Si les razzias de papier de toilette ont fait jaser ces derniers jours, plusieurs personnes ont réalisé qu’elles avaient un autre besoin essentiel : la lecture. À la librairie Les Passages, à Lachine, les clients repartent ces temps-ci avec de gros sacs et les affaires vont bien.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

« Ce n’est pas tant que les clients sont plus nombreux, mais ceux qui viennent chez nous repartent avec des tas d’achats », explique Philippe Sarrasin, propriétaire.

Les cahiers d’exercices pour les élèves – de maths, de français, d’anglais – se vendent notamment comme des petits pains chauds et la librairie doit refaire ses stocks. Les jeux de toutes sortes sont aussi très populaires.

Pas impossible que les gens se dépêchent de faire des réserves, de peur que la librairie soit fermée, dit M. Sarrasin, qui le redoute aussi.

« Il y a déjà une petite tension chez les employés. Heureusement, les gens paient beaucoup avec la carte de crédit et il y a peu de manipulation d’argent. »

M. Sarrasin encourage aussi les gens à passer leurs commandes par téléphone s’ils ne veulent pas s’attarder en librairie.

Avec deux nouvelles enseignes – celle de Lachine et celle de la Petite-Bourgogne, toutes deux affiliées à La Librairie de Verdun –, M. Sarrasin ne cache pas une certaine inquiétude. Les nouvelles librairies fonctionnaient bien, mais elles ont ouvert il y a peu et elles demeurent fragiles.

Mais pour l’heure, les clients sont là. « J’ai l’impression que les gens s’occupent de leurs besoins de base le matin. Ils semblent aller à l’épicerie d’abord, puis ils passent chez nous en après-midi. »

Certains titres comme L’amour au temps du choléra ou La peste sont plus demandés qu’à l’habitude, « comme si les gens voulaient se rappeler que ça pourrait être bien pire ».

Chez Renaud-Bray… des fermetures

Renaud-Bray, à l’inverse, a décidé de fermer cinq points de vente mardi. Par précaution sanitaire, mais aussi parce que les clients se faisaient rares.

« Il y a croissance des ventes web, mais ça ne compense pas pour la baisse des ventes en magasin », fait observer Émilie Laguerre, directrice des communications chez Renaud-Bray, qui dit espérer que l’aide gouvernementale sera au rendez-vous.

Indigo a pour sa part décidé de fermer toutes ses succursales jusqu’au 27 mars.

« La situation évolue continuellement, et nous pensons que cette fermeture temporaire est une occasion pour nous de nous joindre au reste du Canada pour ralentir la propagation de la COVID-19, tout en protégeant nos employés, nos clients et la collectivité dans son ensemble », a écrit l’entreprise dans un communiqué.

Vélos demandés

Chez Cycles Campus Vélo, à Verdun, les choses sont loin de tourner au ralenti. Ces derniers jours, les clients sont plus nombreux qu’à l’habitude, plusieurs clients ayant décidé de se rendre maintenant en vélo au boulot. Et le plan de financement est particulièrement réclamé.

« Il y a quatre stations de métro à Verdun et ses environs, et les gens sont nombreux à nous dire qu’ils viennent acheter un vélo pour ne plus avoir à prendre les transports en commun », explique Laurent Gagnon, propriétaire de Cycles Campus Vélo.

À part mardi où le temps était pluvieux, l’affluence est élevée, mais les clients « qui ont peur de perdre leur emploi sont nombreux à demander un plan de financement de 12 mois ».

Les vélos électriques, qui gagnaient déjà en popularité et dont les prix varient de 2000 $ à 12 000 $, sont particulièrement dans l’air du temps.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Les ventes et réparations de vélos vont bon train chez Cycles Campus Vélo, à Verdun. Plusieurs clients ont décidé de favoriser les déplacements en vélo pour éviter les transports en commun alors que d’autres cherchent un loisir pour occuper les enfants.

Comme les enfants sont à la maison et qu’on cherche à les occuper, les vélos pour les jeunes s’envolent aussi très bien.

Les réparations de vélos se multiplient aussi et elles sont demandées un bon mois plus tôt qu’à l’habitude.

Tout indique, selon M. Gagnon, que les achats, comme les demandes de réparation, ont été devancés.

Même son de cloche chez Cycle Régis, dans Outremont. « On a fait rentrer du personnel en plus, on a notamment un mécanicien supplémentaire pour les réparations », indique Vincent Dubé, propriétaire.

Lui aussi a rencontré des clients qui lui ont indiqué avoir décidé de faire le saut vers le vélo comme moyen de transport vers le travail. « On a d’ailleurs écrit un petit message sur Facebook dans le genre : “Pourquoi prendre le métro ? Prenez le vélo !” », souligne M. Dubé.

Des marchands de Lachine se regroupent et livrent à domicile

Neuf commerçants de la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement de Lachine, se sont regroupés pour organiser un système de livraison à domicile en commun. Une librairie, un quincaillier (Rona), un magasin d’articles pour bébés, un magasin de jouets, des épiceries bios et un comptoir d’articles de seconde main sont déjà de la partie.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Neuf commerçants de la rue Notre-Dame, dans l’arrondissement de Lachine, se sont regroupés pour organiser un système de livraison à domicile en commun. Sur la photo, on voit Alexandra Pagé, présidente de l’Association des commerçants de la rue Notre-Dame et propriétaire de Glup, et Janie St-Pierre, de la boutique Au Bal Masqué.

« Il y a par exemple une mijoteuse à 10 $ à vendre ! Et au magasin de jouets, la propriétaire, qui vend aussi du fudge, a une grosse demande ! », lance Alexandra Pagé, présidente de l’Association des commerçants de la rue Notre-Dame et propriétaire de Glup, un magasin d’articles de bébés.

Les frais de livraison sont de 5 $ et c’est gratuit pour les commandes de plus de 45 $. On ne livre qu’à Lachine. On téléphone, « mais comme pas mal tout le monde est à la maison, il n’y a pas trop de problèmes ».

La rue Notre-Dame de Lachine, qui a longtemps été la rue principale, travaille fort à sa revitalisation depuis plusieurs années déjà, et des commerces y ont ouvert leurs portes ces derniers mois.