Si le Québec est sérieux dans son objectif de réduction des gaz à effet de serre (GES), il faut que son secteur manufacturier, notamment les alumineries, les raffineries, les cimenteries, et les autres poids lourds de son économie fassent plus d’efforts.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La Chaire en gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal s’est penchée pour la première fois sur la part de ces vaches sacrées dans le total des émissions polluantes du Québec. Son premier constat : on n’en parle pas autant, mais elles émettent la même quantité de GES que le secteur du transport, soit 44 % de tous les GES émis au Québec.

« On en parle moins parce que les émissions industrielles sont en baisse alors que celles liées au transport sont en hausse », explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en gestion de l’énergie de HEC Montréal, responsable de l’étude.

Les émissions industrielles ont baissé de presque 20 % au Québec depuis 1990. Une partie de cette baisse s’explique par la fermeture de plusieurs usines de pâtes et papiers.

Même si elles sont en baisse, les émissions industrielles sont proportionnellement plus importantes au Québec qu’ailleurs au Canada. Près de 24 % des émissions québécoises proviennent des industries manufacturières et des procédés industriels, alors que cette proportion n’est que de 14 % au Canada.

« C’est important d’en parler, même si les solutions ne sont pas simples », estime le professeur. Un exemple : les industries les plus polluantes comme les alumineries, les mines ou les raffineries sont un cas à part, parce que leurs émissions sont liées aux procédés qu’elles utilisent autant qu’à l’énergie qu’elles consomment.

Des solutions existent

S’il est relativement simple de réduire les émissions liées à l’énergie consommée, par l’électrification par exemple, la réduction des émissions liées aux procédés de fabrication est infiniment plus complexe. 

On parle ici d’entreprises qui évoluent dans le marché mondial et dont le prix de la production est fixé sur les marchés. Elles peuvent difficilement transférer le coût de la décarbonisation de leurs activités à leurs clients.

Les alumineries, par exemple, plaident depuis longtemps qu’elles ont fait tout ce que l’état actuel de la technologie leur permet de faire pour réduire leurs émissions. Pour ce type d’émissions issues de procédés industriels, l’électrification n’est pas la solution, explique Pierre-Olivier Pineau. « Au Québec, on a tendance à penser que l’électrification peut tout régler, mais ce n’est pas vrai », dit-il.

La bonne nouvelle, selon lui, c’est que des solutions existent. L’étude en énumère plusieurs, liées à l’avancement de la technologie comme la capture et la réutilisation des gaz, mais elle ne s’avance pas sur les coûts du changement dans les procédés industriels.

« Ce qui est important de comprendre, c’est que ce n’est pas vrai qu’il n’y a rien à faire », résume le professeur. Dans une prochaine étape, les chercheurs de la chaire tenteront d’évaluer le potentiel de réduction de GES des émetteurs industriels.