La capture et la séquestration du CO2 seront des technologies cruciales, si le monde ne parvient pas à diminuer suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre. Les experts préviennent qu’on ne peut miser l’avenir de la planète sur ces technologies encore en évolution. Mais des firmes et chercheurs québécois travaillent dans le domaine.

Publié le 2 mai
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Du CO2 pour des concombres

D’ici quelques mois, les Serres Toundra, à Saint-Félicien, n’auront plus besoin d’acheter d’énormes bonbonnes de CO2 pour faire pousser des concombres. Un projet de captation du CO2 de l’usine voisine de pâtes et papiers de Résolu, lancé en 2016, sera finalement achevé. « Ça va nous permettre d’économiser des centaines de milliers de dollars par année en achats de CO», explique Éric Dubé, PDG des Serres Toundra. Ces achats de CO2 totalisent 5000 tonnes par année à un prix de plusieurs centaines de dollars par tonne. Les Serres Toundra ont elles-mêmes investi « des centaines de milliers de dollars » en canalisations pour le CO2, qui sera capté à l’usine de Résolu par un procédé chimique mis au point par l’ex-firme québécoise CO2 Solutions, acquise en 2019 par le géant italien de l’ingénierie Saipem. Du côté de Résolu, qui détient une participation de 49 % dans les Serres Toundra, l’usine a des émissions de gaz à effet de serre trop faibles, moins de 10 000 tonnes par année, pour être soumise à la taxe québécoise sur le carbone, mais cela pourrait changer et éviter des coûts à la papetière. Le projet de près de 8 millions de dollars a été en partie financé par des subventions.

PHOTO FOURNIE PAR RÉSOLU

Le CO2 généré par l’usine de pâtes et papiers de Résolu à Saint-Félicien sera récupéré puis livré par des canalisations à l’usine voisine des Serres Toundra, qui en achètera ainsi beaucoup moins ailleurs.

Valoriser les résidus d’amiante

L’oxyde de magnésium est peu connu du grand public. Pourtant, cette poudre blanche est essentielle pour l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire, notamment. D’ici l’automne, une entreprise québécoise lancera la construction de la première usine au monde d’oxyde de magnésium à faible empreinte carbone. « On a commencé en 2010 à travailler avec l’INRS pour trouver une technologie de captation de gaz à effet de serre », explique Paul Boudreault, président de Sigma Devtech, un incubateur de technologies vertes de Québec. « Ça nous a pris du temps pour trouver une multinationale intéressée à développer la technologie d’oxyde de magnésium, mais en 2016, on a fondé ÉCO2 Magnesia avec une usine-pilote dans les locaux de l’INRS à Québec. » ÉCO2 est une filiale du Cousteau Group, une firme industrielle de Singapour spécialiste du domaine minier. « C’est important parce qu’on valorise les résidus miniers, notamment les résidus miniers d’amiante. » Le coût de production d’ÉCO2 est similaire à celui du marché, et l’usine prévue dans Chaudière-Appalaches aura une capacité de 60 000 tonnes par année pour de l’oxyde de magnésium « de niche », un produit dont le marché mondial est de 1 million de tonnes par année. La technologie d’ÉCO2 utilise du CO2 de manière circulaire.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE SIGMA DEVTECH

Paul Boudreault

Le carburant synthétique

Dans l’est de Montréal, le consortium SAF+ vise à faire de Montréal un pôle de carburant d’aviation renouvelable – ou sustainable aviation fuel (SAF selon l’acronyme anglais) – pour l’est de l’Amérique du Nord. L’usine-pilote teste une technologie développée à Polytechnique Montréal pour récupérer le CO2 des cheminées de la raffinerie de Parachem. « Notre coût est actuellement deux à trois fois plus élevé que le kérosène non renouvelable », explique Jean Paquin, PDG de SAF+.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Jean Paquin

« Avec la hausse du prix du CO2 sur le marché du carbone, par contre, et avec la baisse du coût de production, on pourra devenir compétitif. » L’hydroélectricité est très utile pour la production de kérosène renouvelable, ce qui pourrait faire de Montréal l’un des endroits où les compagnies d’aviation devront atterrir. « Il y a un pôle en développement à Los Angeles, mais ça en prend un dans l’est », dit M. Paquin.

La capture directe à Sherbrooke

Pendant des années, les enfants de Martin Brouillette lui ont demandé pourquoi il ne travaillait pas à des technologies permettant de contrer le réchauffement de la planète. En 2018, le professeur de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke s’est attelé à la tâche. « On est des spécialistes de l’optimisation de gestion de l’énergie et la capture directe du CO2 de l’air, c’est un problème de ce genre, explique M. Brouillette. On capture le CO2 dans un matériau solide. Le défi, c’est de le faire sortir de là pour régénérer le matériau et le réutiliser pour capter d’autre CO2. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

Martin Brouillette

L’automne dernier, le projet Skyrenu de M. Brouillette a remporté le premier prix étudiant d’une compétition internationale de capture du CO2 atmosphérique, devant 200 autres équipes. « On pense que notre technologie a un coût en capital cinq fois moins élevé que celle de Climeworks, un des plus connus dans le domaine de la captation directe du CO2 atmosphérique », dit M. Brouillette.

En savoir plus

  • 0,0418 %
    Concentration du CO2 dans l’air
    SOURCE : NOAA
    3 %
    Concentration de CO2 dans le panache d’une centrale au gaz
    Source : département américain de l’Énergie
  • 15 %
    Concentration de CO2 dans le panache d’une centrale au charbon
    Source : département américain de l’Énergie