Finances personnelles, investissement, consommation... Une fois par mois, la chroniqueuse Stéphanie Grammond fait le tour des petites et grandes questions qui préoccupent les lecteurs de La Presse.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Discrimination au CHSLD

Q « J’aimerais comprendre la différence entre un couple marié légalement et un couple de conjoints de fait, lorsqu’un des deux conjoints doit vivre en CHSLD. » – Johanne

« Une personne déjà hébergée en CHSLD peut-elle donner ses économies et ainsi diminuer le coût de son loyer ? » – José

R Les règles entourant la contribution aux CHSLD sont complètement vétustes, comme je le dénonçais dans ma chronique de dimanche dernier. Mais en plus, elles sont discriminatoires.

Pour bien comprendre, il faut savoir que l’usager d’un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) doit verser une contribution maximale de 1910 $ par mois pour une chambre avec un lit.

Mais il a droit à une réduction si lui-même et son époux disposent de liquidités inférieures à 2500 $. La facture pourra aussi être allégée si le couple possède une résidence de moins de 40 000 $ et d’autres biens de moins de 1500 $.

Or, ces montants n’ont pas été indexés depuis plus de 35 ans. Les seuils sont maintenant si faibles que l’époux qui n’est pas hébergé se fait siphonner tous ses avoirs pour payer la facture de celui qui se retrouve au CHSLD.

Mais le plus incongru, c’est que les conjoints de fait ne sont pas touchés par ces règles archaïques, même s’ils vivent ensemble depuis 30 ans. Deux poids, deux mesures. C’est complètement discriminatoire !

Aux fins de l’impôt, les conjoints de fait ont le même statut que les couples mariés. Mais aux fins du calcul de la contribution au CHLSD, c’est comme s’ils n’avaient jamais vécu ensemble. Parfaitement incohérent ! Il est plus que temps de moderniser ces règles désuètes.

D’ailleurs, les règles des CHSLD ont d’autres effets secondaires néfastes. Elles incitent certaines personnes âgées à se départir de leurs biens au profit de leurs enfants ou d’autres proches pour avoir droit à une réduction de leur facture.

« Ça pousse les gens à faire des entourloupettes, alors qu’ils ont été honnêtes toute leur vie », déplore Laurent Fréchette, notaire chez Hogue, Fortier, Fréchette.

Il est vrai que l’article 516 de la Loi sur les services de santé et services sociaux interdit à l’usager d’un CHSLD de dilapider ses biens au cours des deux années précédant sa prise en charge.

Mais cela n’a pas mis fin au problème qui peut mener tout droit à la maltraitance financière. Même si l’entourage est de bonne foi, le résultat final reste que l’aîné ne dispose plus du patrimoine qui lui sera nécessaire pour payer les dépenses qui ne sont pas assumées par le système public.

Et même si les enfants sont bien intentionnés, ils ne sont pas à l’abri d’une faillite, d’une saisie, d’une séparation ou d’un autre revers de fortune qui pourrait leur faire perdre l’argent confié par leurs parents.

Rabais sur les véhicules électriques

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le rabais de 8000 $ offert par Québec et celui de 5000 $ offert par Ottawa sont calculés sur le prix de vente des véhicules électriques après les taxes.

Q « Je magasine une voiture électrique et, à ma grande surprise, l’aide gouvernementale totalisant 13 000 $ est déduite du prix du véhicule toutes taxes incluses. En espérant que vous pourrez obtenir une explication de la part des responsables du programme. » – Luc

« J’envisage l’achat d’un véhicule électrique. Est-ce que la subvention est déduite directement chez le concessionnaire au moment de l’achat ? Est-ce que c’est plutôt au moment de faire la déclaration d’impôts ? » – Alain

R En effet, le rabais de 8000 $ offert par Québec et celui de 5000 $ offert par Ottawa sont calculés sur le prix de vente des véhicules électriques après les taxes.

C’est bien dommage, car les automobilistes économiseraient 1950 $ de plus si les rabais s’appliquaient sur le montant avant les taxes.

Prenez un véhicule de 50 000 $ qui revient à 57 500 $ en incluant la TPS et la TVQ. En appliquant le rabais sur le prix après taxes, le consommateur se retrouve avec une facture totale de 44 500 $. Mais il aurait payé seulement 42 550 $ si on avait appliqué le rabais sur le montant avant les taxes.

Pourquoi l’État impose-t-il cette ligne de conduite ?

« Les concessionnaires n’offrent pas tous l’option d’appliquer le rabais sur le contrat, ce qui oblige le participant à le recevoir sous forme de chèque », m’a répondu Nathalie Desrosiers, conseillère aux affaires stratégiques et à la mobilisation citoyenne chez Transition énergétique Québec.

Le rabais est donc applicable sur le prix après les taxes pour que le cadeau soit le même pour tous, autant les automobilistes qui ont accès au rabais directement chez le concessionnaire que ceux qui doivent faire les démarches auprès du gouvernement pour obtenir un chèque.

