L’une est climatologue, l’autre, astronome. Elles dirigent les orientations scientifiques spatiales de leur pays respectif. Cette semaine, la nouvelle scientifique en chef de la NASA, Katherine Calvin, rencontrait à Saint-Hubert et à Ottawa son homologue de l’Agence spatiale canadienne (ASC), Sarah Gallagher. La Presse les a interviewées à Ottawa.

Publié le 26 juin
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Q. De quoi avez-vous parlé ?

Katherine Calvin : Nous voulions parler de notre collaboration en matière de science du climat, et des données dont dispose la NASA.

Sarah Gallagher : Nous avons beaucoup de projets en collaboration. Nous allons recevoir un échantillon d’astéroïde l’an prochain d’une mission de la NASA. Nous avons contribué au satellite SWOT [Topographie des eaux de surface et des océans], qui sera lancé l’automne prochain. Et nous travaillons sur le Canadarm3 pour la station lunaire Gateway.

PHOTO FOURNIE PAR L’ASC

Sarah Gallagher et Katherine Calvin

Quel est l’avantage de SWOT ?

K.C. : C’est une collaboration entre la NASA et la France, avec des contributions britanniques et canadiennes. Il va pour la première fois mesurer la quantité d’eau des rivières et des lacs, pour le moment évaluée avec des jauges sur le terrain. C’est important pour l’énergie et l’agriculture. Il va aussi mesurer l’absorption de chaleur et de carbone par les océans.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’ASC

Impression d’artiste du satellite SWOT

Où sera conservé l’échantillon d’astéroïde ?

S.G. : Un instrument laser de l’ASC a permis à la sonde OSIRIS-REx de prendre un échantillon de l’astéroïde Bénou en 2020. Nous aurons une partie de cet échantillon. Nous sommes en train de déterminer où il sera entreposé, peut-être à notre siège de Saint-Hubert.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA NASA

Impression d’artiste du télescope James Webb

Une autre collaboration canado-américaine importante est le télescope spatial James Webb.

K.C. : Même si je ne suis pas astrophysicienne, à Noël je me suis quand même levée tôt pour voir le lancement.

S.G. : Les premières images scientifiques seront dévoilées le 12 juillet. Beaucoup de mes collègues ont bloqué les deux semaines suivantes pour y travailler. Jusqu’à maintenant, on n’avait que des images techniques pour confirmer que les instruments fonctionnent bien. Je m’attends à ce que les images du 12 juillet soient diverses pour montrer les capacités du télescope.

En dehors du domaine de l’astrophysique, quels sont les bénéfices concrets de l’exploration spatiale ?

S.G. : Notre programme de développement technologique en médecine spatiale, par exemple, vise notamment à maintenir en santé les astronautes à bord de la station Gateway. En orbite terrestre, on peut ramener un astronaute sur Terre en quelques heures. Mais sur la Lune, il faut plusieurs jours. La télémédecine est très utile pour les régions éloignées au Canada.

K.C. : On tente de faire pousser des plantes agricoles à bord de la Station spatiale internationale. Il y a déjà des applications terrestres de ce programme, par exemple des lumières DEL pour l’agriculture intérieure et une technologie d’application de fertilisants près des racines pour en utiliser moins.

S.G. : Nous avons aussi un programme d’agriculture intérieure dans des conteneurs au Nunavut, le projet Naurvik. Des techniciens de la région ont été formés pour s’en occuper.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’ASC

L’expérience Naurvik au Nunavut

Quelles autres missions sont en préparation ?

K.C. : Le prochain système d’observation satellite fournira une image 3D de l’atmosphère d’ici la fin de la décennie.

S.G. : L’ASC fournira trois instruments pour ce système, deux qui observeront le bord de l’atmosphère et l’autre qui regardera vers le bas. Ils vont capturer toutes les particules comme la glace et les aérosols. Ce sont les plus grandes incertitudes quant au réchauffement et au refroidissement de la Terre.

Est-ce qu’on utilisera Gateway pour construire une fusée à destination de Mars ?

S.G. : On étudie les ressources de la Lune. L’eau est très lourde, si on peut la prendre sur la Lune, on économise des coûts de lancement. Il est aussi possible qu’on utilise des matériaux lunaires pour construire des structures. Des expériences d’usinage lunaire sont prévues.

Pensez-vous que vos nominations auront un impact sur l’accès des femmes aux carrières scientifiques ? Avez-vous connu des obstacles comme femmes dans votre carrière ?

S.G. : Je suis la première personne à occuper ce poste. Les obstacles ont été subtils. Par exemple, parfois on me demande si je suis une étudiante au doctorat ou une assistante. Quand je suis la seule femme dans une réunion, je sens une responsabilité d’être excellente.

K.C. : Nous avons aussi rencontré la scientifique en chef du Canada, Mona Nemer. Dans mon cas, il y avait déjà eu une femme au poste que j’occupe. Au début de ma carrière, il m’arrivait plus souvent d’être la seule femme dans une réunion. C’est une bonne chose que ce ne soit plus le cas.

Est-ce qu’un Canadien marchera sur la Lune ?

S.G. : C’est une attente raisonnable. Nous sommes partenaires de Gateway et nos astronautes s’y rendront.

Pensez-vous voir une mission habitée vers Mars avant votre retraite ?

K.C. : Nous ferons des missions de plus en plus complexes sur la Lune et à partir de la Lune.

S.G. : De nombreux problèmes difficiles doivent être réglés, notamment l’impact des radiations à long terme sur les astronautes. Je dirais : peut-être.

En savoir plus

  • 5 %
    Proportion du temps d’observation des institutions canadiennes au télescope spatial James Webb en 24 ans
    Sources : NASA et Agence spatiale canadienne
    9,6 milliards US
    Coût prévu du télescope spatial James Webb, coûts de fonctionnement compris
    Sources : NASA et Agence spatiale canadienne