Les médicaments peuvent maintenant rendre le VIH indétectable, mais celui-ci parvient à se cacher dans des réservoirs pour resurgir quand on les arrête. Des chercheurs montréalais ont réussi à cibler le virus du sida dans ces réservoirs, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’un arrêt des traitements pour des années.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Porte d’entrée

Andrés Finzi, immunologue à l’Université de Montréal, étudie depuis des années une protéine située sur une cellule du système immunitaire humain, CD4. Cette protéine CD4 constitue la porte d’entrée du VIH pour infecter le corps humain. « Quand le VIH entre dans la cellule, il enlève la protéine CD4 pour éviter que d’autres virus n’entrent et créent une surinfection qui tuerait la cellule », explique M. Finzi, qui publie son étude dans la revue Cell Host & Microbe. « Nous avons constaté que l’absence de la protéine CD4 est aussi un élément important pour les réservoirs viraux, les endroits où le VIH se cache pour échapper aux traitements. » En 2015, M. Finzi a montré que si on munit les cellules humaines de « CD4 mimétiques », des protéines synthétiques qui ressemblent aux CD4, le système immunitaire est capable de détecter le VIH dans sa tanière et de le traquer dans les réservoirs viraux où il se cache. L’étude publiée jeudi vient confirmer le même phénomène chez une souris « humanisée », dont le système immunitaire ressemble à celui de l’humain et est donc visé par le VIH.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Andrés Finzi, immunologue à l’Université de Montréal, s’intéresse aux réservoirs viraux du VIH dans les cellules.

Congé de médicaments

Les souris de M. Finzi ont pu vivre six mois – le maximum pour cette espèce de laboratoire – après le traitement avec des « CD4 mimétiques », sans prendre de médicaments et sans avoir de résurgence du VIH. « On n’élimine pas tout le virus des réservoirs, mais on le diminue de beaucoup, dit M. Finzi. Nous avons été stupéfaits de ce résultat. » Cela reviendrait à des années chez l’homme, alors que pour le moment, l’arrêt des médicaments n’est pas vraiment envisageable plus que quelques jours. Selon Jean-Pierre Routy, spécialiste du VIH à l’Université McGill, il existe certains patients, fort rares, qui peuvent arrêter les traitements anti-VIH après avoir atteint une charge virale indétectable, et rester sans traitement des années sans que le virus revienne en force depuis le réservoir. Le DRouty sera le président du congrès annuel de la Société internationale sur le sida en 2022. Ce congrès, le plus important du domaine, a lieu tous les ans en juillet et sera présenté à Montréal l’an prochain. « Nous espérons accueillir 11 000 personnes », dit le DRouty.

De l’animal à l’humain

Il faut maintenant tester ces CD4 mimétiques chez le singe, puis, dans plusieurs années si tout va bien, chez l’homme, selon M. Finzi. « Pour notre étude, nous avons utilisé des CD4 mimétiques mises au point par des collègues de l’Université de Pennsylvanie, mais nous venons de mettre au point une lignée de CD4 mimétiques montréalaise. »

10 ans

Augmentation de l’espérance de vie d’un patient atteint du VIH, s’il a eu son diagnostic et commencé ses traitements en 2010 plutôt qu’en 1996

Source : The Lancet