Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, refuse de s'excuser pour avoir vivement critiqué l'inaction européenne alors que les dissensions se multiplient à la veille de la réunion d'urgence sur la crise financière qui sévit en Europe.

Julian Beltrame LA PRESSE CANADIENNE

Dans une entrevue avec le présentateur de nouvelles de CBC, Peter Mansbridge, le directeur de la banque centrale du pays a déclaré que l'incapacité de l'Europe à mettre fin au problème mettait en danger l'économie du Canada ainsi que celle d'autres pays et que les observateurs étrangers étaient probablement les mieux placés pour évaluer la situation.

M. Carney a indiqué que le Canada ne s'intéressait pas à la crise européenne par simple curiosité intellectuelle mais bien parce qu'elle finirait par l'affecter si elle n'était pas réglée sous peu. Il a soutenu que le Canada avait donc le droit de se prononcer sur le sujet et qu'il pouvait prétendre à une certaine objectivité puisqu'il n'était pas directement impliqué.

Le gouverneur a clairement fait savoir que la crise européenne pourrait affecter l'économie mondiale, dont celle du Canada, mais pas au même degré que la chute de Lehman Brothers en 2008. L'effondrement soudain et imprévisible de la banque d'investissement de Wall Street était à la fois un symptôme et un symbole de la précarité du système financier en raison de la crise des marchés immobiliers et hypothécaires des États-Unis.

Ces propos tenus jeudi par Mark Carney, juste avant qu'il ne s'envole pour la France en compagnie du ministre fédéral des Finances Jim Flaherty pour une série de réunions du G20, semblent faire partie des efforts conjoints de plusieurs pays pour exercer de la pression sur les leaders européens.

Des extraits de l'interview, qui sera diffusé samedi après-midi, ont été diffusés vendredi sur les ondes de la chaîne d'information de CBC.

Jeudi, M. Flaherty a également exhorté les dirigeants de l'Europe à faire preuve de leadership, soutenant qu'ils avaient les moyens financiers nécessaires pour régler le problème. De son côté, le premier ministre Stephen Harper a affirmé dans une lettre d'opinion que les Européens risquaient de plonger le monde dans une nouvelle récession.

Les représentants américains ont aussi ouvertement critiqué les mesures timides prises par l'Europe, tout comme le premier ministre britannique, David Cameron. Ces commentaires ont apparemment froissé la chancelière allemande, Angela Merkel, qui est vue à la fois comme un obstacle et un catalyseur.

Mme Merkel a reproché vendredi aux opposants d'insister pour que la zone euro prenne des mesures plus draconiennes tout en refusant de considérer la possibilité d'établir une taxe sur les transactions des institutions financières.