Dans de nombreuses villes, les rails ont été arrachés et les voies ferrées, transformées en pistes cyclables ou en corridors verts. C’était une bonne idée qu’on pourrait finir par regretter.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le train est de retour en vogue dans de nombreuses régions du monde. C’est le cas en Allemagne, qui vient de donner un coup de pouce considérable à son secteur ferroviaire.

Vu de ce côté-ci de l’Atlantique, l’Allemagne apparaît comme un paradis du transport en commun. Les trains et les métros sont efficaces et très utilisés par la population, malgré l’étendue du territoire. Le Boston Consulting Group, qui évalue la performance des services ferroviaires européens, accorde une très bonne note à la Deutsche Bahn, le plus grand réseau d’Europe pour le nombre de kilomètres de voies.

Mais ses utilisateurs sont de moins en moins satisfaits de la qualité du service. La fréquentation des trains augmente, mais leur ponctualité se détériore et le matériel roulant vieillit. Le gouvernement allemand a décidé d’ouvrir son portefeuille pour l’entreprise dont il est propriétaire à 100 %. Il consacrera 86 milliards d’euros (130 milliards de dollars canadiens) à la modernisation du réseau ferroviaire au cours des 10 prochaines années.

C’est le plus important programme d’investissement de l’histoire de la Deutsche Bahn.

Cet investissement de l’Allemagne dans les trains est au cœur de son programme de lutte contre les changements climatiques. Ce programme comprend, entre autres, une baisse de la TVA sur les billets de train de longue distance, qui avantagera le secteur vis-à-vis des autres modes de transport, dont les transporteurs aériens à prix abordables.

Merci Greta !

L’apparition des compagnies aériennes à bas prix a chamboulé le transport de passagers en Europe et fait mal aux compagnies de chemin de fer. Pour le prix d’un billet de train, les voyages d’un week-end d’une capitale à l’autre ont pu se multiplier au cours des dernières années. Les émissions de gaz à effet de serre du secteur aérien ont bondi. L’augmentation est de 32 % depuis cinq ans, selon les chiffres de l’International Council on Clean Transportation.

Le vent est en train de changer, à la faveur des préoccupations croissantes pour l’environnement.

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L’exemple de Greta Thunberg, qui voyage de par le monde en évitant l’avion, a beaucoup de résonance, surtout chez les jeunes. Les compagnies de chemin de fer, dont les émissions sont moins importantes, surtout si leurs trains fonctionnent à l’électricité, sont bien placées pour profiter de ce courant favorable un peu partout dans le monde. Même au Canada, où les déplacements en train ne sont pas assez importants pour apparaître avec les pays européens dans le graphique ci-dessus, la popularité du train est en augmentation, et le vieux projet de train à grande fréquence de VIA Rail pourrait enfin voir le jour dans un avenir pas trop lointain.

L’effort de l’Allemagne pour revitaliser son secteur ferroviaire est d’autant plus méritoire que la culture de l’auto est très forte dans la première économie d’Europe.

Les Allemands tiennent à continuer de rouler sans limites de vitesse sur leurs super autobahns avec les superbes voitures qu’ils fabriquent…

La Deutsche Bahn devra maintenant se montrer à la hauteur des attentes. L’investissement du gouvernement vient avec l’engagement de doubler le nombre de passagers transportés d’ici 2030 et de faire rouler tous ses trains avec de l’énergie renouvelable en 2038.

L’entreprise d’État commencera par faire revivre des lignes qu’elle avait abandonnées, notamment les trajets longue distance, comme la mythique liaison Paris-Berlin, abandonnée en 2016.

Des achats massifs de locomotives et de matériel roulant sont prévus, ce qui devrait faire le bonheur des fabricants comme Siemens et Alstom et qui aurait pu aussi faire celui de Bombardier, si l’entreprise avait eu les moyens de conserver sa division ferroviaire…