Fin mai, des professeurs et des élèves de l’École nationale d’aérotechnique (ENA) ont fait couler un avion dans le fond d’une carrière près de Thetford Mines. L’objectif était à la fois ludique et pédagogique : fournir une nouvelle épave pour les plongeurs qui fréquentent le site, mais aussi permettre aux élèves de se familiariser avec le démontage d’un avion en temps de pandémie. 

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Serge Rancourt est professeur à l’ENA. Il est aussi un plongeur passionné.

« J’avais l’habitude d’aller dans le Sud pour plonger, mais avec la pandémie, ce n’était pas possible. J’ai plongé au Québec et j’ai réalisé qu’il n’y avait pas beaucoup d’épaves à explorer dans les lacs. Quand on a décidé de se débarrasser d’un avion, j’ai soumis mon projet à la direction. »

Le Piper Aztec est un petit avion qui servait à la formation des élèves. Le don d’un nouvel avion a forcé l’ENA à s’en débarrasser, faute d’espace dans ses ateliers. Le projet ENA H2O, qui prévoyait le démontage du Piper Aztec, son transport jusqu’à la carrière Flintkote à Thetford Mines, puis son réassemblage et son installation à 30 mètres de profondeur, était né.

PHOTO FOURNIE PAR L'ÉCOLE NATIONALE D’AÉROTECHNIQUE

Le démontage du Piper Aztec s’est fait à l’ENA au cours de l’hiver et du printemps.

Recyclage

Le démontage du Piper Aztec a permis de pallier les restrictions pandémiques sur les cours en atelier.

« J’ai restreint l’invitation aux 300 étudiants de première année, qui manquaient vraiment de cours pratiques, dit M. Rancourt. J’ai eu 80 courriels immédiatement après avoir fait l’annonce. Finalement, 150 étudiants ont pu participer au démontage. Je faisais ça sur le midi, trois étudiants à la fois, pendant trois mois. »

Le démontage permettait de faire des cours sur le recyclage.

Il fallait voir quelles pièces étaient encore réutilisables, c’était une très belle occasion d’enseignement.

Serge Rancourt, professeur à l’ENA

« En plus, on a pu faire de la décontamination, pour être sûrs qu’il n’y avait rien qui polluerait la carrière. Ce sont des étapes qu’on aborde moins concrètement dans les cours. »

Sarah Germain, élève en maintenance d’aéronefs, a particulièrement aimé son expérience. « J’ai participé à quelques reprises au démontage, notamment des hélices, c’était très intéressant », dit Mme Germain, 30 ans, qui était jusqu’à maintenant archéologue. Elle a attrapé le virus de l’aviation lors de fouilles dans le Grand Nord.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉCOLE NATIONALE D’AÉROTECHNIQUE

Le Piper Aztec a été installé au fond de la carrière Flintkote à la fin du mois de mai.

Grue et ballons

Deux élèves ont accompagné M. Rancourt et son collègue Pierre-Olivier Dubois, responsable de l’installation de l’avion au fond de la carrière, pour le remontage à la fin de mai.

Le fond de la carrière avait été modélisé avec des logiciels 3D pour bien planifier l’installation. « On a utilisé une grue pour mettre l’avion dans l’eau, dit M. Rancourt. Des ballons permettaient de le garder à flot. Ensuite, on a lentement dégonflé les ballons, et il a coulé tout doucement, sans pencher. Il s’est posé à l’endroit prévu, sur un palier à 95 pieds de profondeur. »

Mais il est bien visible de 60 pieds, la profondeur de la certification de base, selon M. Rancourt.

PHOTO FOURNIE PAR L’ÉCOLE NATIONALE D’AÉROTECHNIQUE

La carrière Flintkote est une ancienne mine d’amiante qui a été exploitée de 1945 au début des années 1970.

La carrière

Le site de plongée de Flintkote a été choisi par MM. Rancourt et Dubois après avoir consulté des plongeurs sur des groupes Facebook. Il s’agissait d’une mine à ciel ouvert d’amiante qui a été exploitée de 1945 au début des années 1970. Au fil des ans, un autobus, des bateaux et des sculptures y ont été immergés au bénéfice des plongeurs. Une exposition artistique sous-marine, Aquart, a aussi eu lieu pendant quelques années.

Une version précédente de ce texte indiquait erronément que Pierre-Olivier Dubois est professeur. Il est en fait ingénieur et chef du secteur Robotique et automatisation.