Les ministres des Finances de la zone euro tiennent lundi leur première réunion de l'année pour peaufiner leurs outils de lutte contre la crise de la dette, avec l'espoir que le plus dur est peut-être passé même si la Grèce reste menacée de faillite.

Publié le 22 janv. 2012
Aurélie MAYEMBO AGENCE FRANCE-PRESSE

Malgré les dégradations en rafale de l'agence de notation Standard & Poor's, les marchés financiers sont imperturbables et les derniers emprunts obligataires d'Etats fragiles comme l'Espagne ou l'Italie ont été réalisés à des taux d'intérêt en forte baisse.

«Je suis confiant, l'euro se portera mieux en 2012», a pronostiqué cette semaine le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, se félicitant «des progrès concernant les deux causes profondes de la situation actuelle, en l'occurrence le manque de discipline budgétaire et le manque de réformes structurelles».

Le pic de la crise est-il vraiment derrière l'Union monétaire ou s'agit-il seulement d'une phase d'accalmie due aux centaines de milliards d'euros que la BCE justement a injectés dans les caisses des banques, leur permettant indirectement de revenir acheter de la dette publique?

C'est en tout cas dans un rare climat d'apaisement que les ministres des Finances de la zone euro vont se retrouver lundi à Bruxelles à 14H30 (13H30 GMT). Ils seront rejoints dans la soirée par leurs homologues des dix pays n'ayant pas adopté l'euro et poursuivront leurs échanges mardi dans ce format à vingt-sept.

Malgré un climat moins anxiogène depuis mi-décembre, un problème récurrent et toujours urgent les attend: la Grèce.

Le pays, qui doit rembourser 14,4 milliards d'euros le 20 mars s'il veut éviter la banqueroute, a cruellement besoin de 130 milliards d'euros de nouveaux prêts promis en octobre par ses partenaires. Le versement passe par un accord avec les créanciers privés de la Grèce pour réduire sa dette de 100 milliards d'euros.

Ce sont «des vases communicants», explique une source européenne.

Un accord semble à portée de main dans les négociations à Athènes mais butent encore sur le taux d'intérêt qui sera accordé aux banques pour leurs nouvelles obligations. Il n'est pas exclu en outre que l'UE demande de nouvelles économies budgétaires à la Grèce.

Autres sujets sur la table: le mécanisme de secours permanent pour les pays en difficulté de la zone euro, qui doit être mis en place en juillet, et le nouveau traité visant à renforcer la discipline budgétaire qui doit lui entrer en vigueur en janvier 2013.

Pour le Fonds de soutien permanent (MES), les ministres doivent statuer sur le système de prise de décision.

Il est envisagé à l'avenir un vote à la majorité qualifiée pour éviter un blocage sur une aide financière par un ou deux pays, comme cela c'est produit dans le passé avec la Finlande ou la Slovaquie. Mais Helsinki milite pour la règle de l'unanimité de crainte d'être exclue de décisions sensibles.

Dans le même temps, les ministres vont étudier comment lier l'octroi des aides de ce fonds à la ratification du nouveau traité qui impose des règles d'or de retour à l'équilibre budgétaire, selon une idée chère à Berlin.

Un projet de texte a été rédigé qui prévoit que les Etats ne le ratifiant pas soient exclus à l'avenir des programmes d'aide.

Reste désormais aux ministres à trancher les points litigieux, avant un accord final attendu lors du sommet des dirigeants européens le 30 janvier et une signature début mars.

Parmi eux, figure le format des sommets de la zone euro.

Le texte qui sera soumis aux ministres propose de convier le chef du Parlement européen aux sommets de la zone euro, ainsi que ponctuellement, les pays ayant ratifié le pacte mais n'utilisant pas la monnaie commune.

La France est plus que réservée car elle y voit un danger pour son idée de gouvernement économique de la seule zone euro. Mais «les Polonais poussent fort en ce sens», indique une source diplomatique européenne.

Un autre sujet délicat portera lundi soir sur une nomination au sein du directoire de la BCE pour y remplacer l'Espagnol José Manuel Gonzalez-Paramo dont le contrat arrive à son terme.

Ce poste suscite beaucoup de convoitises. Madrid souhaite le conserver et a lancé un candidat dans la bataille mais d'autres pays «du Nord» de la zone euro, réputés pour leur orthodoxie budgétaire, comme le Luxembourg, sont aussi sur les rangs.

Dans un autre domaine, la réunion ministérielle mardi verra les grands argentiers de l'UE valider une procédure sans précédent engagée par la Commission à l'encontre de la Hongrie, en raison de ses dérapages budgétaires. Elle pourrait déboucher à terme sur un gel de fonds européens destinés à Budapest.