(Montréal) L’inquiétude suscitée par la pandémie de COVID-19 aurait un impact négatif sur le jugement de certains individus, démontre une étude montréalaise.

Publié le 1er déc. 2021
Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

Il s’agit d’une constatation inquiétante à un moment où plusieurs sont appelés à faire des choix concernant leur santé ou celle de leurs proches – comme la décision d’être ou non vacciné.

Des scientifiques de l’Université McGill et de l’Institut-hôpital neurologique de Montréal (le Neuro) ont questionné plus de 1500 personnes en ligne entre les mois d’avril et de juin 2020.

On leur a notamment demandé de quantifier leur niveau d’inquiétude par rapport à la pandémie de COVID-19. Les participants ont dû se prononcer sur des énoncés comme « je suis constamment les mises à jour concernant la pandémie et le virus », « au cours du dernier mois, à combien de reprises vous êtes-vous senti nerveux ou stressé ? » ou « au cours des deux prochains mois, à quel point craignez-vous que vous ou votre famille souffriez de problèmes comme un manque de logement, de nourriture ou de médicaments ? »

On leur a aussi demandé de compléter une batterie de tests psychologiques pour évaluer leurs capacités cognitives de base, comme le traitement et le maintien de l’information en mémoire.

On a par exemple demandé aux participants d’associer des paires de chiffres et des symboles selon une règle fixe. On leur a aussi proposé des choix hypothétiques entre une option « certaine » (un gain assuré de 75 $) et une option « risquée » (25 % de chances de gagner 0 $ et 75 % de chances de gagner 100 $) pour mesurer leur attitude par rapport au risque.

À la fin du questionnaire, on a demandé aux sujets à quel point ils avaient trouvé facile ou difficile de se concentrer sur les instructions associées aux différentes tâches.

Les chercheurs ont observé chez les participants ayant indiqué être les plus inquiétés par la pandémie une diminution de la vitesse de traitement de l’information et de la capacité à retenir les informations nécessaires à l’exécution des tâches. Même pour les tâches cognitives les plus simples, les résultats obtenus par le groupe durant la pandémie étaient inférieurs aux résultats obtenus avant la pandémie.

« Les deux dernières années ont été vraiment stressantes, donc ce n’est pas surprenant qu’il y ait des effets sur nos capacités cognitives », a dit Kevin da Silva Castanheira, un diplômé du département de psychologie de l’Université McGill et l’auteur principal de l’étude.

Si des études scientifiques avaient précédemment témoigné d’un impact néfaste du stress ou de l’inquiétude sur les capacités cognitives, par exemple en interférant avec la mémoire de travail, celle-ci est la première à le faire non pas en laboratoire, mais « dans la vraie vie », a-t-il ajouté.

Évaluation du risque

Le niveau d’inquiétude augmentait aussi la probabilité de voir les participants prendre des risques, et les chercheurs ont observé une corrélation directe entre les deux : plus le participant témoignait être stressé par la pandémie et tout ce qui l’accompagne, plus son jugement semblait en souffrir.

L’étude a ainsi révélé que l’inquiétude due à la pandémie amenait les participants à sous-évaluer les éventualités probables et à surévaluer les éventualités improbables. L’inquiétude causée par la COVID-19 semble donc avoir eu un impact sur les capacités décisionnelles de certains.

Cela pourrait par exemple influencer les attitudes envers la vaccination, le port du masque ou la distanciation sociale, a dit M. da Silva Castanheira.

« La perception du risque des participants était déformée, a-t-il expliqué. Les personnes les plus inquiètes étaient plus susceptibles de laisser de côté les résultats les plus probables pour se concentrer sur les résultats les plus improbables. »

Il est possible que les individus plus anxieux soient plus à l’affût de toutes les informations disponibles concernant la pandémie et la vaccination, explique-t-on dans l’étude, et qu’ils soient conséquemment plus exposés aux discussions concernant les risques, enclenchant une sorte de cercle vicieux.

Cela pourrait ensuite déformer le risque perçu de subir des effets négatifs de la vaccination, a précisé M. da Silva Castanheira. Il est toutefois aussi possible qu’une hausse de l’inquiétude ait un effet positif en incitant les individus qui craignent fortement le virus à adhérer plus étroitement aux consignes sanitaires, admettent les chercheurs.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique PLOS One.