Pendant des années, j’ai reçu ces fameuses lettres du Nigeria où une riche héritière persécutée me demandait à moi, pure étrangère, de l’aider à mettre sa fortune à l’abri, moyennant une juteuse commission.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Arnaque classique.

Mais depuis une semaine, ce sont les appels du Congo qui me tiennent en alerte. C’est toujours la même emmerde. Mon cellulaire sonne un ou deux coups, puis s’arrête tout seul avant même que j’aie le temps de réagir. La seule fois où j’ai répondu sans avoir pris le temps de regarder qui m’appelait, la ligne a coupé instantanément.

Et puis ça recommence. J’ai reçu une bonne vingtaine d’appels en moins d’une semaine. La plupart provenaient du Congo-Brazzaville.

Mais d’autres appels venaient de la République centrafricaine, de la Macédoine et du Salvador.

Ça finit par tomber royalement sur les nerfs. Chaque fois que les petits criquets de ma sonnerie se mettent à chanter, je cours dans la maison ou la salle de rédaction pour attraper mon téléphone… pour rien.

Et je ne suis pas la seule à me faire harceler de la sorte. « Des clients ont commencé à nous signaler ces appels la semaine dernière. Ceux-ci semblent provenir de systèmes automatisés et touchent tous les fournisseurs », m’a confirmé Merick Séguin, porte-parole de Vidéotron.

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Même son de cloche chez Bell : « La fraude “appel en absence ou à une sonnerie” a touché les consommateurs et les fournisseurs de services dans le monde entier », m’a dit la porte-parole Caroline Audet.

Le principe est assez simple. Les fraudeurs composent votre numéro et raccrochent aussitôt. Leur numéro apparaît automatiquement sur votre afficheur. Comme vous ne reconnaissez pas l’auteur de l’appel, vous êtes tenté de rappeler pour en avoir le cœur net. Erreur !

L’intention des fraudeurs est d’obtenir des retours d’appels puis de garder les clients le plus longtemps possible sur la ligne afin de faire hausser les frais liés à cet appel.

Jacinthe Beaulieu, porte-parole de Telus

En effet, les appels à ce genre de numéros entraînent des frais, même si vous n’êtes pas prévenu. Le même principe s’applique à certains messages textes illégitimes.

Mot d’ordre : ne répondez jamais à des appels de numéros inconnus. Et surtout, ne rappelez pas.

D’accord. Mais même si l’on ne tombe pas dans le panneau, ces coups de fil du Congo restent désagréables… tout comme ces appels qui vous débitent un message criard en chinois. Comment faire cesser ce tintamarre ?

Sachez d’abord que la plupart des téléphones intelligents permettent de bloquer les appels non désirés. Il suffit d’aller dans les paramètres.

Consultez la marche à suivre d’Apple

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Mais les fraudeurs du Congo ne sont pas si bêtes : ils me téléphonent toujours d’un numéro différent. Alors inutile de les mettre sur la liste noire de mon téléphone.

Pour réduire les appels indésirables, il est aussi possible de s’inscrire sur la Liste nationale des numéros de téléphone exclus (LNNTE), un service gratuit auquel 13 millions de Canadiens se sont inscrits depuis son lancement en 2008. 

Inscrivez-vous à la LNNTE

Cet outil fonctionne relativement bien pour freiner les vendeurs de thermopompes et vous plaindre au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui leur collera une pénalité.

Or, mon numéro figure sur la LNNTE depuis des années et, manifestement, ce n’est pas cela qui fait peur aux fraudeurs qui se cachent à l’autre bout du monde.

Alors quoi ?

Bonne nouvelle, le CRTC a demandé à toute l’industrie de mettre en place d’ici la mi-décembre un système de blocage universel des appels non sollicités et illicites. En fait, tous les appels provenant d’un numéro de téléphone qui dépasse 15 chiffres ou qui n’est pas conforme à un numéro qui peut être composé seront bloqués avant même que l’abonné soit joint.

Bref, vous devriez cesser de recevoir des appels provenant de numéros étranges, sans même avoir à faire quoi que ce soit. J’ai bien hâte de voir les résultats.

Cela dit, les appels illicites ne sont pas le pire fléau en matière de cybercriminalité, loin de là. Alors que le Mois de la sensibilisation à la cybercriminalité se déroule en octobre, je profite de l’occasion pour vous mettre en garde contre certaines arnaques.

Selon le Centre antifraude du Canada, ce sont les fraudes par virement électronique qui ont causé le plus de dommages cette année (18,3 millions). Dans cette catégorie, on retrouve l’arnaque du patron : l’employé d’une entreprise reçoit un message qui semble provenir du patron qui lui demande de procéder à un virement ou à l’envoi de cartes-cadeaux. Évidemment, le faux patron est un fraudeur qui récolte l’argent.

Sur les réseaux sociaux, les fraudes romantiques brisent aussi bien des cœurs… et des portefeuilles. De nombreuses victimes tombent amoureuses et envoient de l’argent à leur nouvelle flamme.

Toujours à l’affût des dernières tendances, les fraudeurs « innovent » en trafiquant le processus d’authentification que de plus en plus d’entreprises utilisent pour confirmer l’identité de leurs clients.

La victime se fait prendre lorsqu’elle affiche son numéro de téléphone sur un site de petites annonces. Un acheteur apparemment intéressé lui envoie un code de vérification pour s’assurer qu’il fait affaire avec une personne réelle. Si la victime lui retourne le code, le fraudeur peut ensuite utiliser son numéro de téléphone pour faire envoyer des courriels de masse et commettre des fraudes à grande échelle.

On n’arrête pas le progrès ! Restez vigilants.