Au fil des années, la COVID-19 deviendra une maladie endémique. Son impact ne sera plus déterminé par la nouveauté dévastatrice pour le système immunitaire humain. Ressemblera-t-elle alors à la grippe ? Ou au rhume ? Sera-t-elle saisonnière ? Deux ans après l’apparition du SARS-CoV-2, la science commence à trouver des réponses…

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Grippe et rhume

À terme, quand un taux relativement élevé de vaccination sera atteint un peu partout dans le monde et que les non-vaccinés seront en partie protégés par l’immunité naturelle conférée par des infections, la COVID-19 devrait tuer de deux à quatre fois plus de gens chaque année que la grippe, a conclu en février un éminent virologue, Trevord Bedford, du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchison à Seattle. Son analyse était basée sur le taux de mutations élevé du SARS-CoV-2 et sa capacité élevée à se propager d’une personne à l’autre. Mais David Heymann, épidémiologiste de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, pense au contraire que le SARS-CoV-2 se comportera à terme davantage comme les coronavirus responsables du rhume. « Il est certain que tout dépendra des mutations, mais je note que sur la quinzaine de variants que suit l’OMS, seuls quatre sont devenus des variants préoccupants, et aucun depuis le printemps, dit M. Heymann. Il est donc trop tôt pour prédire la mortalité de la COVID endémique. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’ÉCOLE D’HYGIÈNE ET DE MÉDECINE TROPICALE DE LONDRES

David Heymann, épidémiologiste de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres

L’immunité naturelle en chiffres

  • 2 % de la population québécoise avait des anticorps contre le SARS-CoV-2 au printemps 2020
  • 15 % de la population québécoise avait des anticorps contre le SARS-CoV-2 à l’hiver 2021
  • 89,6 % de la population québécoise avait des anticorps contre le SARS-CoV-2 à l’été 2021 (ces anticorps peuvent être générés par une infection ou le vaccin)
  • 89,6 % de la population québécoise avait des anticorps contre le SARS-CoV-2 à l’été 2021 (ces anticorps peuvent être générés par une infection ou le vaccin)

Source : Héma-Québec

Concurrence

Par ailleurs, la grippe pourrait « protéger » contre la COVID-19. Une étude britannique publiée dans l’International Journal of Epidemiology a montré qu’au début de la pandémie, les patients grippés avaient 58 % moins de risques d’avoir la COVID-19. Maryse Guay, spécialiste de la grippe à l’Université de Sherbrooke, confirme qu’une « concurrence » entre différents virus respiratoires a déjà été observée. Mais elle note que les résultats britanniques souffrent de l’absence de données sur la vaccination grippale et sur les comportements des patients. Début 2020, juste avant la pandémie, une étude britannique avait montré dans la revue PNAS que les rhinovirus, aussi responsables de rhumes, diminuaient de 70 % le risque d’avoir la grippe.

Grippe et COVID-19 en chiffres

  • 3300 : Moyenne annuelle des hospitalisations dues à la grippe au Québec
  • 6000 : Nombre d’hospitalisations dues à la COVID-19 durant la première vague (printemps 2020) au Québec

Source : INSPQ

Saisonnière

Le processus qui transforme une maladie pandémique en maladie endémique devrait dans ce cas prendre une demi-douzaine d’années, a estimé dans des études récentes Rachel Baker, spécialiste des interactions virus-environnement de l’Université de Princeton. À terme, selon Mme Baker, la COVID-19 devrait être saisonnière, comme la grippe. Andrés Finzi, immunologue de l’Université de Montréal, est d’accord avec la prédiction de Mme Baker. « Mais ça demeure pour le moment hypothétique, car il y a beaucoup trop de variables », dit M. Finzi, dont une des études a montré que le SARS-CoV-2 se liait plus facilement à sa cible dans le corps humain à basse température. Diverses études publiées en 2020 avaient montré que la « naïveté » du système immunitaire humain face au SARS-CoV-2 jouait un rôle beaucoup plus important que la température et d’autres facteurs environnementaux, qui expliquaient au maximum 17 % de la transmission.

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ PRINCETON

Rachel Baker, spécialiste des interactions virus-environnement de l’Université de Princeton

Les autres coronavirus

Le SARS-CoV-2 est un coronavirus, comme quatre cousins qui sont responsables de 20 % à 30 % des rhumes. Beaucoup de chercheurs tentent donc de savoir si les coronavirus du rhume protègent contre la COVID-19. Dans Nature début novembre, des chercheurs du Collège universitaire de Londres ont étudié le système immunitaire de 58 soignants exposés à répétition au SARS-CoV-2 au début de la pandémie, mais qui n’ont jamais eu de test positif de COVID-19. Ils observent une réaction d’une portion du système immunitaire appelée « lymphocytes T » qui est similaire à celle des patients infectés et rétablis ou vaccinés. Leur hypothèse : les coronavirus du rhume, auxquels ces soignants de première ligne ont sûrement été exposés juste avant la pandémie, procurent une protection croisée. « Cette étude s’inscrit dans ce nouveau champ d’études qui est la compréhension de la façon dont les réponses préexistantes, notamment l’activité croisée, influent sur l’infection, mais aussi la réponse vaccinale », observe M. Finzi.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Andrés Finzi, immunologue de l’Université de Montréal

Des réservoirs surprenants

Beaucoup d’encre a coulé début novembre quand une étude a montré que près de la moitié des cerfs de Virginie américains étaient porteurs du SARS-CoV-2. Une nouvelle étude a identifié lesquelles, parmi 5400 espèces d’animaux, pouvaient être infectées. Les chats et les autres félins, ainsi que les primates non humains, font partie de la liste, comme on le savait déjà à partir d’études sur les animaux de compagnie et des zoos. Mais l’oryx algazelle, une gazelle africaine, en fait aussi partie. Moins de 10 % des espèces étudiées sont concernés. Les chercheurs de l’Institut d’études sur les écosystèmes Cary, dans l’État de New York, ont complété leur analyse grâce à une modélisation par intelligence artificielle, parce qu’ils n’avaient des informations génétiques ou biologiques sur les cibles du SARS-CoV-2 que pour 5 % des espèces étudiées.

Les réservoirs animaux en chiffres

  • 299 : Nombre d’espèces animales susceptibles d’être infectées par le SARS-CoV-2
  • 47 % des espèces de mammifères sont susceptibles d’être infectées par le SARS-CoV-2

Source : Proceedings of the Royal Society B