Mauvaise nouvelle : la cinquantaine d’employés du couvent des Sœurs de Miséricorde de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville vont perdre leur emploi d’ici le 31 mars. Le triste dénouement leur a été annoncé par la gestionnaire du couvent mardi après-midi.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La quarantaine de religieuses, dont l’âge moyen s’élève à 90 ans, déménagent aux Appartements Square Angus, exploités par Gestion Socius, la même société qui gère le couvent des Sœurs de Miséricorde.

« C’est un licenciement collectif en date du 31 janvier, mais qui va être effectif le 31 mars », dit au téléphone Hubert Forcier, conseiller à l’information à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Les employés touchés sont âgés de 50 à 55 ans et ont entre 20 et 30 ans d’ancienneté. Le personnel est féminin à 85 %.

Elles vont se replacer, mais en recommençant au bas de l’échelle. Elles sont sous le choc.

Jacqueline Bernier, conseillère syndicale de la CSN, qui était présente lors de l’annonce

L’état de la situation ne laissait guère de choix aux religieuses.

Devenues locataires dans un couvent à moitié rénové, bourré d’amiante, les sœurs devaient de plus payer une partie des frais d’exploitation du couvent à la place du propriétaire depuis que ce dernier s’était placé sous la protection de la loi sur la faillite, le 12 août dernier. Cette facture approchera le million de dollars pour la période couvrant les mois d’août 2019 à mars 2020, selon des documents de cour.

Un cauchemar

Finalement, ce propriétaire, la société 9360-6325 Québec, a déclaré faillite le 29 octobre 2019. Il avait acheté le couvent des Sœurs de Miséricorde le 28 mars 2018 pour la somme de 7 millions, selon l’acte de vente.

Le proprio devait remettre le couvent aux normes et le rénover pour permettre aux religieuses d’y écouler leurs vieux jours en paix. À la place, les sœurs ont vécu le cauchemar : le chantier a rapidement connu toutes sortes de difficultés qui ont abouti à l’insolvabilité du promoteur immobilier.

Depuis le recours à la loi sur la faillite, le Syndic BLT Lapointe et Associés tente de revendre le couvent à la condition de respecter le bail de la congrégation, sans succès.

On a encore deux mois pour rediscuter des dispositions du bail. On va modifier la mise en marché dans les prochaines semaines.

Sylvain Lapointe

Le principal créancier garanti est le prêteur hypothécaire IAM Infrastructure Private Debt Fund, de Toronto.

Qu’adviendra-t-il de l’ensemble conventuel ?

L’avenir de la propriété paraît compromis. Devant l’incertitude entourant le projet immobilier, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville avait demandé au printemps 2019 un énoncé de l’intérêt patrimonial du site de la maison mère des Sœurs de Miséricorde, lequel a été remis le 28 août 2019.

La saga du couvent est devenue d’actualité en février 2019 quand Le Journal de Montréal a révélé qu’Edmondo Marandola, économiste du prêteur hypothécaire Otéra, filiale de la Caisse de dépôt et placement, était actionnaire de 9360-6325 Québec en compagnie des frères Girolamo et Chico Violante, deux personnes au passé trouble. M. Marandola a finalement perdu son emploi chez Otéra en raison de ses activités de promoteur immobilier.

La congrégation s’est refusée à tout commentaire, mardi en fin de journée. On ne sait donc toujours pas comment les sœurs se sont laissé convaincre de faire affaire avec la société à numéro.

— Avec Marc Tison, La Presse