Pourquoi chantez-vous faux ? La musique diminue-t-elle le stress ? Quels effets a-t-elle sur la mémoire ? Depuis les années 1990, des chercheurs montréalais travaillent sans relâche pour expliquer le lien entre le cerveau et la musique. Si bien qu’aujourd’hui, Montréal est considéré comme la capitale mondiale de l’étude du cerveau musical.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« L’étude du cerveau et de la musique a évolué de manière exponentielle au cours des dernières années. On découvre que beaucoup de parties du cerveau interviennent au moment où on écoute la musique, on apprécie de la musique ou on fait de la musique », lance d’emblée Simone Dalla Bella, professeur au département de psychologie de l’Université de Montréal et codirecteur du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS).

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

En 2016, notre journaliste Philippe Mercure a pris part à une étude sur l’influence de la musique sur le stress au BRAMS.

Réguler ses émotions

Dès la naissance, la musique permet à l’enfant de réguler ses émotions. « Les berceuses et les comptines permettent de soulager la douleur et le stress du bébé quand il a faim, quand il fait ses dents ou quand il a des coliques », illustre Mathieu Roy, professeur au département de psychologie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’imagerie cérébrale de la douleur.

Lorsqu’on grandit, l’effet apaisant de la musique demeure. Les études démontrent que l’écoute de la musique peut réduire les hormones de stress. « Si on met un individu dans une situation stressante, comme un discours en public, et après l’évènement stressant on présente de la musique relaxante, la réduction du cortisol, soit l’hormone de stress, se fait beaucoup plus rapidement », indique M. Dalla Bella.

Un analgésique puissant

L’écoute de la musique peut également venir diminuer la perception de la douleur, soutient Nathalie Gosselin, neuropsychologue, professeure au département de psychologie de l’Université de Montréal et membre du BRAMS et du Centre de recherche sur le cerveau, le langage et la musique (CRBLM).

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Certains types de musique, comme la musique relaxante, permettent de diminuer la perception de la douleur de l’ordre de 10 à 15 %. « Si on demande aux personnes d’apporter leurs musiques préférées, la douleur diminue au-delà de 20 à 25 %, alors ça devient une analgésie très intéressante », indique M. Roy. À l’inverse, la musique désagréable tend à augmenter la perception de la douleur. La musique peut donc servir de traitement non médicamenteux complémentaire à d’autres interventions.

Une mémoire robuste

La mémoire de la musique est particulièrement robuste et stable. En cas de pathologie, la mémoire musicale résiste. « Le cas le plus flagrant, c’est avec la maladie d’Alzheimer. Malgré une perte de mémoire plutôt généralisée, la mémoire musicale est plutôt épargnée », indique M. Dalla Bella. Une personne atteinte d’alzheimer qui a de la difficulté à reconnaître les éléments de son environnement et ses proches pourrait facilement réussir à apprendre une nouvelle chanson. « C’est surprenant et intéressant de voir que la mémoire musicale semble relativement séparée des autres types de mémoire », dit-il.

Dans la maladie de Parkinson, les fonctions liées au rythme sont particulièrement atteintes, mais les fonctions musicales sont épargnées. On peut alors aider les patients à se déplacer en leur présentant des stimuli rythmiques. « Si on présente une stimulation auditive avec le rythme de quelqu’un qui marche, le patient va commencer à caler ses pas sur la pulsation de la musique et va s’améliorer dans sa marche », explique M. Dalla Bella.

L’oreille musicale

Vous n’avez pas de rythme ? Vous chantez faux ? Peut-être êtes-vous atteint d’amusie. Les chercheurs estiment qu’entre 4 et 5 % de la population aurait un déficit dans une sphère de la musicalité. « Ce sont des personnes qui n’ont pas l’oreille musicale. Elles ne sont pas en mesure de percevoir le rythme, alors elles dansent de manière incorrecte ou elles chantent faux, par exemple », explique M. Dalla Bella. Fait intéressant : certaines personnes ayant un trouble musical ont également des difficultés cognitives. « On commence à remarquer que les personnes qui ont des difficultés rythmiques avec la musique ont aussi des difficultés avec les fonctions exécutives, par exemple pour inhiber certains comportements », indique-t-il.

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La pratique musicale peut aller élargir certaines parties du cerveau responsables de l’activité motrice et perceptuelle.

Garder le cerveau en santé

Des études montrent que la pratique musicale peut aller élargir certaines parties du cerveau responsables de l’activité motrice et perceptuelle. Ces effets sont particulièrement visibles si une personne commence à pratiquer la musique avant l’âge de 7 ans. « Il faut donc encourager les enfants à commencer la musique le plus vite possible », indique M. Dalla Bella.

La musique pourrait aussi permettre de maintenir de bonnes capacités cognitives lors du vieillissement. « En général, les gens qui font de la musique vont avoir une meilleure réserve cognitive. C’est comme s’ils étaient mieux protégés sur le plan cognitif », soutient Mme Gosselin. Un phénomène similaire est également observé chez les athlètes. « On sait que faire du sport est une façon de garder le cerveau en santé et c’est aussi le cas pour la musique », conclut la spécialiste.