La pandémie de COVID-19 frappe de plein fouet l’industrie touristique montréalaise. En quelques jours à peine, une quinzaine d’évènements et 50 000 nuitées ont été annulés, selon les données fournies par Tourisme Montréal. Les établissements hôteliers de la région de Québec doivent eux aussi faire face à la même situation.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Sans vouloir être alarmiste, le président-directeur général de Tourisme Montréal, Yves Lalumière, se dit conscient que d’autres évènements d’envergure comme le Grand Prix ou les Francos pourraient être compromis si la situation ne s’améliore pas.

Rappelons que le gouvernement Legault a interdit temporairement les rassemblements de 250 personnes et plus.

« C’est sûr qu’il y a eu un effet domino à partir du moment que la pandémie a été annoncée, soulignait M. Lalumière au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse, jeudi. Congrès, évènements, festivals : tu frappes dans le cœur de l’industrie du tourisme. C’est comme le quart de notre business qui s’est effacé. Tous les festivals et évènements sont au jaune en ce moment. »

Selon lui, l’annulation du Grand Prix de Montréal, par exemple, porterait un dur coup à la métropole. « Je ne crois pas qu’on soit en position d’annuler. Ça serait l’un des premiers évènements qui pourraient déclencher la saison, ajoute-t-il. C’est un peu notre espoir qu’on ait d’ici quatre semaines des nouvelles un peu plus positives. »

Rappelons que les Mondiaux de patinage artistique qui devaient avoir lieu à Montréal la semaine prochaine ont été annulés. Quelque 200 athlètes étaient attendus dans la métropole.

Le Salon national de l’habitation ouvre puis ferme

Au Palais des congrès du Montréal, après la fermeture du Salon national de l’habitation où quelque 80 000 visiteurs étaient attendus d’ici dimanche, on faisait état en fin de journée jeudi de l’annulation ou du report de quatre congrès internationaux qui étaient prévus au cours des prochaines semaines et qui auront des répercussions majeures sur les réservations hôtelières.

Les deux reports à des dates ultérieures encore à confirmer touchent deux congrès d’envergure internationale où étaient attendus 3600 participants. Quant aux annulations, elles concernent un congrès d’origine américaine et un autre d’envergure internationale où 5600 participants étaient attendus.

Par ailleurs, les organisateurs du Sommet mondial de l’intelligence artificielle des Amériques, ou « World Summit AI Americas » de sa désignation commerciale, ont annoncé jeudi que leur conférence prévue pour les 25 et 26 mars prochains au Palais des congrès de Montréal aurait lieu entièrement par téléconférences et webdiffusions, et non en personne avec ses quelque 2000 participants.

Du côté d’evenko et de Spectra, qui organisent de nombreux concerts, mais également le Festival de jazz et les Francos, on dit avoir « pris acte des mesures mises en place par le gouvernement du Québec quant à la suspension des évènements de plus de 250 personnes pour une période de 30 jours. »

« Des informations spécifiques pour chacun des évènements seront communiquées dès que possible, a-t-on déclaré dans un communiqué. Entre-temps, les détenteurs de billets sont invités à conserver leur billet pour les évènements à venir. »

Les hôtels

Ce climat d’incertitude a également des effets négatifs sur le secteur hôtelier. Jusqu’à maintenant, 50 000 nuitées ont été annulées à Montréal. Une véritable « gestion de crise » pour plusieurs établissements.

Même situation du côté de Québec. « On a effectivement des annulations », confirme Marjolaine De Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, qui compte 225 membres. Selon elle, le taux d’occupation a diminué d’environ 10 à 15 % par rapport à la même période l’an dernier. Elle souligne que le nombre d’autobus transportant des touristes qui normalement dorment dans la capitale nationale ont diminué. Mme De Sa ne pouvait toutefois pas chiffrer le nombre d’annulations.

« On a même des entreprises québécoises qui annulent des réunions parce qu’elles ne veulent pas faire de rassemblements. C’est quelque chose qu’on suit tous les jours. »

« D’habitude, en mars, avril et mai, c’est la grosse période de réservations pour la clientèle estivale et automnale, rappelle-t-elle. Là, c’est plus lent que les autres années. »

Les aéroports

Par ailleurs, l’annulation de certaines liaisons, notamment vers la Chine, laisse également présager une diminution du nombre de voyageurs dans les aéroports. Du côté de Montréal-Trudeau, toutefois, il était pour le moment impossible d’obtenir des données. « Malheureusement, il est encore trop tôt pour comparer les résultats du début mars à ceux de l’an dernier, a indiqué Frédérique Laquerre, porte-parole de l’aéroport, dans un courriel envoyé jeudi à La Presse. Compte tenu de la situation actuelle, nous estimons qu’en raison [de la] COVID-19, un ralentissement de la croissance du trafic de passagers sera à prévoir. »

Du côté des ports de Québec et de Montréal, on ne signale pour l’instant aucune annulation des escales prévues. Rappelons que la saison des croisières commence en mai. Les mois de septembre et d’octobre sont les plus occupés.

— Avec la collaboration de Martin Vallières, La Presse