La World Design Organization promeut un rôle plus large pour le design industriel. Concevoir des programmes sociaux, par exemple. Surprise, son siège social est situé à Montréal ! C’est ce que nous apprenait le communiqué sur son assemblée générale, tenue à Hyderabad, en Inde, les 11 et 12 octobre dernier.

Publié le 6 janv. 2020
Marc Tison
Marc Tison La Presse

Méconnu, l’organisme a été fondé en 1957 sous le nom d’International Council of Societies of Industrial Design (ICSID).

Des associations nationales de designers industriels s’étaient alors regroupées pour faciliter les échanges et contribuer au développement de la profession, « qui était encore relativement jeune en 1957 », rappelle son directeur général Bertrand Derome.

Mais en adoptant le nom World Design Organization (WDO) en 2017, l’organisme a marqué à la fois sa plus large vocation et la transformation de la pratique du design industriel, dans la prise de conscience planétaire que le développement ne peut plus se faire que de façon durable.

Montréal, Turin ou Copenhague ?

Depuis 2005, le siège social de l’organisme occupe des locaux lumineux de la rue Saint-Antoine.

Pourquoi Montréal ?

L’organisme qui chapeautait l’ICSID et son pendant pour le design graphique avait à l’époque décidé de réunir dans la même ville les deux sièges sociaux, traditionnellement attribués par concours pour une période définie.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Andrea Springer, directrice des programmes et communications de la World Design Organization et Bertrand Derome, directeur général

Il y a eu le lancement d’un concours, et 34 villes ont soumis leur intérêt. Les trois villes finalistes étaient Copenhague, Turin et Montréal. C’est Montréal qui a été retenu.

Andrea Springer, directrice des communications et programmes de la WDO

Devant les Danois et les Italiens, maîtres du design !

« Entre autres grâce au concours de Montréal International, qui a fourni un appui pour aider l’organisation à s’établir ici », ajoute Bertrand Derome en guise d’explication.

L’équipe administrative s’est ensuite élargie jusqu’à compter huit personnes, et « le conseil d’administration a jugé bon de ne pas remettre le siège social en candidature », complète le directeur général. En poste depuis avril, il est le premier designer industriel de profession à diriger l’organisme.

Conception durable

L’organisme détient depuis 1974 un statut consultatif auprès de l’ONU.

« On travaille d’ailleurs en ce moment à préparer le World Design Report, qui va être une façon de rendre compte aux Nations unies de la contribution que le design doit avoir aux objectifs de développement durable », décrit Bertrand Derome.

Car le design industriel ne se résume pas à un coup de crayon habile et à un œil pour l’esthétisme. « De plus en plus, on reconnaît que derrière la profession, il y a un processus d’analyse des problématiques, de compréhension des besoins des utilisateurs qui peut amener des solutions qui sont extrêmement bénéfiques. »

Le design, notamment dans son approche durable – l’écodesign –, se définit dès lors comme un « processus de solution dont les retombées peuvent être des produits, des services, des expériences ».

Design de services publics !

La WDO « s’appuie sur les effets du design pour vraiment démontrer quels sont ses impacts sur les communautés », informe Andrea Springer.

Dans cet esprit, son programme World Design Capital attribue pour une période de deux ans le titre de capitale mondiale à une ville qui place le design au cœur de son développement économique, social, culturel et environnemental.

Helsinki a été retenu en 2012. Son intérêt pour le design s’est depuis répandu jusqu’au sommet de l’État, constate Bertrand Derome. « Le président finlandais a récemment fait changer les lois pour que le processus de design fasse partie du développement des nouveaux programmes sociaux. Ils ont voulu tester un salaire minimum garanti, et avant de le lancer auprès de toute la population, ils ont fait du prototypage, des tests, de la validation. »

Un échantillon de 2000 personnes sélectionnées au hasard a touché ce revenu minimum garanti, dont les retombées ont été mesurées.

« C’est un processus de design, mais appliqué au développement de services publics. Nous sommes convaincus qu’en nous intégrant de la manière la plus stratégique possible à la fois auprès des villes, des États et de l’industrie, nous allons avoir un impact beaucoup plus grand auprès des communautés. »