Le 24 novembre prochain s’envolera l’une des plus importantes missions spatiales de l’histoire de l’humanité. En 2022, la sonde DART entrera en collision avec un astéroïde pour voir s’il est possible de faire changer ce dernier de trajectoire. Cela permettra d’avoir une police d’assurance en cas de collision menaçant la vie sur Terre. Un nouveau comité de l’ONU veille au grain.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

DART et Hera

Après son décollage, la sonde DART (un acronyme pour « test double de redirection d’astéroïde », en anglais) se dirigera vers Dimorphos. Cette lune d’un astéroïde appelé Didymos a une orbite similaire à celle de la Terre, mais aucun risque d’entrer en contact avec notre planète.

En octobre 2022, DART relâchera un petit satellite italien qui la filmera pendant qu’elle fonce vers Dimorphos, dont le diamètre est de 160 mètres. Trois ans plus tard, la sonde européenne Hera se dirigera à son tour vers Didymos pour observer comment l’impact de DART a modifié sa trajectoire.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’AGENCE SPATIALE EUROPÉENNE

Romana Kofler

« C’est la première mission de défense planétaire de l’histoire », explique Romana Kofler, responsable du Comité consultatif sur la planification des missions spatiales de l’ONU (SMPAG), en entrevue de Vienne, en Autriche. « Pour la première fois, on teste une réponse à un astéroïde qui menacerait de frapper la Terre et d’y éradiquer toute la vie. »

50 ans de préavis

C’est le délai minimum qu’aura la Terre pour se préparer à la venue d’un astéroïde de plus de 50 mètres ayant plus de 1 % de probabilité de frapper notre planète, selon le plan de match convenu en 2018. Le SMPAG (qui a vu le jour en 2014) constitue le premier jalon de la collaboration mondiale nécessaire pour affronter un tel risque, selon Mme Kofler.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’UNIVERSITÉ DE SOUTHAMPTON

Hugh Lewis

« Nous facilitons les échanges sur le sujet entre les agences spatiales mondiales, pour qu’elles sachent quelles sont les missions en préparation, les technologies disponibles et celles qui sont en développement. » Participer aux réunions du SMPAG (prononcé « same page » pour mettre l’accent sur la collaboration) donne un sentiment de fin du monde, selon Hugh Lewis, astronome de l’Université de Southampton qui a fait partie du comité à ses débuts. « J’imaginais souvent qu’un agent en complet noir et cravate blanche venait me chercher sans me donner de détails, comme au début du film The Day the Earth Stood Still », décrit M. Lewis.

Des simulations permettent heureusement de mettre en place des procédures pour l’avenir, explique William H. Ailor, ingénieur américain qui a organisé plusieurs conférences de « défense planétaire », notamment avec le SMPAG. « Quand j’ai commencé les conférences en 2004, on n’avait même pas de manière de prévenir les chefs d’État du risque d’un astéroïde, dit M. Ailor. Le chemin parcouru depuis 10 ans avec le SMPAG est crucial. »

Dévier ou multiplier

L’un des dangers de missions comme celle de DART est de multiplier le risque en fragmentant un astéroïde en deux objets toujours menaçants pour la Terre. « Il faut bien qualifier un astéroïde, pour connaître sa composition en eau, par exemple, dit M. Ailor. Il faudra un impact plus fort pour un astéroïde rempli de glace que pour un roc dur. C’est pour cette raison qu’il faut idéalement envoyer une mission de reconnaissance en premier. Mais si on n’a pas de temps, il faut faire les deux en même temps. C’est tout un défi. »

Une autre avenue, selon M. Lewis, est de modifier la trajectoire d’un astéroïde avec une sonde en orbite qui, grâce à la gravité, dévie sa trajectoire de quelques millimètres par année. « Évidemment, il faut avoir des décennies de préavis, reconnaît M. Lewis. Et il y a toujours un risque de fragmentation, si l’astéroïde n’est pas compact. »

D’autres Tcheliabinsk

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

La météorite de Tcheliabinsk, en 2013

En 2013, sans crier gare, une météorite s’est désintégrée au-dessus de Tcheliabinsk, une ville de 1 million d’habitants dans l’ouest de la Sibérie. Résultat : 1000 blessés, en raison de l’éclatement des vitres des immeubles. C’est le genre d’évènement que redoute M. Lewis.

