Cependant, il n’est pas clair que c’est la meilleure solution parce qu’il y a encore une portion de la population (les travailleurs de services essentiels) qui n’est pas privée de revenus. Il y a encore de la place pour des actions ciblées. »

« Les ressources du gouvernement ne sont pas illimitées, souligne-t-il. Si on donne des 1000 $ à des gens qui n’en ont pas besoin, il en restera moins à donner aux ménages démunis. »

Pour l’universitaire, la solution dans l’immédiat passe par des assouplissements dans le traitement des demandes d’assurance-emploi.

M.  Godbout presse le gouvernement fédéral d’éliminer le délai de carence d’une semaine pour toutes les nouvelles demandes et d’imprimer les chèques sans délai. « Quiconque s’enregistre à l’assurance-emploi, on se met en fast track et on envoie le chèque. On fera les vérifications ensuite. »

M.  Godbout souhaite que l’assurance-emploi se serve de la banque de données de l’Agence du revenu du Canada pour faire parvenir les paiements par dépôt direct, mais il ignore si une telle chose est possible.

De son côté, Pierre Céré, porte-parole du Comité national des chômeurs et chômeuses, craint que la machine administrative soit incapable de s’ajuster.

« Le système informatique a sauté la semaine dernière, indique-t-il. Les lignes téléphoniques ne fournissent pas. Il y a un manque de ressources humaines. Avant la crise de la COVID-19, en février, les fonctionnaires étaient en train de terminer les demandes d’assurance-emploi qui étaient entrées en novembre et décembre. »

M.  Céré n’est pas plus impressionné par les allocations d’urgence annoncées par Ottawa la semaine dernière, dont on ignore encore bien des détails. « On dit de s’inscrire en avril, mais est-ce au début d’avril ? À la fin d’avril ? On ne le sait pas. » Toujours selon M.  Céré, le Québec a fait beaucoup mieux avec son Programme d’aide temporaire aux travailleurs (PATT COVID-19), géré par la Croix-Rouge. « Ça marche, ça va vite. »

Le PATT verse un maximum de 573 $ aux travailleurs malades ou en isolement à cause de la COVID-19 qui ne se qualifient pas à l’assurance-emploi et sans assurance salaire.

Malgré ses critiques, M.  Céré croit que l’assurance-emploi reste le canal le plus efficace pour acheminer l’aide aux travailleurs en chômage technique. À l’instar de M.  Godbout, il demande lui aussi l’annulation du délai de carence. Il rendrait aussi les prestations d’un maximum de 573 $ non imposables. M.  Céré supplie en outre le gouvernement canadien d’assouplir toutes les règles entourant l’admissibilité aux prestations d’assurance-emploi comme celles sur la disponibilité au travail, caduques pour les trois prochaines semaines. Lors de la crise du verglas de 1998, où jusqu’à 1,3 million de foyers avaient perdu l’électricité, le gouvernement du Québec avait dédommagé les sinistrés privés d’électricité de la perte de biens de première nécessité, comme la nourriture, en plus du versement des indemnités de 70 $ par semaine ou de 10 $ par jour aux sinistrés.

 – Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse