Trop chers, les avocats? Plus de 3000 avocats et conseillers juridiques étaient à Denver cette semaine pour en discuter à l'occasion d'un congrès. La Presse était sur place.

René Lewandowski, collaboration spéciale LA PRESSE

Il faut avoir vécu une situation de l'intérieur pour être capable de la critiquer ensuite, une fois qu'on en est sorti. L'avocat David Allgood peut en témoigner, lui qui a pratiqué 25 ans comme fiscaliste dans un grand cabinet d'avocats national, avant de faire le saut comme conseiller juridique dans une grande entreprise. Il a connu les deux côtés de la clôture de l'avocat: celui qui facture et celui qui paie les factures!

Alors il sait, lui, à quel point les services juridiques peuvent coûter cher si on ne les surveille pas avec attention.

«Gérer le budget alloué à nos avocats externes est mon plus grand défi», dit le grand patron des affaires juridiques de la Banque Royale du Canada, alors qu'il s'entretient avec La Presse en marge du congrès 2011 de l'Association of Corporate Counsel (ACC), tenu en début de semaine à Denver, au Colorado. Plus de 3000 avocats d'une quinzaine de pays - dont plusieurs Québécois - étaient présents pour cette grand-messe annuelle de ces avocats qui ont choisi de pratiquer en entreprise plutôt qu'en cabinet privé.

Allgood, 62 ans, dirige les affaires juridiques de la plus grande banque canadienne depuis 2000. À l'interne, son département juridique compte 165 avocats, l'équivalent d'un cabinet canadien de taille moyenne ou d'un très gros cabinet québécois. Une centaine travaille au Canada, dont près de 10 au Québec, principalement en droit civil. Les autres sont répartis dans 11 pays et veillent aux affaires juridiques de la banque à l'étranger, présente dans 55 pays. Ça en fait, des avocats à gérer!

Des avocats inefficaces

Et pourtant, ce ne sont pas ces avocats-là qui lui causent le plus de soucis, mais ceux des cabinets privés, fournisseurs de l'institution financière. Car ils coûtent la peau des fesses et ils risquent de demander encore plus dans les années qui viennent. Le 2011 Chief Legal Officer Survey, un sondage dévoilé cette semaine à Denver par l'ACC, révèle que les avocats externes ont augmenté leurs taux horaires en 2010 et ce, malgré le climat économique incertain. Pis, près d'un chef des affaires juridiques sur deux (43%) s'attend à ce que les taux augmentent encore en 2011!

La qualité des services s'est-elle améliorée pour autant? Pas nécessairement.

«Il y a encore trop de cabinets d'avocats inefficaces», dit David Allgood, qui a pourtant mis en place plusieurs nouvelles façons de faire pour réduire les coûts. La banque a notamment réduit le nombre de cabinets - à 150 - avec qui elle traite. De ses cabinets, elle demande désormais une estimation des coûts pour chaque mandat. Elle requiert aussi des méthodes de tarification alternatives - c'est-à-dire des façons de facturer autres qu'au taux horaire, qui a cette mauvaise habitude de prendre de l'altitude avec le nombre d'années d'expérience des avocats. Malgré cela, Me Allgood a encore l'impression de payer trop cher.

«De 10 à 15% de trop», dit-il. Ça paraît peu, mais comme la Royale dépense chaque année plus de 70 millions de dollars en frais juridiques, 15%, ça fait un gros pactole.

Un sujet chaud

David Allgood n'est pas le seul à penser cela. Selon le 2011 Chief Legal Officer Survey, plus du tiers (37%) des chefs des affaires juridiques interrogés ont déclaré vouloir embaucher cette année. C'est plus qu'en 2008 et 2009. Aussi, les départements juridiques des entreprises sont de plus en plus nombreux à recruter du personnel autre que des avocats, notamment des parajuristes et autres employés de soutien. Tout cela parce qu'ils estiment être mieux servis à l'interne que par les fournisseurs de services juridiques traditionnels.

Chez les cabinets d'avocats, les réactions sont partagées, mais la plupart prennent de plus en plus conscience qu'ils doivent changer leurs façons de livrer les services et de les facturer. Le mot à la mode ces temps-ci est la gestion de projet, qui permettrait, paraît-il, de mieux prévoir les étapes et les coûts associés à un mandat.

«Nous sommes toujours prêts pour trouver des façons de mieux servir nos clients», dit Norm Steinberg, président de Norton Rose OR, présent à Denver pour le congrès. Ce cabinet est membre du Value Challenge, initiative lancée par l'ACC il y a quatre ans pour mettre au défi les cabinets de livrer de meilleurs services à meilleur coût.

Brock Gibson, président du conseil de Blakes, adhère aussi à cette idée, mais estime que son cabinet offre déjà des services à très haute valeur ajoutée à ses clients.

«C'est notre engagement, c'est pour cela qu'ils viennent nous voir», dit l'avocat-patron. Il mentionne que la tarification alternative ne se prête pas à tous les types de services juridiques. Qu'elle cadre mieux avec des services de base à gros volume, moins pour des services spécialisés, dont l'issue et la durée sont souvent imprévisibles.

«Quand un client a besoin de services hyper pointus pour une transaction majeure, le taux horaire est encore la meilleure façon de facturer», dit Brock Gibson.

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