(Mitspe Ramon) Dans un cratère de 500 mètres de profondeur perdu dans l’étendue ocre du désert du Néguev, les astronautes équipés de leurs combinaisons avancent d’un pas lourd. But de leur mission ? Simuler dans le sud israélien les conditions de la vie sur Mars.

Alexandra VARDI Agence France-Presse

Dans ce décor singulier du Makhtesh Ramon, plus grand cratère d’érosion du monde qui s’étire sur 40 km de long,  le Forum spatial autrichien (OeWF) a planté une « base martienne », en partenariat avec l’agence spatiale israélienne, dans le cadre de leur mission Amadee-20, prévue initialement l’an dernier mais reportée d’un an en raison de la pandémie de COVID-19.

Le cratère, le désert caillouteux et les teintes orangées de l’horizon se rapprochent du paysage martien, l’apesanteur et le froid en moins. « Ici nous avons des températures qui sont de 25-30 degrés, sur Mars il fait moins 60 degrés Celsius et l’atmosphère est irrespirable », explique l’Autrichien Gernot Grömer, qui supervise la mission.

Pendant presque un mois et jusqu’à fin octobre, six « astronautes analogues » – expression utilisée pour décrire les personnes reproduisant sur Terre les conditions de longue mission dans l’espace – originaires du Portugal, d’Espagne, d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Autriche et d’Israël, vont vivre coupés du monde dans cette « station martienne ». Et ils ne pourront en sortir qu’en scaphandre, comme s’ils étaient sur la planète rouge.

« C’est un rêve qui se réalise », s’extasie Alon Tenzer, astronaute israélien de 36 ans. « C’est quelque chose sur lequel on travaille depuis plusieurs années, je suis très heureux d’être ici », confie-t-il.

À l’occasion de l’inauguration de la station dimanche, Alon a revêtu ses plus beaux atours : sa combinaison argentée pèse, souligne-t-il, environ 50 kilos, et prend deux à trois heures à enfiler.  

« Mariage » avec Mars

Tous les membres de « l’équipage » se sont portés volontaires. Mais ils ont dû passer de nombreux tests physiques et psychologiques pour participer à cette mission et mener à bien toute une série d’expériences.  

« Mon père m’emmenait au musée de l’espace quand j’étais petite, il collectionnait les avions et quand j’ai su que le forum recherchait des astronautes analogues je me suis dit qu’il fallait que je postule », raconte l’Allemande Anika Mehlis, la seule femme du groupe.

Le Forum spatial autrichien, organisation privée regroupant des spécialistes de l’aérospatiale, avait déjà organisé 12 missions similaires dans le monde dont la dernière, Amadee-18, dans le sultanat d’Oman il y a trois ans. Cette fois, il s’est allié avec le centre de recherche israélien D-MARS, pour construire une base en forme de polygone et alimentée en énergie solaire.

À l’intérieur, le confort est spartiate avec une petite cuisine et des lits superposés car l’essentiel de l’espace est réservé aux expériences scientifiques. Leurs résultats pourraient s’avérer un jour essentiels, l’agence spatiale américaine, la NASA, envisageant une première mission habitée sur Mars dans les années 2030.

Risque de contamination microbienne

Pendant leur mois à recréer Mars sur Terre, les astronautes analogues devront tester un prototype de drone fonctionnant sans GPS et des véhicules autonomes propulsés par le vent et l’énergie solaire pour cartographier le territoire.

Microbiologiste de formation, Anika Mehlis évaluera, elle, la possibilité de contamination microbienne, c’est-à-dire d’introduire sur Mars des bactéries terrestres avec le risque d’éliminer toute vie qui pourrait s’y trouver. « Ce sera un gros problème », affirme-t-elle, effleurant un des défis majeurs de la conquête spatiale.

Outre tester des équipements et des technologies, la mission vise aussi à étudier les comportements humains, et notamment l’impact de l’isolement sur les astronautes.   

« La cohérence du groupe et la capacité à travailler ensemble est cruciale pour survivre sur Mars », estime le superviseur Gernot Grömer. « C’est comme dans un mariage à part que dans un mariage, vous pouvez partir, sur Mars vous ne pouvez pas », ironise-t-il.

« Ce que nous faisons ici, c’est préparer le plus grand voyage que notre société ait jamais fait, Mars et la Terre étant situées à 380 millions de kilomètres en leurs points les plus extrêmes », poursuit-il. M. Grömer en est certain : « le premier Homme qui marchera sur Mars est déjà né ».