Du minerai jusqu’aux batteries, la filière lithium est une priorité pour le gouvernement du Québec, mais il n’est pas question de nationalisation, comme le souhaiterait l’opposition.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les investissements nécessaires au développement de cette filière d’avenir sont trop considérables pour le gouvernement du Québec, a indiqué lundi le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, après un discours devant les membres du Cercle canadien de Montréal.

« Je pense que, quand on regarde les projets de lithium, graphite, cobalt, vanadium, phosphate, fer [qui servent à la fabrication de batteries], tout ça, c’est de 5 à 10 milliards d’investissements. Ça prend des partenaires », a-t-il expliqué.

Le Québec doit trouver des partenaires étrangers, qui connaissent ça, pour pouvoir fabriquer des batteries. Il n’est pas nécessaire de nationaliser si on garde le contrôle sur les intrants, selon le ministre.

« Dans la mesure où on contrôle la matière jusqu’au bout, ça me suffirait », a indiqué M. Fitzgibbon.

Québec a déjà investi massivement dans des entreprises comme Nemaska Lithium et North American Lithium, qui sont en difficulté financière et peinent à se financer.

Projets en panne

Il y a actuellement plus de lithium qu’il y a de besoins dans la fabrication de batteries, mais ça changera, relativise le ministre Fitzgibbon. « Quand on regarde les rapports, si la moitié des projections se réalisent, il va manquer de lithium. Il faut regarder ça à moyen terme et à long terme. »

Son gouvernement a déjà indiqué qu’il était prêt à remettre de l’argent dans les projets de matériau de batteries les plus prometteurs.

C’est impératif que le Québec contrôle ce qui va arriver avec la matière.

Pierre Fitzgibbon

« Le jour où on va vouloir faire des batteries, on va vouloir les faire au Québec parce que les minéraux sont ici. Si ça arrive dans trois, cinq, six ans, ce n’est pas grave. C’est un projet de génération. »

Intelligence artificielle et main-d’œuvre

Par ailleurs, le ministre de l’Économie et de l’Innovation prend note de l’inquiétude que suscite le resserrement des seuils d’immigration dans des secteurs de pointe, comme l’intelligence artificielle.

Le chercheur Yoshua Bengio, par exemple, estime que son secteur, qui recrute des talents partout dans le monde, pourrait être pénalisé par les changements proposés par le gouvernement Legault.

Pierre Fitzgibbon assure que le gouvernement a des outils pour s’assurer que les secteurs jugés stratégiques ne manqueront pas de main-d’œuvre. « Il y a des programmes qui existent au niveau fédéral, comme le PMI [Programme de mobilité internationale] et le PTET [Programme des travailleurs étrangers temporaires], dont on peut se servir pour ne pas reculer », a-t-il dit.

L’intelligence artificielle est un secteur « où on veut investir et on va être conséquent », a-t-il assuré.

Selon lui, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, « est conscient de ça ».