Si le rabais était déduit avant les taxes, « les participants qui réclament le rabais sous forme de chèque recevraient donc, au final, un plus petit incitatif que les autres et seraient pénalisés », explique Mme Desrosiers.

Elle ajoute que la marche à suivre est la même que ce soit pour l’achat ou la location à long terme.

En passant, les clients qui reçoivent le rabais directement chez le concessionnaire doivent quand même s’inscrire au programme Roulez vert sur le site web de Transition énergétique Québec. Les autres doivent faire la réclamation en ligne. Il n’y a aucun lien avec la déclaration de revenus.

Pour le programme fédéral Véhicules zéro émission, le rabais est appliqué au point de vente. Le concessionnaire est responsable de remplir la documentation requise.

Virement à l’étranger bon marché

PHOTO GETTY IMAGES

En ouvrant un compte multidevise chez TransferWise, vous pouvez être payé partout dans le monde dans 40 monnaies différentes.

Q « Je m’interroge sur les frais bancaires que l’on me facture lorsque je reçois un virement international. Pour chacune de mes transactions, on me facture 17 $, même lorsque le montant est de moins de 100 $. C’est à mon sens une pratique abusive et j’espère qu’elle disparaîtra bientôt. En attendant, si vous connaissez une banque qui n’exige pas ce genre de frais, je serais intéressée. » – Hélène

R Hélène, vous avez raison : les grandes banques canadiennes exigent des frais complètement fous pour un virement électronique ou une traite bancaire à l’étranger.

Mais grâce aux fintechs, ces jeunes pousses qui promettent de révolutionner le monde de la finance, il est possible de s’en sortir à meilleur compte.

Vous devriez jeter un coup d’œil du côté de TransferWise, une société anglaise fondée par un ancien employé de Skype. Au Québec, l’entreprise est enregistrée auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en tant qu’entreprise de services monétaires.

En ouvrant un compte multidevise, vous pouvez être payée partout dans le monde dans 40 monnaies différentes.

Il n’y a pas de frais d’ouverture de compte, pas de frais mensuels, pas de frais lorsque vous recevez de l’argent. Mais des frais fixes d’environ 1 $ s’appliquent lorsque vous envoyez des fonds.

TransferWise prélève aussi des frais de conversion lorsque vous transférez la monnaie étrangère en dollars canadiens. Ces frais sont d’environ 0,5 % pour plusieurs devises courantes comme l’euro, le dollar américain, la livre anglaise et le peso mexicain.

Pour vous donner un ordre de grandeur, c’est cinq fois moins que les frais de 2,5 % prélevés par Visa et MasterCard lorsque vous utilisez votre carte à l’étranger. Une véritable aubaine !

Avec le compte multidevise, les entreprises et les travailleurs autonomes canadiens peuvent donc être payés partout dans le monde comme s’ils étaient une entreprise locale du pays étranger.

C’est bien pratique pour des gens comme vous, Hélène, qui voyagent à l’étranger et se font rembourser toutes sortes de dépenses de travail par un organisme local (p. ex. : un billet de train de 75 $). Quand il s’agit de petits montants, comme un billet de train à 75 $, les frais abusifs des banques peuvent gruger facilement le quart de leur paiement. Insensé !

Quand refaire son testament ?

PHOTO THINKSTOCK

Il est conseillé de relire son testament tous les cinq ans ou aussitôt qu’un changement important survient dans sa vie.

Q « J’ai, avec ma conjointe, un testament qui date d’environ 10 ans. Nous avons déménagé entre-temps, mais nous n’avons pas fait modifier notre adresse sur notre testament. Est-ce que cela peut causer des problèmes lors d’un décès ? »

R Ne vous en faites pas. Votre testament demeure valide même si votre adresse a changé. Pas besoin de le refaire pour cela, assure la notaire Guylaine Lafleur, de Bachand Lafleur, groupe conseil. Par contre, votre déménagement a peut-être modifié votre situation financière, ce qui mérite une révision de votre testament.

En fait, vous devriez relire votre testament tous les cinq ans ou aussitôt qu’un changement important survient dans votre vie : mariage, séparation, naissance d’un enfant, vente ou achat d’une résidence, mort d’un légataire, etc.

« Si la personne avait légué sa maison, ce serait bien de revoir son testament », dit Me Lafleur.

Mais il faut se garder de faire des modifications en raturant et en ajoutant de l’information directement sur son testament.

Il est possible de faire un codicille pour apporter un changement mineur (p. ex. : changer de liquidateur, annuler un legs particulier). Mais il faut être très prudent. En rédigeant mal le codicille, les gens peuvent annuler le testament au complet sans s’en rendre compte. Ils se retrouvent alors avec seulement le codicille, met en garde Me Lafleur.

Si vous aviez un testament notarié, il est préférable de faire le codicille aussi devant un notaire. Autrement, vos héritiers devront faire homologuer les documents par le tribunal à votre mort.

Si vous aviez un testament olographe ou devant témoins, vous pouvez faire le codicille vous-même. Mais encore là, il devra être homologué.