L'Italien Mario Draghi va présider jeudi sa première réunion du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), en pleine tourmente de la zone euro et débat sur le rôle de l'institution de Francfort.

Publié le 30 oct. 2011
Ouerdya Ait-Abdelmalek AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est mardi que M. Draghi, 64 ans, succède officiellement au Français Jean-Claude Trichet dont le mandat de huit ans arrive à échéance. Sa première prise de parole officielle, deux jours plus tard, à l'issue de cette réunion, sera donc tout particulièrement scrutée.

De l'avis unanime des économistes, il n'annoncera pas de baisse du principal taux directeur de la BCE, porté à 1,50% en juillet, «même si nous pensons que cela serait nécessaire» au regard du contexte économique plus que morose, commentait Marie Diron, du cabinet de conseil Ernst & Young.

«Les nouvelles économiques appellent clairement une baisse des taux», renchérissait sa consoeur Jennifer McKeown, de Capital Economics. Mais M. Draghi, réputé aussi attaché au premier mandat de la BCE que son prédécesseur -à savoir la lutte contre l'inflation- ne voudra pas entamer son règne en relâchant le baromètre du crédit.

«Si la baisse ne vient pas en novembre, elle viendra en décembre», au moment plus propice à la révision de ses prévisions de croissance et d'inflation, estimait Gilles Moëc de Deustche Bank, pour qui «on est clairement dans un cycle de baisse».

Plus que sa politique de taux, sont attendues les déclarations de M. Draghi sur la crise de la dette et l'accord conclu le 27 octobre au petit matin entre les dirigeants de la zone euro pour tenter de sauver les meubles.

Selon les termes de ce plan, dont les détails restent à définir, la dette de la Grèce sera davantage réduite, les banques européennes ayant accepté d'effacer 50% de leurs créances, tandis que le fonds d'aide européen, le FESF, sera renforcé pour éviter la contagion à d'autres pays.

L'avis de la BCE, opposée à une mise à contribution des banques, n'a pas été écouté sur ce point. Avec le soutien de Berlin, elle a en revanche obtenu gain de cause contre la France qui voulait permettre au FESF d'emprunter auprès d'elle pour renforcer sa capacité d'action.

Cette solution aurait mené «à un financement des États en faisant marcher la planche à billets», a commenté jeudi avec satisfaction Jens Weidmann, président de la Banque centrale allemande et à ce titre membre du conseil des gouverneurs de la BCE.

Mais le soulagement pourrait être bref.

«L'accord n'est pas suffisant pour sortir la zone euro de la crise et la BCE n'a d'autre choix que de continuer à intervenir», estimait Marie Diron.

L'institution pourrait notamment se voir contrainte de poursuivre ses achats d'obligations publiques sur le marché secondaire, où s'échangent les titres déjà émis, alors qu'elle comptait sur le FESF pour prendre le relais de ce programme adopté à reculons en mai 2010 face à la crise grecque et aux pressions politiques.

Le FESF, même renforcé, apparaît en effet aux yeux de nombre d'analystes et des marchés comme insuffisamment doté pour aider des pays de la taille de l'Italie, malmené par les marchées depuis l'été. Il ne sera en outre pas opérationnel avant plusieurs semaines.

Signe que les annonces de jeudi n'ont pas calmé la spéculation, les taux d'intérêt des emprunts italiens à moyen et long termes ont dépassé vendredi la barre des 6%, alors qu'un recul était attendu.

Gilles Möec n'attendait toutefois pas de «déclaration fracassante» au sujet de ce programme. «Dire que cela continue quoiqu'il arrive c'est renforcer l'idée que la BCE fait le boulot et dissuader les gouvernements d'aller plus vite. Et dire que cela se termine pourrait casser le retour d'optimisme prudent observé depuis (jeudi)».

Globalement, M. Draghi a «tout intérêt à parler peu compte tenu de la situation actuelle», poursuivait l'économiste.

Comme lui, Sylvain Broyer, chef économiste chez Natixis, estimait qu'il n'y aurait «pas révolution» avec l'arrivée du gouverneur de la Banque centrale d'Italie, «mais continuité», sur l'inflation comme sur l'exigence d'une meilleure gouvernance.

M. Draghi sera «très attentif à notre premier mandat», a confirmé récemment M. Trichet.