Le monde a des airs d’apocalypse. Les activités publiques sont suspendues, les étagères des marchés d’alimentation se vident, les gens s’isolent. On se croirait dans le roman La Route ou Le poids de la neige.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Mais non, la fin du monde n’est pas arrivée, et non, l’économie ne s’effondrera pas. Ceux qui ont vécu les crises précédentes en savent quelque chose : quand survient un événement majeur, le premier réflexe est de croire que jamais plus les choses ne seront comme avant.

D’accord, cet arrêt net des activités publiques causé par la COVID-19 est sans précédent et personne ne sait précisément ce que nous réserve l’avenir. Mais des événements sans précédent, il y en a eu d’autres avant.

La crise financière de 2008 était catastrophique. Les actes terroristes du 11 septembre 2001 étaient épouvantables. Le krach boursier de 1987 était tout aussi unique et bouleversant. Mais l’économie et les marchés financiers se sont toujours relevés et parfois, vigoureusement.

L’économie ne s’effondrera pas, d’abord pour des raisons bien évidentes : peu importe ce qui arrive, les gens doivent continuer à faire des échanges économiques.

Ils doivent acheter des denrées alimentaires, payer leur essence et acquitter leurs paiements hypothécaires, comme les factures de télécommunications.

De plus, les sommes qui ne sont pas dépensées par les consommateurs pour des voyages, des déplacements en auto ou des repas au resto seront dépensées ailleurs. Vous êtes abonnés à Netflix mais pas à Illico ou à TOU.TV, peut-être songerez-vous à le faire. Vous avez du temps libre pour lire, peut-être passerez-vous à la librairie pour traverser la tempête.

PHOTO LUCAS JACKSON, REUTERS

« L’économie ne s’effondrera pas, d’abord pour des raisons bien évidentes : peu importe ce qui arrive, les gens doivent continuer à faire des échanges économiques », écrit Francis Vailles. Sur la photo, un homme muni d’un masque passe devant la Bourse de New York.

Nul doute que la chute vertigineuse des Bourses fait mal aux investisseurs, surtout à ceux qui ont des besoins de fonds à court ou à moyen terme. Ou à ceux qui, par inexpérience, ont pris davantage de risques que ne le permettait leur situation.

Mais pour des gens d’expérience comme le gestionnaire de portefeuille Jean-Luc Landry, les risques de crise financière sont faibles. « Bien des titres ont reculé, comme les banques, qui offrent des rendements de dividendes de 7 %. C’est une période d’achat extrêmement intéressante », croit-il.

Au cours des prochains mois, l’économie mondiale ralentira fortement et plusieurs pays tomberont en récession. Des entreprises feront des mises à pied et le taux de chômage augmentera, ce qui aura des effets sur le budget des ménages et la croissance économique.

L’économiste d’expérience François Dupuis, du Mouvement Desjardins, a maintenant un scénario de récession mondiale. Il utilise les mots « chambardement important » et « situation très grave ».

Il juge très difficile de prévoir les prochains mois, sa boule de cristal étant embrouillée par l’incertitude quant à la durée de la pandémie et ses effets tangibles sur l’économie. Au vu du cas chinois, cependant, il estime qu’elle pourrait durer deux mois et demi dans les régions récemment touchées, comme le Canada. Et qu’une reprise économique peut être envisagée par la suite.

En clair, le trimestre du printemps sera négatif, mais un rebond est attendu pour l’été, sinon l’automne, croit l’économiste en chef de Desjardins.

Le revirement dépend de la réaction des autorités. Or, nos gouvernements ont rapidement agi pour étouffer la propagation du virus. Ils proposent ou envisagent aussi diverses mesures pour aider les entreprises et les particuliers, auxquelles s’ajoutent les injections de fonds des banques centrales dans l’économie.

Vendredi, d’ailleurs, la Banque du Canada a annoncé une autre baisse du taux directeur (à 0,75 %) et le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, une aide de 10 milliards aux entreprises, dans une très rare conférence de presse commune.

À cela s’ajoute le train de mesures existantes, au premier chef l’assurance-emploi, qui devrait permettre aux éclopés de traverser une crise de quelques mois.

Jean-Luc Landry, qui est aussi économiste, croit qu’on assistera à une contraction en V de l’économie, soit une chute brusque, suivie d’une reprise très forte par la suite. D’autant plus que dans le contexte, les Trump et autres protectionnistes de ce monde risquent de mettre de côté les conflits internationaux sur le commerce.

Vers un déficit de 90 milliards ?

La crise ne sera pas sans conséquence pour les particuliers, comme pour les entreprises et les gouvernements. Le gouvernement fédéral pourrait voir son déficit exploser. Durant la précédente crise, le solde budgétaire fédéral était passé d’un surplus d’une dizaine de milliards de dollars en 2007-2008 à un déficit de 56 milliards en 2009-2010, soit un écart de 66 milliards en deux ans.

Il est bien difficile de comparer la crise de 2020 à celle de 2008, mais si ses impacts se ressemblaient, l’actuel déficit du fédéral passerait de quelque 23 milliards à près de 90 milliards dans deux ans ! On comprend mieux pourquoi de très nombreux observateurs critiquaient le gouvernement Trudeau d’imiter la cigale.

Le Québec, de son côté, a les reins très solides pour affronter la crise, ayant engrangé de gros surplus durant les dernières années et dégonflé sa dette. Au pire, Québec pourrait suspendre la loi et cesser totalement de verser des fonds au Fonds des générations pendant trois ans, ce qui lui donnerait un coussin annuel d’environ 3 milliards.

Oui, il y aura des mois très difficiles et des impacts subséquents, mais non, l’économie ne s’effondrera pas.