Quatre mois après la grève au CN, un mois après le blocus ferroviaire, la pandémie de COVID-19 vient donner un autre coup de boutoir au secteur manufacturier québécois. Pour les représentants de cette industrie, le gouvernement Legault doit en priorité permettre aux entreprises de disposer d’assez de liquidités pour traverser la crise.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

« On a des membres qui sont affectés depuis plusieurs mois parce qu’ils se font livrer ou livrent des produits à l’étranger par les ports et les trains : ceux-là commencent à être à bout de souffle, dit Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). Ce n’est pas facile d’opérer sa petite entreprise quand les choses vont bien, imaginez maintenant. On traîne la langue à terre un peu. »

Dépendants de la Chine

Selon ce que rapportent les entreprises affiliées à la FCEI, qui compte 110 000 membres dont la plupart comptent moins d’une dizaine d’employées, ce sont surtout les chaînes d’approvisionnement vers les pays asiatiques qui sont très au ralenti. Même constat du côté des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), qui représente 1100 entreprises du secteur.

« L’impact, on le ressent depuis plusieurs semaines, on est très dépendants de la Chine au chapitre de l’approvisionnement, constate Véronique Proulx, PDG de MEQ. C’est sûr que c’est préoccupant, on pourrait avoir des ruptures de stock pour certains produits, une hausse des coûts au consommateur. »

Comme on l’avait fait le mois dernier au plus fort de la crise ferroviaire, Mme Proulx estime que Québec doit déterminer quels sont les secteurs les plus névralgiques. « On avait alors parlé du propane, de l’agroalimentaire, on commençait à craindre de manquer de chlore », rappelle-t-elle.

Une pause dans les paiements

Les entreprises manufacturières, par définition, ne peuvent recourir entièrement au télétravail pour minimiser les effets de la crise. Elles pourraient toutefois alléger la pression sur leurs finances si elles pouvaient retarder certains paiements, comme les cotisations à l’assurance-emploi, les versements aux régimes de pension publics et le transfert des taxes fédérale et provinciale, suggèrent leurs représentants.

« Dans le passé, Québec avait mis en place un programme de prêts pour les entreprises en difficulté, mais peu s’en étaient prévalues : la dernière chose qu’une entreprise veut, c’est s’endetter, dit Véronique Proulx. À court terme, la mesure qui nous apparaît la plus pertinente est de suspendre pendant la crise les paiements ou les cotisations des employeurs. »

Du côté de la FCEI, on suggère en outre aux entrepreneurs de bien évaluer leurs finances, « de s’asseoir avec le comptable » pour avoir une idée plus claire de leur santé. On interpelle également l’Agence du revenu du Canada et Revenu Québec pour qu’elles n’imposent pas de pénalités ou d’intérêts sur les paiements qui pourraient être en retard.

En situation de crise, il faut protéger son encaisse, explique Pierre Cléroux, économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC). « Quand l’économie ralentit, on a moins de revenus et, souvent, les coûts augmentent. Beaucoup de PME n’ont pas beaucoup d’encaisse d’avance, c’est important de bien la gérer. »

Deux bonnes nouvelles

Les ressources humaines représentent également tout un défi pour les petites entreprises, où on ne dispose pas nécessairement d’un service au fait des derniers règlements en la matière.

« C’est encore plus vrai dans un contexte comme celui de la COVID-19, où il y a des règles très précises sur l’accès aux bâtiments de l’entreprise, par exemple », précise Jasmin Guénette.

Dans la tourmente, Pierre Cléroux voit deux bonnes nouvelles, relativement parlant, bien sûr. « Le Québec était en très bonne santé économique avant le début de la crise, on part donc avec une économie forte. Et il faut se rappeler que dans le passé, ces chocs ont eu des impacts temporaires. C’est différent des effets des crises financières. »