La pestilence provoquée par certaines activités se révèle-t-elle nocive pour la santé ? Deux médecins spécialisés en santé publique se sont penchés sur la question à la suite de plaintes à l’endroit d’usines, de producteurs agricoles ou de lieux d’enfouissement.

Publié le 28 nov. 2021
Marie-Claude Malboeuf
Marie-Claude Malboeuf La Presse

Les voisins de sites malodorants craignent-ils pour leur santé ?

« On observe de grandes variations d’un individu à l’autre et d’une communauté à l’autre », répond la Dre Louise Lajoie, de la Direction régionale de santé publique de la Montérégie.

« C’est plus susceptible d’arriver quand une personne et son entourage réagissent physiologiquement à l’odeur », précise-t-elle.

Comme médecin, elle a étudié des plaintes concernant de nombreux sites nauséabonds. Les gens semblent plus inquiets – et rapportent plus de symptômes – lorsque les émissions fétides surviennent fréquemment et de façon imprévisible.

De quels symptômes physiques se plaignent-ils ?

Maux de tête, nausées, irritation... Les victimes de puanteur souffrent de symptômes réels, a constaté le DBenoît Gingras, de la Direction régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches. « C’est impressionnant de les entendre. »

Les effluves industriels étant en général trop peu concentrés pour atteindre le seuil de toxicité, d’autres mécanismes seraient en cause.

Selon quelques études, les mauvaises odeurs peuvent exacerber des problèmes préexistants comme l’asthme ou la bronchite... mais pas chez tous les malades, nuance le médecin.

Pour échapper à une odeur atroce, on respire parfois moins profondément, mais plus vite, souligne pour sa part la Dre Lajoie. « Ça peut amener une hyperventilation, faire augmenter le rythme cardiaque ou donner une sensation d’oppression thoracique. »

« Les symptômes rapportés disparaissent avec la disparition de la substance dans l’air », dit-elle.

Une question de santé mentale ?

Aucune étude ne permet d’affirmer que les victimes d’odeurs souffrent davantage de troubles de l’humeur, répondent les deux médecins. Chose certaine, les gens très envahis par des relents nauséabonds se disent souvent déprimés, anxieux, en colère, impuissants, stressés.

Plusieurs en perdent le sommeil, précise le DGingras. « Certains vont se plaindre d’avoir de la difficulté à se concentrer. Donc ça peut même affecter les performances intellectuelles. »

Pourraient-ils développer des maladies chroniques ou graves ?

On l’ignore, puisqu’on trouve peu de recherches sur le sujet et qu’elles s’avèrent peu solides, répond le DGingras.

L’évaluation des odeurs est trop complexe et les symptômes rapportés sont trop subjectifs pour qu’on les étudie facilement. On ne peut pas mesurer objectivement un mal de tête, des nausées, la fatigue. « Quand la Santé publique enquête, dit le médecin, il n’y a pas d’examen physique, pas de validation des malaises rapportés. »

On sait, par contre, que l’insomnie et le stress sont néfastes et peuvent perturber la tension artérielle, le rythme cardiaque, la digestion...

« Certains scientifiques croient que le stress causé par les odeurs pourrait aussi se répercuter sur le système immunitaire, et rendre les gens plus susceptibles de développer toutes sortes de pathologies », relate le DGingras.

Sera-t-on fixé un jour ?

« À ma connaissance, en santé publique, ce dossier est peu un orphelin. Il est donc difficile, comme médecin, d’intervenir auprès des émetteurs d’odeurs dérangeantes », affirme le DGingras.

« Ce serait vraiment souhaitable que ce soit une priorité, parce que bien des gens sont exposés à des odeurs environnementales désagréables », plaide-t-il.

À l’inverse, le bruit environnemental – plus facilement quantifiable – a été très étudié et est officiellement considéré comme nuisible à la santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à certains niveaux de bruit, de nombreux effets sont « observés avec certitude » : des infarctus au diabète en passant par des « issues défavorables de grossesse » 1.

Au Québec, un plan d’action de prévention en santé inclut donc des mesures contre le bruit, indique la Dre Lajoie.

1. Selon l’OMS, le bruit cause les problèmes suivants : effets cardiovasculaires, maladies coronariennes, hypertension artérielle, perturbation du sommeil, troubles cognitifs et d’apprentissage, perte d’audition et acouphènes, diabète de type 2 et obésité, atteinte à la santé mentale, issues défavorables de grossesse.