La grand-messe de la recherche sur le VIH, le congrès annuel de la Société internationale pour le sida (IAS), s’ouvre ce dimanche virtuellement. Les impacts positifs et négatifs de la pandémie seront au premier plan des présentations, tout comme les médicaments à longue durée et le saint Graal d’une guérison. 

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Télémédecine et vaccins

Après un bref arrêt des services, les cliniques de suivi du VIH se sont rapidement adaptées et ont offert des services de télémédecine, selon Jean-Pierre Routy, spécialiste du VIH à l’Université McGill. « Ça va avoir des impacts positifs sur le suivi en région éloignée, et même à Montréal en faisant certains suivis au téléphone plutôt que de faire des déplacements, dit le DRouty. On a très peu de patients qui ont été plus difficiles à suivre, je dirais 4 % à 5 %, des gens qui n’ont pas accès à internet ou à un téléphone, souvent des migrants récents. » L’autre bon côté de la pandémie a été l’accélération de la technologie des vaccins à ARN-messager, qui a donné les vaccins contre la COVID-19 de Pfizer et de Moderna. « Cette avancée sans précédent des recherches sur le système immunitaire va bénéficier à la recherche sur les vaccins contre le VIH, c’est sûr », estime le DRouty. Par contre, certains pays en voie de développement ont souffert de l’interruption des chaînes d’approvisionnement en médicaments antirétroviraux utilisés pour tenir le VIH en échec.

PHOTO TIRÉE DU SITE DU CUSM

Le Dr Jean-Pierre Routy, spécialiste du VIH à l’Université McGill

Médicaments à longue action

Quand la pandémie est survenue il y a un an et demi, les premiers programmes de trithérapie à longue action étaient sur le point de devenir opérationnels. « On parle d’une piqûre tous les deux mois, il y a sept ans de données, ça marche très bien, dit le DRouty. Ça facilite beaucoup la vie des patients et leur suivi. Tout a été bloqué par la COVID-19, comme il fallait que les gens viennent à l’hôpital pour la piqûre. On pense que les programmes commenceront au Québec en septembre. » Des travaux sont également en cours pour une trithérapie médicamenteuse à longue action, avec une pilule par semaine, mais il faudra attendre deux ou trois ans pour que cette option soit opérationnelle, selon le DRouty. La trithérapie à longue action est aussi efficace que les médicaments actuels, qui doivent être pris chaque jour : le virus est indétectable et ne peut être transmis, ce qui permet des relations sexuelles non protégées. Elle permet aussi de protéger les gens qui n’ont pas le VIH et veulent avoir des relations sexuelles non protégées avec des gens qui sont potentiellement séropositifs.

Infections transmises sexuellement

Toutefois, le succès de la trithérapie s’est accompagné d’un retour des infections transmises sexuellement, particulièrement la syphilis, la gonorrhée et le chlamydia, à cause d’une chute de la popularité du préservatif. « La pandémie a rendu plus difficile le suivi des infections transmises sexuellement », note le DRouty. En juin, l’Institut national de santé publique (INSPQ) notait qu’entre 2015 et 2019, le nombre de cas de gonorrhée a quasiment doublé. Quant à la syphilis, seulement trois cas avaient été déclarés en 1998, contre plus d’un millier maintenant. Le rapport de l’INSPQ note que l’épidémie de syphilis, initialement montréalaise, touche maintenant tout le Québec, y compris le Nunavik, où de nombreuses femmes en sont victimes. Seule lueur d’espoir, les traitements disponibles depuis quelques années pour guérir l’hépatite C réduisent le risque d’infection. « Dans notre service, sur les 300 cas qu’on suivait il y a quelques années, il ne reste que cinq ou six patients non traités, dit le DRouty. On parle d’un comprimé par jour pendant trois mois. Il y a moins d’hépatite C en ville, alors il y a moins de risque de l’attraper. »

Guérison

Les travaux sur la guérison définitive des patients pourront aussi reprendre. En ce moment, même quand il est indétectable et non transmissible grâce à la trithérapie, le VIH arrive à se cacher dans des réservoirs mal compris, ce qui empêche d’arrêter les traitements. « On a beaucoup appris sur les anticorps monoclonaux avec la pandémie, explique le DRouty. Pour le VIH, on envisage de les utiliser pour renforcer l’immunité. Après, on arrête la trithérapie, le virus ressort et on espère que le corps sera beaucoup plus puissant pour l’attaquer. Les spécialistes des anticorps monoclonaux ont délaissé le VIH durant la pandémie, mais ils vont y revenir avec toutes les leçons qui ont été tirées. » D’autres avenues pour augmenter l’immunité naturelle, voire débusquer le VIH dans ses cachettes, sont envisagées.

En présentiel à Montréal

Le DRouty est le président du congrès annuel de l’IAS 2022, qui aura lieu à Montréal. « L’objectif, c’est que ce soit en présentiel, dit le DRouty. En mode virtuel, il y a moins d’impact médiatique et aussi politique. » Quels sont les changements politiques souhaités pour le Canada ? « Un changement de la loi fédérale qui peut punir la personne positive pour le VIH en cas d’acte sexuel consenti. Toute la responsabilité pour éviter la transmission repose sur la personne positive, même si le ou la partenaire n’a pris aucune précaution. Pour les travailleurs et travailleuses du sexe, certaines associations revendiquent de pouvoir obtenir un statut de travailleur automne. Il reste à débattre si le travail du sexe est un travail comme un autre ou une exploitation de la misère. Ce point fait débat. » Le DRouty attend 11 000 personnes au congrès de juillet 2022. Les congrès de l’IAS ont eu lieu quatre fois au Canada, à Montréal en 1989, à Toronto en 2006 et à Vancouver en 1996 et 2015.

Le VIH en chiffres

332 : nombre moyen de nouveaux diagnostics de VIH chaque année au Québec de 2010 à 2014

319 : nombre moyen de nouveaux diagnostics de VIH chaque année au Québec de 2015 à 2019

305 : nombre de nouveaux diagnostics de VIH au Québec en 2019

Source : INSPQ