On connaît l'homme d'affaires, l'homme de hockey et le nouveau président du Comité olympique canadien. Mais Marcel Aubut, l'avocat, le connaissez-vous? Le voici...

Mis à jour le 21 mai 2009
René Lewandowski LA PRESSE

Marcel Aubut, ça vous dit quelque chose? Faites le test, posez cette question à vos amis et collègues, vous obtiendrez à peu près les mêmes réponses: c'est le monsieur des Nordiques de Québec, du hockey, du sport, des Jeux olympiques...

Ça, c'est le Marcel Aubut que l'on connaît tous, l'homme public et patron dont on a maintes fois lu les déclarations dans les journaux, entendu à la radio, vu à la télévision, l'homme d'affaires aux ambitions et à l'ego démesurés.

Il existe pourtant un autre Marcel Aubut que l'on connaît moins. Oh, pas l'époux et père de trois enfants, celui-là restera toujours dans la sphère privée. Non, plutôt le professionnel discret, certes bien ancré dans son milieu, et qui roule sa bosse depuis plus de 40 ans: l'avocat d'affaires.

Malgré toutes ses autres occupations, ses petits «à-côtés», Marcel Aubut n'a en effet jamais cessé d'être un avocat et de pratiquer son métier, depuis ses débuts, en 1969, au cabinet Tremblay Beauvais Bouchard Truchon&Morisset, puis chez Aubut Chabot à Québec, qu'il a fondé en 1983, jusqu'à la fusion avec le cabinet national Heenan Blaikie, en 1998.

«Devenir avocat, j'en rêvais depuis l'adolescence», dit l'homme de 61 ans. L'associé reçoit La Presse Affaires dans une salle de conférence de Heenan Blaikie, à Montréal, sa propre salle en fait, que le cabinet a aménagée juste pour lui tellement il reçoit de monde. Vu le décor, difficile de toute façon de ne pas s'en rendre compte: à gauche, une vitrine où sont exposées des dizaines d'autos miniatures, qu'il collectionne depuis des années; à droite, des photos de sport et une plaque commémorative offerte par son cabinet pour souligner son élection récente à la présidence du Comité olympique canadien.

Il faut dire que Marcel Aubut a un horaire chargé, en plus de devoir effectuer de nombreux déplacements. La semaine de notre rencontre, il revenait d'un voyage éclair à Berne, en Suisse, où avait lieu le Championnat du monde de hockey, et où étaient présents plusieurs clients du cabinet. «Dimanche soir, j'assistais à la finale Canada-Russie, le lendemain midi, j'étais à mon bureau de Montréal», dit-il, pour illustrer son horaire de fou.

Un chef d'orchestre

Chez Heenan, Marcel Aubut cumule plusieurs rôles. Il dirige des équipes d'avocats dans de gros dossiers litigieux, conseille stratégiquement et juridiquement d'importants clients, porte secours à ses collègues lorsqu'ils ont besoin d'un as négociateur, et s'implique dans la gestion et l'administration du cabinet. Hormis les associés-directeurs, il est d'ailleurs le seul associé à siéger à la fois sur le comité exécutif et sur le comité national de management du cabinet.

Ces temps-ci, il est particulièrement occupé avec des dossiers gigantesques, qui eux, font les manchettes. Avec son collègue Gary Morrison, il représente l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui lui a confié le mandat de la défendre dans le cadre du recours collectif des 9200 victimes de Norbourg. La Presse révélait au début du mois que Heenan Blaikie avait déjà encaissé 3,9 millions de dollars dans ce dossier.

Puis, pour le compte de Loto-Québec, Marcel Aubut et le plaideur Yvan Bolduc pilotent le recours collectif intenté par des joueurs pathologiques contre la société d'État; l'avocat s'occupe aussi de plusieurs dossiers de restructuration pour la Banque Royale, un client de longue date.

Marcel Aubut et sa collègue Marie-Josée Hogue sont de plus impliqués dans la défense de l'Irak! Oui, oui, ce n'est pas une blague. L'Irak est poursuivi en cour du Québec par le Koweït, qui tente de bloquer la livraison d'avions de Bombardier. La cour d'appel a récemment débouté le Koweït, mais l'histoire n'est pas terminée. «On se croirait dans un film de James Bond!» dit Marcel Aubut, qui en a pourtant vu d'autres.

Plaideur en début de carrière (durant 8 ans), Marcel Aubut pratique aujourd'hui en droit commercial. Dans les mandats, il est souvent le premier contact avec le client et celui qui établit la stratégie. Il intervient aussi lorsqu'il y a un problème sérieux. Le reste du temps, il délègue. Dans un dossier comme Norbourg, par exemple, qui dure depuis près de deux ans, il peut diriger entre cinq et 20 avocats, selon les périodes.

«Le plus important est de choisir les bons experts selon les dossiers et les moments cruciaux d'un dossier», dit l'avocat. Il explique que son rôle, dans le fond, est de s'assurer que le boulot se fasse et que la communication avec le client soit toujours parfaite.

Le sport, encore le sport

Avant l'arrivée de Me Aubut chez Heenan, en 1998, le cabinet était déjà très fort en droit du divertissement. L'avocat y a vu l'occasion d'y développer un secteur connexe, le droit du sport. Si bien qu'aujourd'hui, Heenan compte une douzaine d'avocats spécialisés dans ce domaine et a pour clients plusieurs ligues et équipes sportives professionnelles, dont la LNH et le Canadien de Montréal.

Dans les clauses d'arbitrage salarial, par exemple, qui opposent les équipes de hockey aux joueurs, Heenan conseille les propriétaires. Même chose lors des arbitrages médicaux, qui opposent les joueurs blessés à leurs équipes. Récemment, Heenan a représenté les Bruins de Boston et l'Avalanche du Colorado dans des arbitrages qui les opposaient respectivement aux hockeyeurs Glenn Murray et Scott Parker.

On attend les verdicts, mais peu importe les gagnants, on connaît déjà les vrais vainqueurs: Marcel Aubut et son cabinet Heenan Blaikie, qui comptent pour clients 15 équipes de la LNH sur 30, soit 50% du marché!

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