Bien qu'acclamé, le nouveau compte d'épargne libre d'impôt (CELI) peut causer des maux de tête à ceux qui ne savent plus, devant tant d'options, où placer leurs billes. CELI, REER, REEE ou encore hypothèque? Les experts répondent.

Annie Mathieu
Annie Mathieu LA PRESSE

CELI ou REER?

«Ce choix devra tenir compte des taux d'imposition prévus pour le futur par rapport aux taux actuels», note un document préparé par Samson Bélair/Deloitte & Touche.

 

«Pour un REER, on souhaite que la fourchette d'impôt soit plus faible à sa retraite qu'au moment où on y avait cotisé. La personne sera moins pénalisée et aura bénéficié d'un remboursement d'impôt important au moment de sa cotisation», explique le directeur principal, fiscalité, de Samson Bélair/Deloitte & Touche, Jean-Luc Beauregard. Ainsi, si l'on prévoit que son taux d'imposition sera plus élevé à sa retraite qu'au moment d'effectuer la cotisation, le CELI serait préférable, dit-il.

«Mais s'il y a le moindre doute, choisissez le CELI», suggère quant à lui le directeur principal de la planification fiscale chez Planification financière Banque Nationale, Daniel Laverdière.

«Placer de l'argent dans un REER est une décision irréversible puisque l'on perd un droit de cotisation. De plus, si l'on décide de retirer une somme d'un REER, on est pénalisé, alors que ce n'est pas le cas avec le CELI», ajoute-t-il.

«Et tout dépend de sa stratégie financière», ajoute le vice-président exploitation et ventes à La Capitale, secteur assurances et rentes individuelles, Éric Marcoux.

«Mais le REER demeure de façon générale un choix à long terme, alors que le CELI s'inscrit plutôt dans une perspective à court terme», ajoute celui qui recommande également de consulter un conseiller financier pour s'assurer de prendre les bonnes décisions.

Néanmoins, pour ceux qui ont du mal à économiser, l'idée que l'on puisse être lourdement pénalisé en retirant des sommes de son REER peut jouer dans la balance entre un CELI ou un REER, disent les spécialistes. La flexibilité du CELI peut inciter à dépenser.

«Il peut cependant s'avérer une très bonne stratégie d'accumuler l'argent dans son CELI en vue de le transférer plus tard dans un REER pour en maximiser les bénéfices», explique M. Marcoux.

Cela est particulièrement vrai pour les individus, comme les jeunes travailleurs, qui prévoient que leurs revenus augmenteront d'ici quelques années. Puisque la fourchette d'impôt sera plus élevée, les déductions seront plus généreuses au moment du transfert.

Pour l'achat d'une première maison

M. Laverdière, de la Banque Nationale, suggère une combinaison des deux solutions pour s'assurer du maximum de flexibilité en cas de pépin.

Selon lui, il vaut mieux d'abord mettre des sommes de côté dans un CELI puis ensuite les transférer dans un REER. On bénéficiera alors de déductions d'impôts intéressantes qui augmenteront le capital disponible lors de l'achat.

Après 90 jours suivant les premières cotisations au REER, on peut bénéficier du régime d'accession à la propriété (RAP), c'est-à-dire que l'on peut retirer un maximum de 20 000$ du REER sans payer d'impôt.

CELI ou REEE?

«Règle générale, c'est le REEE qui prime, dit Daniel Laverdière de la Banque Nationale, puisque le gouvernement cotise également pour le REEE de l'enfant à concurrence de 30%, ce qui est un avantage non négligeable. Évidemment, lorsque cette somme est retirée, elle est imposée. Mais il est très rare que le taux d'imposition de l'enfant soit supérieur à 30% puisqu'il ne gagne généralement pas ou très peu d'argent.»

«Mais il faut d'abord faire le pari que l'enfant ira à l'université pour se poser la question», dit Jean-Luc Beauregard, de Samson Bélair/Deloitte & Touche.

L'argent du REEE servira uniquement aux études de l'enfant alors que celui du CELI peut être utilisé pour n'importe quel autre besoin.

Les deux représentent le même genre d'épargne après impôt, sauf que le REEE est beaucoup moins flexible puisqu'il est orienté, explique-t-il. Il ne faut pas oublier qu'on ne peut pas ouvrir un CELI au nom d'un enfant en bas de 18 ans. Ce qui veut dire que l'on devra s'empêcher d'avoir dans son CELI de l'épargne pour soi-même.

CELI ou hypothèque?

Les spécialistes sont unanimes lorsqu'il est question d'hypothèque ou de tout autre dette. La priorité va à la dette, disent-ils.

«À moins que cela ne fasse partie d'une stratégie financière agressive où l'on est certain que nos placements dans le CELI nous rapporteront davantage que le taux d'intérêt de la dette», avance M. Laverdière de la Banque Nationale.

«La règle d'or est de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, conclut Jean-Paul Giacometti, associé chez Claret. Éliminez vos dettes, mais assurez-vous également de ne pas tout mettre dans le même programme.»