La zone euro peine à boucler un accord pour parvenir mercredi soir lors de son sommet à une réponse convaincante pour stopper la contagion de la crise de la dette en raison des difficultés avec l'Italie et dans les négociations avec les banques.

Céline Loubette AGENCE FRANCE-PRESSE

Le monde entier attend des actions lors de la réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'Union monétaire à Bruxelles, qui s'ouvrira dans la soirée après un sommet de tous les pays de l'Union européenne à partir de 18h00 (midi à Montréal).

«Les incertitudes les plus profondes viennent de l'Europe», a déclaré Julia Gillard, première ministre de l'Australie, en ouvrant un sommet du Commonwealth mardi dans son pays. «Oui, nous reconnaissons que l'Europe a pris des mesures et qu'elles sont douloureuses. Mais il faut aller plus loin, et sans tarder», a-t-elle insisté.

«La question est de savoir si les Européens peuvent instaurer un schéma susceptible d'apaiser tout le monde. Nous les appelons à le faire sans coup férir», a renchéri le ministre japonais des Finances, Jun Azumi.

Si la feuille de route semble claire après la série de réunions du week-end dernier à Bruxelles, en particulier un premier sommet dimanche qui a permis d'esquisser un plan de sortie de crise, les obstacles sont encore nombreux et hypothèquent l'annonce de mesures décisives.

Les Européens doivent d'une part stabiliser la Grèce surendettée en mettant plus fortement à contribution le secteur financier. Celui-ci s'était déjà engagé en juillet à subir des pertes de l'ordre de 21% en effaçant une partie de la dette grecque, ce qui s'avère désormais largement insuffisant.

Selon une source diplomatique, le lobby bancaire propose désormais une décote volontaire de 40%, mais la zone euro veut plus. La chancelière Angela Merkel, lors de discussions avec des parlementaires allemands lundi à Berlin, a placé la barre à «plus de 50%, moins de 60%», une proportion jugée nécessaire pour que la dette grecque demeure viable.

Les négociations vont bon train, mais les banques n'entendent pas se laisser tordre le bras: le lobby bancaire a prévenu lundi qu'il y avait des «limites à ce qui peut être considéré comme volontaire».

Les dirigeants européens doivent ensuite éviter à tout prix la contagion de la crise, en particulier en trouvant un moyen efficace et crédible d'augmenter la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière (FESF), doté actuellement d'une capacité de 440 milliards d'euros.

Plusieurs formules possibles sont dans les tuyaux et peuvent se combiner. Un modèle verrait le FESF agir comme assureur de la dette émise par les pays en difficulté. Une option consisterait à créer un véhicule financier adossé au FESF, pour attirer des investisseurs publics comme privés, y compris hors de la zone euro.

Mais, selon un document du gouvernement allemand, il pourrait s'avérer impossible de communiquer dès mercredi une évaluation de l'effet de levier attendu, alors que les chiffres de 1000 à 1300 milliards d'euros circulaient jusqu'ici. Or, c'est précisément une annonce de ce type qu'attendaient les marchés pour être rassurés.

En tout état de cause, le FESF aura pour tâche prépondérante d'agir de manière préventive pour empêcher la contagion de la crise de la dette d'atteindre l'Italie. Et sur ce front aussi, les nuages s'accumulent.

Sommé dimanche, en particulier par le couple franco-allemand, de prendre des mesures structurelles pour relancer la croissance et réduire la dette de son pays, Silvio Berlusconi a promis d'agir en retardant l'âge de départ à la retraite à 67 ans.

Mais rentré à Rome, il s'est heurté à l'opposition de son allié de la Ligue du Nord, et les pourparlers semblent dans l'impasse.

M. Berlusconi pourrait revenir à Bruxelles mercredi sans rien pour rassurer ses partenaires et les marchés. Les taux d'emprunt de l'Italie, déjà à un niveau élevé, risquent de s'envoler, rendant sa dette insoutenable.

Même si le recours au FESF se concrétise pour tenter d'éviter un tel scénario, sa force de frappe sera insuffisante et la Banque centrale européenne, qui joue déjà ce rôle à contrecoeur, devra sans doute continuer à racheter de la dette italienne pour jouer les pompiers.

Il reste enfin un autre inconnu avant le sommet de mercredi soir, et elle vient d'Allemagne. Les députés allemands doivent dorénavant être impliqués dans toute utilisation ou modification du FESF et la chancelière viendra mercredi leur présenter les mesures envisagées. Or contrairement à ce que prévoit le dispositif législatif, c'est toute l'assemblée qui devra se prononcer, et pas seulement la commission du Budget, ce qui rendra sa tâche plus difficile.