Le sommet du G20, jeudi et vendredi à Cannes, sera le troisième en moins de deux semaines pour des Européens déterminés à obtenir le soutien des pays industrialisés et émergents face à la crise de la dette, mais soucieux aussi de ne pas se présenter en position de faiblesse.

Roddy Thomson AGENCE FRANCE-PRESSE

Les deux réunions marathon des 23 et du 26 octobre à Bruxelles ont permis aux dirigeants de la zone euro de se mettre d'accord sur des mesures d'envergure sur le papier pour régler la crise de la dette, mais dont les détails doivent encore être précisés.

Les marchés ont réagi positivement jeudi à l'annonce d'un nouveau plan d'aide à la Grèce de 230 milliards d'euros au total - dont 100 millions sous forme d'annulations de créances de la part des banques - et de la démultiplication de la force de frappe du Fonds de sauvetage de la zone euro, le FESF, à 1000 milliards d'euros.

Mais l'euphorie est vite retombée: dès le lendemain le coût de financement de la dette colossale de l'Italie a encore grimpé lors d'une émission obligataire test. Les Bourses elles ont globalement terminé en baisse.

Or c'est en premier lieu pour acheter de la dette italienne et éviter que le pays ne sombre en entraînant toute la zone euro que le FESF a été renforcé.

Sous sa nouvelle forme, il alliera un système d'assurance-crédit consistant à garantir une partie des pertes éventuelles des investisseurs qui prêtent à des pays fragiles, et la mise en place d'un ou plusieurs fonds spéciaux destinés à attirer les investisseurs extérieurs, comme les pays émergents.

Le président américain Barack Obama a insisté pour que la stratégie européenne «soit mise en oeuvre avec succès - y compris l'édification d'un pare-feu crédible qui empêche la crise de s'étendre».

Les Européens, pressés par leurs partenaires d'accélérer le mouvement pour résoudre la crise de la dette, tenaient à arriver à Cannes avec des mesures sur la table. Ils comptent bien dans le même temps rappeler aux autres participants à ce forum du G20 qu'eux aussi doivent balayer devant leur porte.

«Nous ne sommes pas les seuls à avoir des problèmes», souligne un responsable européen sous couvert d'anonymat. «Les autres aussi doivent agir», estime-t-il, en référence à la dette américaine de 14 700 milliards de dollars (10 377 milliards d'euros) et aux appels réitérés pour que la Chine stimule sa demande intérieure, ouvre ses marchés et laisse s'apprécier sa monnaie.

«Nous serons très incisifs», promet ce diplomate.

Mais le fait de compter sur l'intervention de la Chine ou d'autres pays émergents comme la Russie ou le Brésil pour acheter de la dette de pays européens fragilisés a fait grincer quelques dents.

En France, le socialiste François Hollande, futur adversaire du président Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2012, a déploré une «dépendance de fait» envers des pays non européens, «qui traduit un aveu de faiblesse».

«Peut-on imaginer que si la Chine, par ce biais, venait au secours de la zone euro, elle le ferait sans aucune contrepartie ? Peut-on penser que le fait de se mettre, ne serait-ce qu'en partie, entre les mains de ces nations avec lesquelles nous avons par ailleurs à négocier sur le front monétaire et commercial nous mettra en capacité d'obtenir des résultats positifs pour l'Europe ?», a demandé M. Hollande.

La Chine pourrait être désireuse d'apporter entre 50 et 100 milliards de dollars au FESF ou à un fonds monté sous sa houlette en collaboration avec le FMI, a indiqué vendredi le Financial Times citant une source proche du gouvernement chinois.

Mais le vice-ministre chinois des Finances, Zhu Guangyao, qui a rencontré vendredi à Pékin le directeur du FESF, Klaus Regling, est resté prudent. Les détails du dispositif permettant aux pays émergents d'aider la zone euro ne seront connus que fin novembre.

Le Brésil s'est également dit prêt vendredi à aider l'Europe, éventuellement en participant au FESF.