Les États-Unis et la Chine ont des vues diamétralement opposées sur la taille des ressources du Fonds monétaire international, Washington les trouvant suffisantes tandis que Pékin s'inquiète qu'elles puissent être trop faibles face à la crise en zone euro.

Hugues Honoré AGENCE FRANCE-PRESSE

«Au fur et à mesure que la crise de la dette publique européenne se développe, la demande de financement du FMI de ses membres a augmenté de manière spectaculaire», a affirmé le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, dans un discours devant l'assemblée des États membres.

«Ses ressources financières disponibles pourraient ne pas être adéquates pour faire face aux besoins potentiels des pays frappés par la crise», a-t-il estimé.

Les États-Unis sont sur une ligne opposée.

«Le FMI a des ressources adéquates», disait mercredi une responsable du département du Trésor sous couvert de l'anonymat. Elle rappelait l'accord entériné en novembre 2010 pour doubler les contributions permanentes des États membres, les quotes-parts.

Mais avant qu'il n'entre en oeuvre, un nombre suffisant de parlements nationaux doit le ratifier. Ils sont environ une quarantaine à l'avoir fait, sur les 113 nécessaires.

Le sujet est délicat aux États-Unis, premier contributeur aux ressources du Fonds. Majoritaires à la Chambre des représentants, les parlementaires républicains opposent régulièrement leur scepticisme voire leur hostilité aux institutions internationales comme le FMI.

Le Fonds a aujourd'hui 630 milliards de dollars de disponibles pour l'assistance aux pays à revenus moyens et élevés. En retranchant les fonds déjà promis à la Grèce ou à d'autres pays et les réserves prudentielles, il chiffre sa capacité d'engagement sur les douze mois à venir à 383 milliards de dollars.

Pour la directrice générale du FMI Christine Lagarde, c'est peut-être insuffisant.

«La crédibilité et donc l'efficacité du Fonds repose sur son aptitude perçue à affronter les scénarios du pire. Nos capacités de prêt de près de 400 milliards de dollars semblent confortables aujourd'hui, mais font pâle figure au regard des besoins de financement potentiels des pays vulnérables et des victimes collatérales de la crise», a-t-elle écrit.

«Il sera utile de discuter, bientôt, des besoins et des plans de secours possibles», a-t-elle considéré dans un «plan d'action» pour son institution.

Dès son entrée en fonctions en juillet, Mme Lagarde a fait de l'augmentation des ressources un de ses chevaux de bataille. Elle aime rappeler qu'investir dans le FMI ne se fait pas à fonds perdu. Ses États membres créditeurs perçoivent en effet des intérêts.

Le Japon en fait partie, et est prêt à mettre plus d'argent dans l'institution.

«Il pourrait valoir la peine d'examiner la possibilité de renforcer les ressources financières du Fonds», a dit samedi devant l'assemblée des États membres le ministre japonais Jun Azumi. Il a suggéré que le FMI «établisse un dispositif capable d'apporter rapidement les liquidités nécessaires aux États membres qui se comportent bien» pour «empêcher la contagion des crises».

Pour le gouverneur de la banque centrale du Chili, José De Gregorio, qui parlait au nom de six pays sud-américains, «il faut donner une priorité plus élevée à cette question».

Les idées ne manquent pas pour utiliser d'éventuelles ressources nouvelles.

La ministre des Finances nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, parlant au nom de 21 pays d'Afrique subsaharienne, a proposé «la création d'un mécanisme multilatéral dans le cadre duquel le Fonds et les banques centrales collaborent afin de fournir des liquidités aux États membres confrontés à des pressions sur leur financement».