Prendre de l’acétaminophène, médicament vendu notamment sous la marque Tylenol, durant la deuxième moitié d’une grossesse pourrait être dangereux pour le fœtus, selon des études préliminaires. Elles montrent un risque accru de légers problèmes cognitifs et reproducteurs.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Vente libre

« L’utilisation d’acétaminophène durant la grossesse a augmenté depuis que la FDA [autorité réglementaire pharmaceutique américaine] a recommandé d’éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens, il y a un an », explique Shanna Swan, de l’École de médecine Icahn à New York. Elle en a parlé lors d’une conférence de presse de trois des 13 auteurs de l’« énoncé de consensus » publié jeudi dans la revue Nature Reviews Endocrinology. « Nous ciblons surtout les femmes qui ne pensent pas que l’acétaminophène est un médicament. Quand des chercheurs demandent à des femmes quels médicaments elles prennent durant leur grossesse, la moitié ne pensent pas à mentionner l’acétaminophène en vente libre. Quand on mentionne spécifiquement des noms de marque, comme Tylenol, deux fois plus de femmes répondent qu’elles ont pris un médicament durant la grossesse. »

Perturbateur endocrinien

Cette alerte survient après 10 ans de résultats, surtout chez l’animal, montrant les effets négatifs de l’acétaminophène durant la grossesse, selon Anick Bérard, spécialiste de l’effet des médicaments durant la grossesse au CHU Sainte-Justine. « Chez l’animal, on voit que l’acétaminophène est un perturbateur endocrinien, qui interfère avec le système hormonal, dit la pharmacoépidémiologiste montréalaise. On a des études chez l’humain, mais il est très difficile de savoir quelle est la consommation réelle, comme c’est un médicament en vente libre. Il y a aussi la possibilité que ce soit le problème pour lequel l’acétaminophène est utilisé qui est à la source de l’augmentation de risque qu’on observe. La fièvre, par exemple, est un facteur de risque pour le développement du fœtus. » « Même avec une augmentation de risque très faible, on peut avoir un impact sur la population avec un médicament qui est pris par la grande majorité des personnes », explique la Dre Bérard.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Anick Bérard, spécialiste de l’effet des médicaments durant la grossesse au CHU Sainte-Justine

Les risques en chiffres

5 % ou moins

Augmentation du risque de troubles du spectre de l’autisme (TSA) et de troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) liée à la prise d’acétaminophène durant la grossesse

100 %

Augmentation du risque de spina bifida et d’autres malformations du tube neuronal chez les fœtus de femmes ayant eu de la fièvre dans le mois précédant ou suivant la conception et ne prenant pas d’acide folique

Sources : CHU Sainte-Justine, Nature Reviews Endocrinology, Annals of Epidemiology

L’acétaminophène en chiffres

85 %

Pourcentage des Québécoises qui prennent de l’acétaminophène durant leur grossesse

6 %

Pourcentage des Québécoises qui ont une ordonnance d’acétaminophène durant leur grossesse

600

Nombre de médicaments qui incluent l’acétaminophène dans leurs ingrédients actifs

Sources : CHU Sainte-Justine, Nature Reviews Endocrinology

Quelle quantité ?

Durant la conférence de presse des auteurs de l’étude de Nature Reviews Endocrinology, David Kristensen, de l’Université de Copenhague, a noté que l’une des études sur les humains montrait des effets sur le fœtus après deux semaines de prise régulière d’acétaminophène durant la grossesse. Mais la Dre Bérard note que d’autres études semblent montrer un effet dès 400 mg, soit deux comprimés normaux d’acétaminophène. Faut-il éviter de prendre de l'acétaminophène pour un mal de tête sans fièvre durant la grossesse ? « Dans tous les cas, il faudrait vraiment en discuter, par exemple avec son pharmacien, parce qu’il y a toujours des risques associés à la prise de médicaments », souligne la spécialiste du CHU Sainte-Justine.

Quatre recommandations

– Éviter de prendre de l’acétaminophène durant la grossesse sans raison médicale

– Consulter un médecin ou un pharmacien en cas de doute sur la nécessité médicale de l’acétaminophène ou avant de prendre de l’acétaminophène régulièrement

– Utiliser la plus petite dose d’acétaminophène le moins longtemps possible durant la grossesse

– Indiquer aux femmes enceintes les noms commerciaux de l’acétaminophène

Source : Nature Reviews Endocrinology