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

Dommages causés par la météorite de Tcheliabinsk, en 2013

« On s’inquiète beaucoup des astéroïdes de la taille de Chicxulub, qui a provoqué l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années. Mais le risque d’objets plus petits que 100 mètres est très élevé, particulièrement pour les grandes villes. On ne pourra pas les détecter à l’avance, parce qu’on se concentre sur les plus grands que 100 mètres. Et, dans l’avenir, sur ceux de 50 mètres, avec le plan de SMPAG. Évidemment, il faut commencer quelque part, mais soyons conscients des risques. »

M. Ailor souligne que la météorite de Toungouska, qui a dévasté des zones inhabitées de la Sibérie en 1908 avec un impact visible de Londres, provenait de l’arrière du Soleil, et était donc encore plus imprévisible.

Les astéroïdes menaçants en chiffres

17 m : taille de la météorite de Tcheliabinsk en 2013

20 m : taille de la météorite de Toungouska en 1908

IMAGE FOURNIE PAR LA NASA

Illustration d’artiste de l’astéroïde Apophis

185 m : taille de l’astéroïde Apophis, qui passera à moins de 31 000 km de la Terre en 2029 et vient tout juste d’être retiré de la liste des astéroïdes menaçants de la NASA

IMAGE FOURNIE PAR LA NASA

Illustration d’artiste de l’impact de Chicxulub

10 km : taille de la météorite de Chicxulub il y a 66 millions d’années

150 millions : nombre d’astéroïdes de plus de 100 m dans le Système solaire

4700 : nombre d’astéroïdes de plus de 100 m qui sont jugés menaçants pour la Terre

Source : NASA

Le tueur de dinosaures

IMAGE FOURNIE PAR LA NASA

Illustration d’artiste de l’impact de Chixculub

Entre Mars et Jupiter s’étend la principale ceinture d’astéroïdes du Système solaire intérieur. C’est de là que provenait la météorite de Chicxulub, qui a frappé le Yucatán il y a 66 millions d’années, provoquant la fin des dinosaures. En fait, le « tueur de dinosaures » provenait d’une région moins bien étudiée, et beaucoup plus populeuse, de la ceinture d’astéroïdes, selon une nouvelle étude américaine.

« Nous avons constaté que les astéroïdes de cette taille, provenant de l’extérieur de la ceinture, frappent la Terre 10 fois plus fréquemment que prévu », explique David Nesvorny, de l’Université de Boulder, qui est l’auteur principal d’une étude parue dans la revue Icarus. « L’erreur provient du fait qu’on pensait que la composition de l’astéroïde de Chicxulub ne se trouvait que dans l’intérieur de la ceinture. »

Faut-il s’inquiéter d’être frappés par un de ces astéroïdes ? « Non, la fréquence est d’une fois tous les 150 à 200 millions d’années, mais il faut surveiller une étendue plus grande pour bien protéger la Terre. »

Les astéroïdes au cinéma

Deep Impact

Sorti en 1998, ce film tout sauf triomphaliste décrivait comment une mission pour détruire une comète la séparait en deux. L’humanité est dévastée, mais survit tout de même, encouragée par le président américain, interprété par Morgan Freeman, à reconstruire ses villes.

Regardez la bande-annonce de Deep Impact (en anglais)

Armageddon

En même temps que Deep Impact, le producteur de films à succès Michael Bay chargeait Bruce Willis de sauver la Terre avec des navettes spatiales. Son personnage de foreur pétrolier est à la hauteur du défi.

Regardez la bande-annonce d’Armageddon (en anglais)

The Green Slime (Bataille au-delà des étoiles)

Ce film japonais de 1968 raconte la destruction d’un astéroïde menaçant la Terre par une station spatiale. Gros hic : des monstres, cachés sur l’astéroïde, sont ramenés dans la station spatiale. La seule solution pour sauver la Terre est de précipiter la station spatiale dans le Soleil.

Regardez la bande-annonce de The Green Slime (en anglais)

Meteor

C’est le premier film moderne sur le sujet, en 1979 (et avec Sean Connery). Il raconte la collaboration entre les États-Unis et l’URSS, qui utilisent des missiles nucléaires en orbite pour détruire un astéroïde.

Regardez la bande-annonce de Meteor (en anglais)

Ice Age : Collision Course

Cinquième film de la franchise, il est le plus déjanté, avec des vaisseaux spatiaux pilotés par les animaux-héros et des cristaux procurant l’immortalité. Un astéroïde menaçant la Terre est détruit grâce à Manny, Diego et Sid.

Regardez la bande-annonce d’Ice Age : Collision Course (en anglais)

Judgment Day

Ce téléfilm de 1999 met en vedette Ice-T en agent chargé de retrouver le seul scientifique capable de dévier un astéroïde menaçant la Terre (qui a été kidnappé par un prêtre catholique déviant).

Regardez la bande-annonce de Judgment Day (en anglais)