Les difficultés liées à la livraison de cinq gros projets ferroviaires, qui ont déjà forcé la révision à la baisse des prévisions pour 2019, pourraient aussi nuire à celles pour 2020, a pour la première fois laissé entendre hier la direction de Bombardier, qui a par ailleurs dû faire face à quelques actionnaires mécontents.

Jean-François Codère
Jean-François Codère La Presse

Quand la nouvelle direction de Bombardier, menée par Alain Bellemare, a présenté un plan de redressement de cinq ans, en 2015, elle avait établi des objectifs précis pour 2020.

Ces objectifs ont été rappelés à de nombreuses reprises, notamment lors de la journée des investisseurs de l’entreprise, en décembre dernier : revenus supérieurs à 20 milliards US, bénéfice d’exploitation de 2,25 milliards, marge bénéficiaire supérieure à 8 %, flux de trésorerie positifs compris entre 750 millions et 1 milliard.

Pour la première fois, hier, ces objectifs ont été remis en question. M. Bellemare a toutefois précisé qu’il considérait ceux énoncés pour 2020 comme des cibles, plutôt que des prévisions formelles.

« Ce n’était pas des prévisions. Elles étaient là pour motiver l’équipe et aider à faire de l’entreprise une organisation de calibre mondial. Elles étaient là parce que nous pensions que nous pouvions les atteindre. »

« La raison pour laquelle nous sommes prudents aujourd’hui, c’est que nous voulons d’abord voir comment vont se développer les projets chez Bombardier Transport. »

Des prévisions formelles ne viendront qu’à la fin de l’année 2019, comme l’entreprise le fait chaque fin d’année en vue de l’année suivante, a précisé le chef de la direction financière, John Di Bert.

Actionnaires mécontents

L’assemblée annuelle des actionnaires, tenue hier matin, était la première occasion pour certains petits actionnaires de manifester leur mécontentement depuis la saga entourant la mise en place d’un Régime d’aliénation de titres automatique, l’automne dernier.

Ce régime a été mis en place à la mi-août, pour permettre aux hauts dirigeants d’écouler les titres qui composent une partie importante de leur rémunération, en théorie sans pouvoir bénéficier d’informations privilégiées.

Le calendrier de mise en place a toutefois soulevé des questions. Au moment où les actions ont effectivement pu commencer à être vendues, à la mi-septembre, elles s’échangeaient à plus de 4,50 $. Dès lors, le titre s’est rapidement mis à piquer du nez, sans explication évidente pour les petits actionnaires.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Légende

« Je cherchais de l’information partout pour comprendre ce qui se passait », a raconté hier à La Presse un petit actionnaire, Ben Lank.

Un peu plus tôt, celui-ci avait solidement apostrophé la direction de l’entreprise.

On allait ensuite apprendre que les résultats du trimestre conclu deux semaines après le début de la vente étaient décevants, ce qui avait fait plonger le titre encore davantage.

« Je peux vivre avec des changements de prévisions, avec les surprises du marché, avec des contrats de trains qui ne fonctionnent pas bien, mais, quand j’ai lu que la direction avait encaissé un profit de 30 millions en exerçant ses options deux semaines avant la fin du trimestre, ça a été une surprise très brutale pour moi et ça m’a laissé un goût amer en bouche », a lancé M. Lank au micro de l’assemblée.

L’Autorité des marchés financiers a déclenché une enquête sur la question et a conclu la semaine dernière que la direction de Bombardier n’avait rien à se reprocher dans ce dossier.

Le délestage se poursuit

Après avoir cédé le contrôle de la C Series à Airbus, puis vendu ses installations de Downsview, le programme d’avions Q400 et ses activités de formation de pilotes d’affaires, en plus de laisser planer le doute sur le programme d’avions régionaux CRJ, Bombardier réduira encore davantage son empreinte aéronautique en vendant ses usines de Belfast, en Irlande du Nord, et de Casablanca, Maroc.

Ces deux usines faisaient partie de la division Aérostructures et fabriquaient des composantes à la fois pour des avions de Bombardier et pour ceux d’autres entreprises.

Ensemble, ces deux usines représentaient environ 50 % des revenus d’environ 2 milliards prévus pour la division en 2019, a fait savoir l’entreprise. Selon l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins, elles pourraient ramener entre 400 et 700 millions dans les coffres de Bombardier.

La vente ne nuira pas à la capacité de Bombardier de produire des composantes « du nez à la queue » de l’avion, selon M. Bellemare. Elle pourrait même, dans une certaine mesure, représenter une bonne nouvelle pour l’usine de Saint-Laurent, a-t-il fait valoir. Bombardier fabrique aussi des pièces au Mexique et au Texas.

Nouvelle division

Les trois divisions aéronautiques de Bombardier, Avions commerciaux, Avions d’affaires et Aérostructures, n’en formeront maintenant plus qu’une, Bombardier Aviation, placée sous la direction de David Coleal, jusque-là patron des avions d’affaires.

La nouvelle est plus ou moins étonnante, compte tenu de la sévère atrophie des deux autres divisions au cours des derniers mois. Selon Bombardier, ce regroupement pourrait à lui seul générer d’importantes économies pour le programme CRJ, dont la réduction des coûts est une préoccupation majeure.

Le regroupement marque aussi encore davantage le fait que l’attention de l’entreprise, dans le domaine aéronautique, est résolument tournée vers les avions d’affaires. L’entreprise y prévoit des revenus de 6,25 milliards en 2019, en hausse d’environ 25 % par rapport à l’année précédente, principalement en raison de l’entrée en service récente de son nouveau Global 7500.

Résultats conformes

Sans surprise, les résultats financiers du premier trimestre de 2019, dévoilés hier, étaient conformes aux résultats préliminaires dévoilés la semaine dernière.

L’entreprise a enregistré des revenus de 3,5 milliards US, en baisse de 13 % par rapport à l’année précédente, où l’on comptabilisait encore les ventes de la C Series.

Le bénéfice net a été de 239 millions, en hausse par rapport aux 44 millions de l’année précédente. Il a toutefois été propulsé par un élément extraordinaire, la vente des activités de formation, annoncée à l’automne.

En Bourse, l’action de Bombardier a ouvert la journée en baisse de 10 %, avant de progressivement se rétablir et de terminer la journée à 2,22 $, en baisse de 5,1 %.