La menace de propagation du coronavirus touche l’industrie québécoise du voyage. Certaines agences ont même décidé d’annuler des séjours organisés en Chine, où sévit la maladie. D’autres craignent que leurs clients boudent le pays asiatique quand viendra le temps de choisir leur prochaine destination de vacances.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Voyages Gendron devait amener deux groupes de touristes québécois en Chine au mois d’avril. Or, l’entreprise a décidé de revoir ses plans et de proposer d’autres destinations aux 10 personnes concernées.

Lundi matin, les circuits étaient toujours annoncés sur le site internet de l’agence, mais ils devraient être retirés sous peu, a assuré Marc-Olivier Gagné, directeur du développement numérique et du marketing chez Voyages Gendron. « On n’avait pas beaucoup de passagers inscrits et on s’est dit qu’il y avait quand même du risque, donc on a décidé d’annuler tout simplement. »

M. Gagné admet que ce genre de situation est exceptionnel et que l’agence n’a pas l’habitude d’annuler des départs.

Ça va arriver qu’on va le faire pour de l’instabilité politique. Mais c’est plutôt rare.

Marc-Olivier Gagné

Du côté d’Aéroport Voyage, le propriétaire André Desmarais, également président de la section Québec de l’Association canadienne des agences de voyages (ACTA), confirme de son côté que des clients ont décidé de renoncer à leur périple en Chine. « Ils ont annulé [lundi] matin, dit-il. Ils devaient partir en croisière la fin de semaine prochaine. »

M. Desmarais rappelle par ailleurs que certains lieux touristiques en Chine ont été fermés. Disneyland à Shanghai, une section de la Grande Muraille, les tombeaux des Ming et la forêt des pagodes comptent parmi les endroits auxquels les visiteurs n’ont plus accès.

Bouder la Chine

Cristelle Cormier, directrice générale adjointe chez Tours Chanteclerc, affirme que, pour le moment, son agence n’a annulé aucun séjour en Chine, puisque les prochains départs ne sont prévus qu’en avril et en mai. « Actuellement, on suit la situation de près, assure-t-elle. On est en communication avec nos fournisseurs locaux. Ça m’étonnerait qu’à plus de 30 jours du départ, on prenne une décision. » 

Elle prédit toutefois que ce virus risque de dissuader les voyageurs de se rendre sur le territoire de l’empire du Milieu.

« C’est sûr que ça va avoir un impact négatif sur la Chine, soutient-elle. Et même, je pense, au-delà de la Chine. Les gens vont peut-être [avoir moins envie] de partir en Asie. » 

C’est sûr que ça risque d’être des impacts à court terme. Mais certaines destinations risquent d’être affectées pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Cristelle Cormier

« Ça nous rappelle des mauvais souvenirs du SRAS en 2003, souligne-t-elle. Ça avait eu un impact négatif sur tout le continent asiatique. »

De son côté, André Desmarais croit lui aussi que la destination risque d’être « impopulaire » pendant un certain temps, mais il estime que les voyageurs ne la bouderont pas longtemps. « Au cours des prochaines semaines, on va voir comment la Chine va réussir à endiguer la progression de la maladie, indique-t-il. Tant et aussi longtemps qu’il va y avoir l’épidémie, les gens vont reporter leur voyage en Chine. Mais les humains ont la [capacité] d’oublier vite. »

Air Canada a pour sa part modifié sa politique pour permettre aux clients qui devaient se rendre en Chine de changer gratuitement leur départ pour un autre vol ou une autre destination. « Nous continuons d’opérer un horaire habituel tout en surveillant de très près les développements, assure la porte-parole du transporteur, Pascale Déry. Toutefois, il est encore trop tôt pour savoir quel impact cette situation a sur nos opérations. » Air Canada offre sept départs par semaine entre Montréal et Shanghai. 

Sur son site internet, le gouvernement canadien recommande aux voyageurs « d’éviter tout voyage dans la province de Hubei […] en raison de l’imposition de sévères restrictions de voyage visant à limiter la propagation d’un nouveau coronavirus ».

Moins de visiteurs chinois ici ?

Par ailleurs, la crise qui secoue le pays pourrait-elle également influer sur le nombre de visiteurs chinois qui foulent chaque année le sol canadien ? Rappelons que Pékin a annoncé lundi la suspension des voyages organisés en dehors du pays afin de tenter d’enrayer l’épidémie. Or, depuis quelques années, on déploie de nombreux efforts pour attirer une clientèle chinoise, particulièrement à Montréal. 

« On suit ça de près, assure Andrée-Anne Pelletier, porte-parole de Tourisme Montréal. C’est sûr que c’est un marché à fort potentiel, en raison des vols directs. » Il a été impossible toutefois de savoir exactement combien de touristes chinois sont venus visiter la métropole l’an dernier. 

Du côté de Québec, on se dit également préoccupé par la situation. « Concernant les effets de la suspension des voyages à l’étranger par Pékin, il est beaucoup trop tôt pour répondre à cette question, a déclaré Sandra O’Connor, attachée de presse de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, dans un courriel envoyé à La Presse. Nous suivons toutefois attentivement l’évolution de la situation car, en effet, la Chine représente un marché important pour l’industrie touristique québécoise. »

En 2018, Statistique Canada faisait état d’une hausse constante de voyageurs en provenance d’Asie au pays. Environ 757 000 ressortissants chinois auraient visité le pays cette année-là. Une croissance d’environ 7 % par rapport à l’année précédente qui aurait toutefois été en deçà des attentes de Destination Canada, qui visait plutôt une hausse de 13 %.