S’isoler n’est malheureusement pas un problème pour la grande majorité des chauffeurs de taxi, victimes d’une baisse des affaires qui atteindrait jusqu’à 80 %.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Si tu veux faire un marathon à Montréal, même pas besoin de l’aide de la police », affirme Jean Fortier, directeur général de Taxi Coop, pour illustrer la tranquillité des rues de la métropole.

« Les hôtels du centre-ville sont vides, ajoute George Boussios, propriétaire de Taxi Champlain. [Mardi] matin, j’ai un chauffeur qui a attendu cinq heures devant un hôtel avant de repartir seul. »

« C’est terrible, poursuit-il. Les affaires ont baissé de 75 % ou 80 %. Je n’ai jamais vécu quelque chose du genre, même le 11-Septembre ou le verglas. À un certain moment [mardi], j’avais 160 voitures sur la route et seulement 22 avec un client. Normalement, il y en aurait environ 120. Si ça devait durer plus que deux ou trois semaines, ça pourrait être la fin. »

Le transport adapté, une source de revenus généralement fiable pour le taxi, a chuté de façon aussi importante, selon M. Boussios.

« Normalement, j’ai 30 chauffeurs qui font du transport adapté. Là, on est passé à six. Notre seul espoir était que la STM arrête son service d’autobus. »

C’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Pour protéger ses chauffeurs, la STM a indiqué mardi qu’elle invitait tous les passagers à entrer par la porte arrière, et qu’elle se fiait de facto sur l’honnêteté de ses usagers pour la validité de leurs titres de transport.

Les limousines aussi

Propriétaire d’une entreprise de limousines berlines, Claude Boulet a lui aussi vu ses affaires se détériorer rapidement.

« Au lieu d’avoir une quinzaine de réservations par jour, je n’ai même pas ça pour une semaine. En fait, j’ai à peu près une réservation par jour. Et ce sont des gens qui réservent parce qu’ils reviennent au pays en catastrophe, ils ne sont pas sur le bord de repartir. »

Résultat, il a dû mettre à pied ses trois chauffeurs, en plus des trois employés d’un centre de répartition partagé avec d’autres entreprises. En tout, ce groupe d’entreprises a mis à pied une vingtaine de chauffeurs, estime-t-il.

C’est d’autant plus difficile pour l’industrie qu’elle est déjà affaiblie par la concurrence d’Uber et la loi 17, ont rappelé MM. Boussios et Boulet. Uber n’a pas répondu à notre demande d’information sur l’impact de la crise sur ses affaires.