Les résultats d’une vaste étude britannique, menée auprès de plus de dix mille patients hospitalisés avec la COVID-19, montrent que la prise de colchicine ne permet pas de réduire la mortalité, la durée du séjour à l’hôpital ou le recours à la ventilation mécanique.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Des chercheurs québécois, notamment de l’Institut de cardiologie de Montréal, ont émis l’hypothèse dans la dernière année que la prise de colchicine, un anti-inflammatoire peu coûteux utilisé notamment dans le traitement de la goutte, pouvait réduire la « tempête inflammatoire » observée chez certains patients atteints de la COVID-19 et ainsi réduire le risque de complications.

L’étude menée par l’équipe de RECOVERY – pour « Randomised Evaluation of COVID-19 Therapy », un colossal projet britannique d’évaluation de traitements pour soigner cette maladie –, a mesuré l’efficacité de la colchicine chez 11 340 patients qui ont été hospitalisés avec la COVID-19 entre novembre et mars. En plus du plan de traitement habituel administré à l’hôpital, la moitié des patients recrutés a reçu un traitement à la colchicine, et l’autre un placebo.

Dans les deux groupes, la même proportion de patients (21 %) est décédée dans les 28 jours qui ont suivi le début du traitement. Il n’y avait pas non plus de différence significative quant à la durée du séjour à l’hôpital (10 jours en moyenne pour les deux groupes), ou la proportion de patients qui a reçu son congé à l’intérieur de la période de 28 jours (70 % pour chacun des groupes), ou le recours à la ventilation mécanique.

Sur Twitter, l’un des auteurs de l’étude mise en ligne sur le site de prépublication Medrxiv, le professeur et épidémiologiste de l’Université Oxford Martin Landray, a résumé ainsi les résultats. « Comme tous les médicaments que nous avons étudiés, il y avait de bonnes raisons de penser que [l’administration de colchicine] pourrait fonctionner. Nous espérions tous que ça fonctionnerait. » L’étude, dit le DLandray, a prouvé que « la colchicine ne fonctionne pas, donc on ne l’utilisera pas ».

Ces derniers mois, RECOVERY a notamment démontré que le traitement des malades de la COVID-19 avec le plasma sanguin (et donc les anticorps) de personnes qui ont guéri de la maladie n’est pas efficace. Le projet a aussi prouvé que l’utilisation de deux substances, le dexaméthasone et le tocilizumab, pouvait aider certains patients.

Plus efficace avant d’entrer à l’hôpital ?

Le DJean-Claude Tardif, qui avait publié en janvier des résultats qu’il qualifiait de « cliniquement convaincants » sur l’efficacité de la colchicine, se montre critique des conclusions de RECOVERY.

Son hypothèse est que la colchicine est plus efficace lorsqu’elle est administrée dès le début de la maladie, avant que le patient ne doive se rendre à l’hôpital. « RECOVERY ciblait des patients hospitalisés, dont 95 % de ceux-ci recevaient des stéroïdes (dexamethasone) », a-t-il indiqué à La Presse.

Le chercheur a fait suivre à La Presse deux autres études qui ont administré la colchicine sans stéroïdes en milieu hospitalier. Mais bien que ces deux études aient observé un léger bénéfice pour les patients qui ont reçu le traitement, le faible nombre de participants évalués (75 dans un cas, 102 dans l’autre) et les conclusions prudentes de leurs auteurs se distinguent du rejet catégorique émis mardi par l’équipe de RECOVERY.

Les résultats de la grande étude COLCORONA, pilotée par le DTardif, seront publiés bientôt, promet le chercheur. Cette étude a évalué, auprès de 4500 personnes atteintes de COVID-19, si la prise de colchicine pouvait prévenir les hospitalisations et autres complications liées à la maladie.

En janvier, le dévoilement des résultats préliminaires – annoncés comme une « percée majeure » par le DTardif – a cependant été reçu avec circonspection. Un comité de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) avait jugé « prématuré » d’appuyer l’usage de ce médicament pour traiter les personnes atteintes de COVID-19.